Sal., A. S. H., col
irlandais', mais leurs voisins, les Anglo-Saxons, se montrèrent plus empressés encore à se rendre à la Ville éternelle. Il est surprenant de voir avec quel enthousiasme et quelle fréquence rois, prêtres, religieuses, moines anglais accomplissent ce long pèlerinage2. La correspondance de saint Boniface et celle de Charlemagne nous fournissent des détails instructifs sur les mœurs des pèlerins ou des pseudo-pèlerins de ces temps. Il arrivait que les marchands se faufilaient dans les bandes pieuses, pour bénéficier de l'exemption des péages octroyée à celles-ci-3, mais ce n'était pas là le plus répréhensible des méfaits commis. L'apôtre de la Germanie, écrivant à l'archevêque de Canterbury, lui demande de refréner chez ses ouailles, et en particulier chez les religieuses, le désir immodéré des pèlerinages. Il en montre les inconvénients; il signale même de graves désordres dont de soi-disant pèlerines se seraient rendues coupables en maintes villes de France et d'Italie '•. Aussi un concile de 813 désapprouva-t-il les pèlerinages de Tours et de Rome entrepris par des clercs ou des laïques pour des motifs superstitieux ou profanes5. C'est, sans doute, l'expérience des dangers matériels et moraux auxquels exposaient les pèlerinages qui inspira ces vers d'un accent mélancolique tracés par une main irlandaise sur un feuillet de manuscrit du ixc siècle : « Aller à Rome, grand labeur, petit profit; le roi que tu vas chercher là. tu ne l'y
1. VitaAgili, 24 (Mami.i.o.n, h" s., p. 321); VitaKiliani, 3,ibid., p. 992; Vila Findani,"!.
2. Une année qui s'écoulait sans communiention entre l'Angleterre et Rome était, à ce titre, iugée digne d'une mention dans les chroniques. Cf. W. D. D. Cunnincham, The Growth of English Industry and Commerce during ihe early and middle âges, Cambridge, 1905, t. I, p. 85.
3. Chaiuemagne, Ep. 7 (P. L., XCVIII, 907). — Cf. Conc. Mogunt., 753, vi (Mansi, Concil., XII. 572 .