Lot, Mélanges, p
de la première cité aurait été situé, non à Corseul, sa capitale, mais à Alet. Celui de la seconde à Carhaix. Malgré l'érudite argumentation de l'auteur, je ne me sens pas disposé à le suivre sur ce terrain conjectural, surtout en ce qui concerne Carhaix ' .
Plusieurs biographes des saints bretons émigrés nous donnent comme motif de leur passage outre Manche le désir d'évangéliser les populations armoricaines encore en grande partie païennes. Nous voyons Pol Aurélien, Brioc, Lunaire, Malo, Samson, Magloire s'attacher à répandre l'Évangile parmi les infidèles 2. Même à la fin du ve ou au commencement du vie siècle, à en croire le biographe de saint Melaine, les Vénètes auraient été encore « presque tous païens 3 ». Toutefois, il ne faudrait pas se fier sans réserve à de pareils informateurs. Les auteurs de ces vies de saints ne songeaient qu'à magnifier leurs héros en les montrant aux prises avec un paganisme difficile à déraciner. Que le christianisme ne fût guère florissant et qu'il restât encore des païens en Armorique au vie siècle, surtout dans l'ouest, cela est indéniable *. Mais ce fut beaucoup moins le désir de convertir les Gallo-Romains qui jeta les saints bretons dans le courant de l'émigration que la nécessité de pourvoir aux besoins spirituels de leurs compatriotes immigrés ou des descendants de ceux-ci. On les voit rarement en rapports avec les indigènes vite noyés probablement, à l'ouest et au nord, dans les flots de l'occupation
1. Mais M. l'abbé Duine est convaincu que l'évangélisation d'Alet et du pays dolois fut entreprise avant l'arrivée des émigrants [Les origines chrétiennes au pays dolois, dans l'Hermine du 20 septembre 1910, p. 232-236).
2. LaBorderie a réuni ces textes dans//. Br., I. p. -264-206. — Cf. Lot, Mélanges, p. 174, note 1.
3. Vita Melanii, 23 [A. Sanct. Boll., 1. 1 de janvier, p. 331).
4. G. Glenin, Le paganisme en Bretagne au VIe siècle {An. Br., xvu, 1902, p. 216-234),
bretonne. C'était, d'ailleurs, une langue étrangère à apprendre. Le zèle du missionnaire qui porta tant de Scotsau delà des mers ne semble pas avoir jamais animé au même point les anciens moines bretons. Du reste ces émigrés, leurs compatriotes, encore que chrétiens de nom, avaient grandement besoin d'être catéchisés, affermis dans la foi, rappelés à la pratique de la morale etdes vertus chrétiennes, que la violence de leur tempérament leur faisait si souvent oublier. On conçoit que le clergé breton ait eu fort à faire, rien quà organiser dans les hasards et le désordre de l'émigration, ses évêchés, ses églises, ses monastères, rien qu'à dispenser, au jour le jour, les lumières et les secours de la religion aux chrétiens de leur race.
C'est du pays de Galles que sortirent les plus illustres fondateurs de la chrétienté armoricaine. La masse la plus considérable des émigrants peut bien avoir été fournie parla Cornouaille anglaise; mais à en juger d'après les documents qui nous sont parvenus, il ne semble pas que ce pays ait jamais été en possession d'une organisation religieuse influente. « Tout y paraît importé et en quelque sorte de fraîche date ' ». La Cornouaille reçut beaucoup de l'Irlande chrétienne 2. Quelques saints irlandais : Fingar, Briac, Maudet, Vouga, abordèrent aussi en Armorique, certains après avoir préalablement passé par le pays de Galles ou la Cornouaille 3. Zimmer a, de plus, relevé certaines habitudes irlandaises de langue acclimatées dans le mo-