Colomba*, Ep. i, loc. cit
tant de cas n'était qu'une fabrication exécutée, moins de cinquante ans auparavant, dans les Iles Britanniques, en vue d'appuyer la doctrine pascale insulaire1. Le canon du pseudo-Anatole porte, en effet, extérieurement l'estampille du cycle de 19 ans, mais il est en réalité basé sur celui de 84 ans ; il reconnaît bien les mêmes termes lunaires pour la Pàque que les Celtes, et fixe, comme eux, l'équinoxe au 25 mars2. Quant au canon de Victorius, qui place l'échéance de Pâques entre le xvie et le xxne jour de la lune et autorise la célébration de la fête dès le 23 ou le 24 mars, c'était, d'après Colomban, une combinaison très fautive et condamnable. Car comment le triomphe du Christ sur la mort, œuvre de lumière, peut-il être commémoré après le xxe jour de la lunaison, alors que la lune ne se lève plus que dans la seconde moitié de la nuit, alors, par conséquent, que les ténèbres l'emportent sur la lumière? C'est pour ce motif qu'il appelle la Pâque de ses adversaires une « Pàque ténébreuse ». D'un autre côté, l'équinoxe tombant au 25 mars, fêter la Pâque le 23 ou le 24, c'est solenniser la Résurrection avant la Passion, puisqu'il est établi que Jésus est mort après l'équinoxe du printemps3. C'est pourquoi, ajoutait l'abbé de Luxeuil, ce canon de Victorius, nos docteurs, nos philosophes, nos mathématiciens et nos très savants
1. Vas der Hagf.n- [De cyclis paschalibus, p. 140) a le premier montré le caractère apocryphe de ce canon. Pour lui le faussaire était un Breton, mais il en plaçait la publication à une époque trop tardive (Varin, Mémoire sur les causes de la dissidence, etc., p. 212-215). — Br.Krusch, Studien, p. 312. — Mac Carthy, A. V., p. cxvm-cxxv. — Anscombe, E. H. R., x, p. 515-533. — C. H. Turner [ibid., p. 708) place dans le nord de la Bretagne le lieu de lajcomposition du canon.
2. Ki.usch, Studien, p. 315. — Schmid, Die Osterberechnung, p. 9.
3. M. Malnory {Quid Luxovienses monachi, p. 8) parle dune ancienne fête de la Passion fixée au 23 mars.
sages d'Irlande ne l'ont jamais accepté, ils s'en sont moqués, ils l'ont jugé déraisonnable.
Si ce comput n'avait rencontré aucune faveur dans les pays celtiques avant que saint Colomban eût quitté l'Irlande, il ne tarda guère cependant à y être accepté dans certains milieux. Le Catalogue des saints nous dit, en effet, qu'au nombre des diverses supputations qui avaient cours entre 599 et 665, celle qui fixait le premier terme lunaire au xvi, c'est-àdire celle de Victorius, avait des partisans; et ce témoignage est confirmé, vers 633, par Cummian. Le Breton qui compila, au vme siècle, YHistoj'ia Brittonum se servit aussi dans ses datations du cycle de Victorius '.
Si les arguments de Colomban n'étaient pas tous de première valeur, le ton de sa lettre était celui d'un homme ardemment convaincu de l'excellence de la cause qu'il défend. Il mettait, pour ainsi dire, le pape en demeure de se prononcer pour elle. A cette lettre il joignit un mémoire ; mais ni la lettre ni le mémoire n'arrivèrent à leur destinataire. Le moine irlandais écrivit deux autres lettres sur la question pascale, l'une aux évèques gaulois assemblés en concile à Chalon-sur-Saône, en 603, pour discuter son cas, l'autre à un pape qu'il ne nomme pas, probablement Sabinien .604-606,. Dans ces deux lettres, le ton est moins véhément; le controversiste se borne finalement à demander qu'il lui soit permis de vivre en paix dans son désert et de s'en tenir, sur l'observation de la Pâque, aux traditions de ses anciens2. Nous
1. C. E. D., II. p. 293. Cl. Br. Erusch, art. cité, X. A., p. 15-2. — Cummia>, De contr. paschali (P. L., LXXXVII, 969). — Nennius, Historia Brittonum, xxxi, lxvi {M. G., Auct. ant., XIII, p. 172, 209). Cf. Scumid, op. cit., p. 31.