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GROUPE DES CHOUX FOURRAGERS

Dans ce groupe, nous placons : le Ghou cavalier, le Chou caulet de Flandre, le Chou branchu du Poitou, le Chou moellier, le Chou de Lannilis et le Chou vivace de Daubenton. Ge sont les seules races dignes d’être recommandées pour la grande culture. Ïl nous reste à les examiner successivement dans l’ordre où nous les avons placées.

Chou cavalier. — On le connaït encore, d’après M. Vilmorin, sous les noms de grand Chou de Bretagne,

: Chou arbre, Chou vert, Chou sans tête, Chou arbre de Laponie, grand Chou à vache et Chou asperge. Le même auteur le décrit de la manière suivante (grav. 1): « Tige haute de 1,60 à 2 mètres et plus, feuilles longues de Om,60 à 0,80, presque entières à la partie supérieure, arrondies, à pétiole ordinairement nu, mais souvent accompagné d'oreillettes épais-

Gray. 4. — Chou cavalier, ses ; unies, d’un beau vert: disposées sur toute la longueur de la tige, qui prend un

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accroissement plus considérable quand on cueille celles de la base. »

Les personnes qui ont visité, par exemple, les départements de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, où le Chou cavalier abonde dans les champs et les jardins, n’auront pas de peine à le reconnaitre dans la description qu’on vient de lire. Nos populations de l'Ouest ont cette plante en grande estime, pour les raisons que voici : Elle donne un fourrage vert considérable, très recherché du bétail; elle fournit, en outre, au cultivateur, des feuilles qu’il ne dédaigne point pour sa nourriture, bien qu’elles ne soient pas délicates; enfin, elle prospère dans ces contrées et résiste bravement à l'hiver. La considération dont jouit le Chou cavalier est certainement méritée, et nous remarquons avec plaisir que sa culture tend chaque année à gagner du terrain. Mieux vaut tard que jamais. Il y a plus d’un demi-siècle que Parmentier la conseillait vivement; il écrivait alors les lignes qu’on va lire : |

— € Un cultivateur anglais, M. Badders, a prouvé, par l'expérience, que les Choux sont de beaucoup préférables aux turneps pour engraisser le bétail. Il y a, selon lui, soixante-quinze pour cent à gagner, relativement à la quantité, et il faut trois fois moins de temps. L’effet des Choux est de distribuer la graisse plus également.

« Les animaux de la ferme de M. Scroop ont extraordinairement prospéré depuis qu’il leur donne des Choux. Aujourd hui il n’engraisse plus ses bœufs et ses moutons que par leur moyen. Les avantages qu’il a retirés de leur culture dans les années de sécheresse sont incalculables. Il leur doit la plus grande partie de sa fortune; aussi

Matane nnietée means arret

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les soigne-t-il avec une attention toute particulière. »

Ïl n’y avait dans ces assertions rien d’exagéré, et, en ce temps-ci, vous ne seriez pas en peine de trouver des fermiers qui mettent les Choux cavalier au-dessus de tous les fourrages verts, pour la nouriture des bœufs et des moutons. Ces Choux, cultivés dans de très bonnes conditions, peuvent fournir un rendement d'environ 80,000 kilogr. par hectare, c’est-à-dire deux fois plus que le Maïs fourrager, et quatre fois plus que le Trèfle incarnat ou farouch. Mais gardons-nous bien de nous laisser étourdir par ces promesses splendides; tous les climats et tous les terrains ne réalisent pas indistinctement les conditions voulues pour atteindre un pareil rendement. Le Chou exige une atmosphère plus souvent humide que sèche, une certaine uniformité de température, des terres fortes et fumées copieusement, ou bien encore des défriches récentes, de bonne qualité. Les climats secs, les terrains poreux et brülants ne sauraient convenir aux Choux cavalier et autres, à moins cependant que ces terrains ne soient faciles à irriguer. Ainsi, l'Angleterre est nécessairement le pays par excellence pour la culture du Chou; et, chez nous, la Bretagne, la Normandie et la Flandre ont, sous ce rapport, des avantages que personne ne songe à contester, et qu'on ne rencontre autre part qu'accidentellement, de loin en loin. Il ne faut pas plus demander à la Champagne et à la Provence de produire les Choux fourragers du littoral Breton, que nous ne demandons à ce littoral de produire des vins de Bouzy ou des olives. |

Chou caulet de Flandre. — (C’est une sous-variété du

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Cavalier commun, dont elle se distingue par la couleur rougeâtre de ses tiges, des pétioles et des nervures de ses feuilles.

