Colomdax, Ep. h et
ne connaissons ni les actes du concile de Châlon ni la réponse du pape.
Si saint Patrice se rendit familier le cycle en usage sur le continent à l'époque de ses pérégrinations, il ne semble pas qu'il l'ait importé en Irlande ou, du moins, qu'il ait réussi à l'y imposer. L'Irlande était dès lors en possession du cycle de 84 ans « vieux style », tel qu'il était constitué avant les modifications de 343 '. 11 resta en vigueur dans l'île tout entière jusque vers l'année 632. A cette époque, le sud de l'Irlande — la première entre toutes les régions celtiques — se convertit à la Pâque orthodoxe dans les circonstances que nous allons indiquer.
Certains commencèrent par adopter le cycle de 532 ans2. Pourquoi ce cycle, au lieu de celui de Denys le Petit, préconisé par Rome et l'Eglise anglosaxonne ? Probablement par suite d'une méprise. On s'imagina que c'était là le cycle vraiment canonique et orthodoxe. Avant d'accepter cette innovation, Cummian, l'auteur du traité De controversia paschali, notre principal document pour ces événements, nous dit qu'il voulut, quant à lui, étudier la question pendant un an. Durant ce temps, il scruta les Ecritures, étudia le comput. prit le conseil de ses anciens, de ces hommes qui avaient succédé aux saints Ailbed'Emly, Ciaran de Clonmacnois, Brendan de Birr. Nessan de Mungret et Lugid, ou Molua, de Clonfert- Mulloe et finalement, il décida ses confrères à se réunir en synode dans la plaine de Lene (Magh-Lene), proba-
4. Au sujet du cycle de S. Patrice, Cummian dit : in quo luna a xiv usque in xxi regulariter et aequinoctium a xn kl. aprilis observatur (col.975\ mais le texte est corrompu et les notions de l'auteur sur les divers cycles sont tellement vagues et erronées qu'il n'y a rien à tirer de son dire. Cf. Blry, Pat., p. 371-374.
•2. Cummian, op. cit., col. 909.
blement non loin deBirr1.Là il fut convenu qu'on célébrerait la Pâque, Tannée suivante, avec l'Église universelle. Mais voici que, peu de temps après le synode, surgit un antagoniste, « un mur blanchi » [paries dealbatus), comme l'appelle charitablement Cummian, qui, sous prétexte de respect pour la tradition, renouvela les divisions et rendit vaine la décision prise. Alors, pour dirimer le conflit, des gens sages et humbles furent députés à Rome. Ils ne rentrèrent qu'après trois années, annonçant qu'ils avaient été témoins, dans la Ville éternelle, d'un spectacle d'unité qui les avait profondément émus. Ils avaient vu, à Saint-Pierre, réunis dans la célébration d'une Pâque commune, un Grec, un Hébreu, un Scythe et un Egyptien, et ces gens, dont le témoignage avait été appuyé par des miracles accomplis sous leurs yeux, leur avaient déclaré que tout l'univers célébrait la Résurrection à la même date que Rome. Or. cette année-là, les Irlandais, eux, la fêtaient à un mois entier d'intervalle.
Cummian, de qui nous tenons tous ces détails, ne nous fait pas savoir quelle fut l'année où se produisit cet écart considérable ; mais on peut arriver à la déterminer. Le De controversia pascali est une lettre adressée conjointement à Segene, abbé d'Iona, et au solitaire Beccan, en vue de les amener à la célébration canonique. Segene fut abbé de 623 à 652. Dans cet espace de temps 2, il n'y eut qu'une année où la Pâque fut célébrée à Rome et en Irlande à un mois entier d'intervalle, c'est en 631. Comme le voyage de la mission irlandaise se prolongea jusqu'à la troisième