‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 150 sur 301 · MANSI, Concil., II · texte numérisé non relu

MANSI, Concil., II

2. Cf. L. Duchesse, La question de la Pâque au concile de Nicée {R. Q. H., xsviii, 1880, p. 5-18).

3. Cf. A. Girnr, Traité de diplomatique, Paris, 1894, p. 141-14^.

ques étaient fixés, pour la lune, au xive et au xxe jour, et, pour le soleil, au 25 mars et au 21 avril. Le cycle de 84 ans, profondément modifié en 343 et en 447, resta en vigueur à Rome et dans l'Occident jusqu'en 457. A cette époque apparut le cycle de Victorius d'Aquitaine, basé sur une période de 532 ans, obtenue par la multiplication du cycle solaire de 28 ans avec le cycle lunaire alexandrin de 19 ans, les termes extrêmes de Pâques étant le xvi et le xxu du mois lunaire. Ce canon fut en usage en Gaule jusqu'à la fin du vme siècle. Dans le second quart du vie il fut supplanté, à Rome, par le canon de Denys le Petit. Celui-ci repose sur le cycle alexandrin de 19 ans. L'équinoxe y est fixé au 21 mars, la célébration de la Pâque au dimanche compris, d'une part, entre le xv et le xxi du mois lunaire et, de l'autre, entre le 22 mars et le 25 avril. C'est ce comput qu'introduisirent en Angleterre, en 597, saint Augustin de Canterbury, l'envoyé de Grégoire le Grand, et ses compagnons, et que les missionnaires romains ou plutôt leurs successeurs eurent tant de peine à faire accepter des chrétientés celtiques.

On tient généralement pour assuré que ces chrétientés suivaient, au vie siècle, le cycle de 84 ans, tel que Rome l'avait pratiqué avant 343 *. M. Alfred Anscombe cependant est rebelle à cette croyance 2. En tout

1. Br. Krisch, Studien zur christlich-mittelaUerlichen Chronologie, Leipzig, 1880, p. 71-72. — Du même, Die Einfûhrung des griechischen Paschalrilus in Abendlande {N. A., ix, 1884, p. 143-144 et 167). — L'usage du cycle de 84 ausest attesté chez les Bretons par Bède, H.E., n, 2; m, 23; en Irlande dans H. E., m, 25; Cummun, P. L., LXXXVH, 975; chez les Pietés, par Bède, H. E., m, 25 ; v, 21.

2. A. Anscombe, The Paschal Canon attributedto Analolius {E.H. R., x, p. 331-533). — Du même, The Obit of St Columba, London, 1893, p. 27. — D'après cet auteur, les Celtes insulaires suivaient le comput alexandrin de 19 ans. — E. Schwartz, Christliche und jûdische Ostertafeln (Abhandlungen der k(migl. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôttingen. Philol.-hist. Masse. Aexe Folge, t. VIII, 1905, p. 103), déclare qu'il est impossible de savoir quel système suivaient les insulaires.

eas il n'est douteux pour personne que les Celtes insulaires ne fissent osciller la Pâque, d'une part, entre le xive et le xxe jour de la lune inclusivement 1 — ce qui amenait la coïncidence de la solennité de la Résurrection avec celle delà Pâque juive, lorsque le xive jour de la lune tombait un dimanche — et, d'autre part, entre le 25 mars et le 21 avril, l'équinoxe du printemps étant fixé par eux au 25 mars 2 ; d'où le caractère doublement hétérodoxe de leur Pâque.

Le cycle de 84 ans avait probablement pénétré en Grande-Bretagne au ive siècle 3 et, de là, s'était introduit en Irlande avant l'arrivée de saint Patrice. Il s'était si bien implanté dans les deux îles que lorsqu'elles apprirent, au vie siècle, les changements survenus dans l'intervalle à Rome et sur le continent, il fut très difficile de l'en déraciner. Pour y arriver, il fallut poursuivre les discussions, pendant un, deux et même trois siècles, suivant les régions. Nous allons raconter les principales phases de cette longue controverse.

Le pape saint Grégoire avait soumis les évêques bretons à la juridiction de saint Augustin de Canterbury '•. Voulant entrer en relations avec eux, Augustin les convia à une entrevue, au sud de la Severn, à l'endroit appelé depuis lors le Chêne d'Augustin (602 ou 603) s. Dans cette assemblée, l'archevêque de Canterbury invita le clergé breton à se joindre à ses missionnaires pour évangéliser les Saxons et lui demanda de renoncer au cycle pascal erroné, ainsi qu'aux autres

i. Bfde, H. E., n, 2, 4; m, 25.

2. Cf. Bède, H. E., v, 22. — Anscombe, art. cité, E.H. R.,\, p. 518.

3. L'opinion de Rossi (Inscr. chr., I, p. lxxxvi), d'après laquelle les évêques bretons qui assistèrent au concile d'Arles de 314 auraientrapportéce cycle dans leur île, parait insoutenable à Br.Krusch, art. cité, N. A., p. 167.

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