Chou branchu du Poitou. — C’est le Chou Poitevin, le Chou mille-têtes, le Chou mille-æils, et peut-être a-t-il encore d’autres noms que nous ne connaissons pas. Il s'élève meins haut que le Chou cavalier, mais il se ramifie et l’ensemble de ses rameaux forme une sorte de buisson. Nous l'avons cultivé et croyons nous rappeler que ses feuilles, moins amples que celles du Cavalier, sont d’un vert plus teudre. Ce Chou branchu est fort productif; seulement, il n’est pas très robuste, et les hivers rigoureux compromeitent la récolte.

Chou moellier, Chou à la moelle, Chou Choillet. — Sa tige qui dépasse assez ordinairement un mètre et demi, comme celle du Chou branchu, se renfle vers son sommet et se compose d’un tissu tendre que le bétail mange avec plaisir. Les feuilles de ce Chou sont larges, épaisses, d’un vert blond, et ont les pétioles courts. Il redoute beaucoup la gelée et n’est cultivé qu’en Bretagne. Il existe un Chou moellier à tige rouge que M. Vilmorin a décrit en ces termes : — « Tige violette, paraissant être plus grosse que dans la race ordinaire du Chou moellier, de la grosseur du bras, hauteur de 1m,50, surmontée par un faisceau de feuilles amples, à pétiole court, vertes. Cette magnifique race nous a été communiquée par M. Polo. » |

Chou de Lannilis. — Cette race est très proche voisine

du Chou cavalier commun. Le Chou de Lannilis est moins

élevé, plus fort de tige, plus ramassé, plus blond de feuiilage que le Cavalier, et par fois sa tige se renfle vers la sommité, comme celle du Moellier.

Chou vivace de Daubenton. — Ce Chou, malgré le nom qu'il porte, n’est pas du tout vivace: seulement il est arrivé que ses feuilles longues, larges, lourdes et retombantes se sont enracinées ou marcottées. Voilà la particu- Jarité qui explique son baptême, sans le justifier. Il s'élève moins haut que les diverses races dont il vient d’être parlé: les tiges de {m,20 sont plus communes que celles de 1,50: il n’est pas aussi productif que le Cavalier et le Poitevin. mais en retour, il est plus rustique que ce dernier.

CULTURE DES CHOUX FOURRAGERS. — Nous savons déjà que les climats humides et les terrains frais conviennent particulièrement à ces plantes; il ne nous reste plus qu’à enseigner la manière de les cultiver.

Îl va sans dire que la qualité de la semence est à considérer par-dessus tout, et que, toutes choses égales d’ailleurs, les produits de graines médiocres ne valent jamais, pour le rapport, la succulence et la rusticité, les produits de graines de choix. Or, pour avoir ces graines de choix, on devra les prendre sur des semenceaux irréprochables, auxquels on n'aura pas ôté de feuilles pendant la première année, et qui auront été transplantés à la sortie de l'hiver en sol riche. Les fortes siliques qui jauniront les premières sur les tiges ou sur les branches principales devront être préférées aux siliques des rameaux de second et de troisième ordre. Si le cultivateur voulait se donner la peine de

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supprimer avec les ongles les fleurs de ces rameaux chétifs, au moment où elles s'ouvrent, afin de concentrer la sève sur les tiges et les branches principales, 1l ne perdrait certes pas son temps.

Ces précautions prises, nous pouvons ajouter que la meilleure graine sera celle qui mürira le plus complétement sur pied, et que la jeune graine bien choisie et bien mûre, sera toujours supérieure à la vieille graine.

