Bède, H. E., m, 25, 26. — Eddils, Vila Wilfridi, chap. x
LES COiNTROVERSES DISCIPLINAIRES. 189
par leur sainteté et par leurs miracles. Auraient-ils pu être en la matière victimes d'une erreur? 11 se réclamait aussi d'Anatole, homme saint, qui avait fixé les limites^de la fête au xive et au xxe jours de la lune. Trouve-t-on rien dans la loi divine, dans les saints Evangiles qui s'oppose à cette doctrine? Au reste, ce système remonte à saint Jean, lui-même, l'apôtre qui reposa sa tête sur la poitrine du Seigneur.
Wilfrid prit ensuite la parole. La Pâque dont il était le défenseur était celle de Rome, de l'Italie, de la Gaule. Il l'avait constaté par lui-même au cours de ses voyages. De plus, il avait appris que l'Afrique, que l'Asie, que l'Egypte, que la Grèce n'en observaient point d'autre. Seuls les Irlandais et leurs complices, les Bretons et les Pietés, habitants des parties les plus reculées de ces îles, avaient la hardiesse de résister à tout le reste de l'univers. Anatole, Wilfrid le reconnaît, fut un très saint, très savant et très digne personnage; mais qu'ont de commun avec son cycle les procédés des Scots? Le cycle d'Anatole est un cycle de 19 ans, le leur un cycle de 84 ans. Il mentionne bien, comme termes de la fête, le xiv et le xx du mois lunaire, mais il parle à la manière des Égyptiens pour qui ces chiffres signifient en réalité le xv et le xxi. Loin de comprendre cela, les Scots sont même allés jusqu'à célébrer la Pàque le xm. Quant à Columba et ses successeurs, c'étaient, sans nul doute, de très saintes gens, mais ils se sont trompés. Ils étaient certes de bonne foi; s'il se fût rencontré quelqu'un pour les tirer de leur erreur, pour leur montrer les vices de leurs calculs, nul doute qu'ils n'eussent réformé leurs usages. Colman, lui, n'a plus cette excuse, il pèche en résistant obstinément aux injonctions du Saint-Siège. Columba fut un saint, il fit des miracles, cela n'est pas contestable; mais
est-il permis de l'opposer à saint Pierre, à qui le Seigneur a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clés du royaume des cieux » ?
Entendant cette parole du texte évangélique. Oswy remué demanda à Colman s'il reconnaissait que le Christ l'avait réellement prononcée. Sur sa réponse affirmative, le roi demanda àl'évèque s'il pouvait produire un texte concédant de tels pouvoirs à saint Columba. C'était là une mise en demeure embarrassante. En toute simplicité, Colman répondit qu'il ne pouvait produire rien de semblable. Sur quoi Oswy clôtura le débat en disant que Pierre était un porte-clés auquel il se garderait bien de résister, de peur de ne trouver personne pour lui ouvrir, lorsqu'il se présenterait aux portes du paradis '.
Le roi, la majorité de l'assemblée, l'évèque Cedd, lui-même, élevé par les Scots à l'épiscopat et qui servit, en la circonstance, d'interprète à Colman, se rangèrent à la manière de voir de Wilfrid.
Les moines irlandais et environ trente Northumbriens de la communauté de Lindisfarne restèrent attachés à la doctrine de Colman. Se voyant vaincu, celui-ci demanda à Oswy de lui nommer un successeur, résolu qu'il était à se retirer en Irlande. Eada, abbé de Melrose, qu'il proposa, fut agréé. Alors il s'en vint à Lindisfarne, où il prit une partie des ossements de saint Aidan, et, avec la troupe des disciples fidèles, se rendit à lona 2. De là on fit voile vers Inisboffin, l'île de la Vache blanche, située au large de la
1. Bède remarque que le débat sur la tonsure ne fut pas moins vif, à Whitby (H. E., m, 26).
i. Bkde, H. E., iii,26.
côte de Mayo. C'est là que Colman finit ses jours vers 675 4 .
On lui pardonnera, ainsi qu'à Golomban, cette tenace fidélité à un archaïsme. Nul doute qu'ils ne se soient crus, l'un et l'autre, jusqu'au bout, en possession de la tradition vraie. Il y a quelque chose de touchant dans le cas de cet obstiné vaincu de Whitby qui s'en va, chargé des reliques vénérées d'un saint de sa race, chercher au pays des ancêtres le droit de conserver la discipline qu'ils lui ont léguée, discipline qui, pour lui, fait, pour ainsi dire, corps avec la foi.
Gomme ses prédécesseurs Oswald et Oswy, Aldfrid, qui monta sur le trône de Northumbrie en 685, avait été dans son enfance exilé chez les Scots -. Il avait connu alors Adamnan, neuvième abbé d'Iona (679-704). et avait même été son disciple 3. En raison de ces relations anciennes, l'abbé fut chargé, en 686 et 688, de deux ambassades auprès du roi *. Il fut tout à fait bien accueilli par lui et fit, la seconde fois, un assez long séjour dans ses Etats. Il visita alors le célèbre monastère de Jarrow dont Ceolfrid était abbé. Celui-ci, très zélé ouvrier de l'unification des rites, ne manqua pas d'entreprendre son confrère irlandais, au cours de leurs entrevues, sur la Pâque et sur la tonsure. Il fit si bien qu'il réussit à le convertir. Rentré dans son monastère, Adamnan se fit à son tour auprès de ses
1. Béde, H. E., iv, 4. — .4. T., éd. Wh. Stores, R. Cel., xvn, 18%, p. 203.
•2. Bède, Vita Cuthberti, xxiv (P. L„ XCIV, 264). — On lui attribue môme des poèmes gaéliques. Cf. O'Donovan, dans VIrish Penny Journal, i, 1840, p. 94; Kcno Meyer, The Instructions of King Cormac Mac Air l (Todd Lecture s Séries, t. XV), Dublin, 1909, p.vi; Annie M. Scarke dans Eriu, iv, 1910, p. 173-181.
3. D'où le nom de Dalta Adhmnain (alumnus Adamnani) que lui avaient donné les Irlandais.