Bède, H. E., il, 4 (P. L., XCV, l
évêques, écrite, en 609, aux évêques et abbés d'Irlande, nous montre que le clergé de cette île était attaché aux mêmes particularités rituelles que les Bretons et ne se souciait pas davantage de nouer des relations avec l'Église anglo-saxonne. « Avant d'arriver en Bretagne, disait cette lettre, nous vénérions pareillement Bretons et Scots. Mais nous avons appris dans la suite parl'évêque Dagan, de passage en Bretagne, et par l'abbé Colomban, qui pérégrine en Gaule, que les Scots ne diffèrent en rien des Bretons au point de vue de la discipline. Cet évêque Dagan venant ici, non seulement a dédaigné de prendre sa nourriture à notre table, mais il s'est même refusé à la prendre sous le même toit que nous * . »
Colomban avait trouvé en vigueur, dans la Gaule, le canon de Victorius d'Aquitaine2. Il était bien décidé à conserver l'usage qu'il avait suivi à Bangor. Les évêques burgondes se scandalisèrent de voir Luxeuil célébrer la Pâque à une autre date que la leur, surtout lorsque le 14e jour de la lune pascale tombait un dimanche et que les Irlandais célébraient sans vergogne, ce jour-là même, la Résurrection du Sauveur. A leurs yeux, Colomban était ni plus ni moins qu'un quartodéciman3. Pour se défendre, l'abbé de Luxeuil prit le parti d'écrire au pape saint Grégoire le Grand (600). Il déclare, dans sa lettre, s'appuyer sur l'autorité d'Anatole de Laodicée, dont l'ouvrage sur la Pâque, dit-il, a été cité par Eusèbe de Césarée et loué par saint Jérôme, oracle de l'Occident^. Colomban ne se doutait certes pas que l'ouvrage dont il faisait
\. Bédé, ibid.
2. Cf. Giry, op. cit., p. 114; J. Scbmid, Die Osterberechnung..., Regensburg, 1904, p. 24-31.