Pour ce qui est du semis et du repiquage, on nous permettra de rappeler ce que nous avons écrit là-dessus dans le Livre de la Ferme : — « On sème les Choux à deux époques différentes : Vers la fin de l'été et au printemps; on les sème ou à demeure, c’est-à-dire à la place qu'ils occuperont tout le temps de leur végétation; ou bien en pépmière, pour les y prendre sept ou huit semaines après le semis et les repiquer. La première méthode ne donne que de médiocres produits; la seconde est la seule qu’on doive suivre. Ainsi donc, vous formerez une pépinière de plants de Chou et vous vous rappellerez que 250 grammes de graines fournissent assez de plants pour le repiquage d’un hectare. Le jardin de la ferme est la meilleure place à prendre pour établir cette pépinière. Vers le 4er août, on commence par labourer la terre avec la bêche; puis on la divise en planches de 4",15 de largeur que l’on nivelle bien avec le râteau. Cinq ou six jours après cette opération, on râteile de nouveau chacune des planches et l’on procède au semis à la volée. On recouvre avec le râteau; on répand après cela sur la pépinière un peu de compost préparé avec deux tiers de fumier de ferme très pourri, un

tiers de bonne terre et quelques poignées de sel de cuisine, | 1.

et là-dessus on arrose légèrement. La levée ne se fait guère attendre. Dês que l’on peut saisir les jeunes plantes avec la main, on les éclaircit de façon à laisser entre elles des intervalles de 2 à 3 centimètres. Ce détail, en apparence futile, a plus d'importance qu’on ne le croit, car les plantes qui n’étouffent pas en pépinière, qui ne s’y étiolent pas faute d'air et de lumière, se développent mieux dans la suite, résistent mieux aux intempéries et produisent plus que les . plantes provenant de pépinières négligées. On ne se borne pas à éclaircir, on sarcle au moins deux fois, et au bout de deux mois environ, vers la fin de septembre ordinairement, les plants sont assez forts pour être enlevés et transplantés. On saisit donc une fourche de fer à trois dents, et à mesure qu’on soulève la terre de la pépinière pour détruire l’adhérence des racines, on enlève les jeunes Choux, et toujours au moment même de la transplantation. fl ne faut pas que l'air dessèche la racine et flétrisse la feuille.

€ Il n’y a qu’une bonne manière de repiquer ou transplanter les Choux. Elle consiste à se servir du plantoir et du long cordeau. Une personne ouvre les trous à 60 ou 80 centimètres de distance, selon le développement que prennent les races cultivées; une seconde personne met le plant dans le trou, de manière à ne pas recourber le pivot, et remplit l'ouverture à l’aide d’un plantoir qu’elle manœuvre de la main droite, tandis qu’elle tient le Chou de la main gauche.

« Avec le repiquage d'automne, on prend nécessairement de l’avance, et dans le courant de l'été suivant, on peut déjà demander de la feuille aux Choux, pour la consommation du bétail.

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« S'agit-il de la consommation d'hiver, on se hâte moins; on attend le mois de mars pour établir la pépinière et l’on repique dans le courant de mai, toujours dans un terrain bien préparé et copieusement fumé. Ou, ce qui vaut encore mieux, on sème en avril et on repique vers la fin de juin. »

Les Choux repiqués en automne reprennent aisément, mais il faut s'attendre à en voir un certain nombre s’emporter ou monter à fleurs au printemps. On les enlève de suite et on les remplace par du plant de pépinière. Les Choux repiqués en juin n’offrent pas ce petit inconvénient, mais quand le temps est à la sécheresse prolongée, ils souffrent beaucoup avant de reprendre racine, et ce malaise momentané amoindrit toujours un peu leur rusticité naturelle. Qui a pâti dans sa jeunesse, s’en ressent plus ou moins dans sa vieillesse. On a donc raison de conseiller aux cultivateurs de guetter un temps brumeux ou pluvieux pour le repiquage d'été; une reprise immédiate est constamment de bon augure.

Les soins à donner aux plantations de Choux pendant le cours de la végétation n'offrent aucune difficulté. Il faut sarcler de temps à autres et biner deux ou trois fois, quand la terre est bien sèche. On se trouverait bien également, au fort de l'été, d'établir de grosses buttes autour des plantes, afin d'abriter les tiges contre les rayons trop ardents du soleil, et de les empêcher ainsi de se durcir prématurément. La butte a le double mérite de maintenir un * peu de fraicheur dans le voisinage des racines et de conserver la tendreté des tissus de la tige; d’une part donc, elle prévient les arrêts de végétation; de l’autre, elle assure

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à la sève une circulation facile. Nous savons bien que dans les contrées où la main-d'œuvre est rare et chère par conséquent, on ne se souciera point d'introduire le buttage à la main parmi les pratiques culturales des Choux fourragers, mais nous n’en persistons pas moins à recommander vivement cette opération comme une des plus essentielles, du moins dans les climats chauds et secs.

Nous avons déjà dit et nous répétons qu'avec les plantations d'automne, on commence la récolte des feuilles vers la fin de l'été, avec les plantations de la fin du printemps, elle n’a lieu qu’en octobre et novembre, et se poursuit jusqu'en avril. I n’y à d'interruption que pendant les mois de janvier et de février. Îl est prudent de ne prendre sur chaque pied et à chaque cueillette que trois ou quatre feuilles principales; il est prudent aussi de ne pas arracher ces feuilles en les tirant de haut en bas, car les déchirures faites aux tiges se cicatrisent pénibiement dans la saison froide et peuvent compromettre la plantation. Le mieux est de rompre le pétiole ou de le couper un peu au-dessus de son point d'insertion.

La récolte importante est celle d’octobre et de novembre. Dans certaines années douces et humides, on la commence même dès le mois de septembre, et elle dure ainsi trois mois au lieu de deux. La cueillette de mars et d'avril n’est point comparable à la première; d’ailleurs on ne saurait compter sûrement sur elle, car les hivers rudes la supprinent de temps en temps, et cette suppression est d'autant plus à craindre que la culture a été plus soignée. En voici la raison : les Choux négligés ont la tige coriace ou ligneuse, et la sève v circule mal, tandis que ceux qui ont bien vécu

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ont les tissus tendres, sèveux et par conséquent sensibles aux rigueurs du froid. ;

M. Jamet a dit dans son Cours d'agriculture :

— € Vous ne vous faites pas une idée du rendement d’un Journal (52 ares) de Choux cultivés avec soin; on ne saurait dire combien il donne de fourrage. À peine a-t-on fini d'enlever les feuilles à un bout, qu’il faut recommencer à l'autre. Cela dure quelquefois trois mois, lorsque l'hiver n’est pas trop précoce. J'ai vu une ferme où on nourrissait quarante bêtes à cornes; le métayer avait quatre journaux (2 hectares) de Choux magnifiques ; 1 commenca l'effeuillage au {er septembre, et il ne le termina qu'un mois après la Toussaint. Pendant ce temps les animaux ne mangèrent presque pas autre chose, car les prés et les pâtures ne fournissaient guère; on estima que le bétail avait gagné 1,000 francs de valeur en ces trois mois. Ce n’est pas tout, lë même champ lui donna une nourriture abondante pour tous ses bestiaux pendant les mois de mars et d'avril. Vous savez que les Choux sont consommés à cette époque, lorsqu'ils montent en fleur; on les coupe rez-terre avec une serpe, et on les tranche ensuite avec le même instrument, pour les donner à la crèche. Les animaux aiment beaucoup la moelle, il faut que les troncs soient bien durs pour qu'ils les rebutent.

« L’effeuillage demande beaucoup de lemps, il est coûteux; mais le Chou se récoltant par partie ou en entier pendant les deux saisons où le fourrage vert fait défaut, l'amélioration du bétail paie bien la dépense. Avec un peu de paille et une forte ration de Choux, on tient les bêtes en meilleur état qu'avec une grande quantité de foin. Du

reste, c’est avec les Choux et les Navets que les Poitevins font ces beaux bœufs gras, si estimés de la boucherie. » Pour ce qui est de l’engraissement des bœufs et des moutons avec les feuilles de Choux, le fait est hors de doute; mais en ce qui regarde la production du lait, les feuilles en question ont l'inconvénient de lui communiquer une saveur particulière qui le déprécie. On fera donc bien de ne pas soumettre les vaches laitières à ce régime exclusif, et d’alterner avec d’autres fourrages. |

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