Bède, H. E., ni, 4, il
3. Sur la date de cette lettre v(i28 ou 6-29), voir le milieu du § 1 du présent chap.
conversion de toute la portion sud de l'Irlande. Déjà, en 455, les Églises bretonnes, ayant été instruites d'une détermination pascale émanée du pape saint Léon le Grand, s'étaient empressées de s'y conformer *.
Des agents intermédiaires, saint Augustin de Canterbury et les autres envoyés italiens, avaient bien cherché à dessiller les yeux des insulaires ; mais les Bretons, à qui ceux-ci s'adressèrent de prime abord, éprouvaient une répugnance invincible à se soumettre à des règles disciplinaires qui leur étaient annoncées par les apôtres de leurs ennemis-. L'archevêque de Canterbury et son clergé étaient, à leurs yeux, des émissaires des Anglo-Saxons, tout comme, pour les Armoricains, l'archevêque de Tours était avant tout le suppôt du monarque franc. Par suite de la surexcitation politique, traditions religieuses et vieilles coutumes nationales se confondirent, s'amalgamèrent ; cela forma le legs intangible du passé.
Au fond les discussions portèrent uniquement sur des matières de pure discipline ou de liturgie. Nous avons de la peine, aujourd'hui, à nous expliquer de si longs conflits pour certains des objets en litige. La différence dans la date de la fête de Pâques introduisait, il est vrai, un désaccord regrettable dans toute l'année ecclésiastique ; mais comment la forme de la tonsure suscita-t-elle une sf violente animosité et alimenta-t-elle de si longs débats? Aujourd'hui, le clergé catholique irlandais ne porte plus aucune espèce de tonsure. Les lois disciplinaires sont susceptibles de changement. Les esprits des vieux âges, figés dans le
l. « Pascha commutatur super diem dominicain cura papa Leone episcopo Romae » {A. C, s. a. 4:i3, p. 1). -2. Jîf.de, H. E., v, 23.
culte des traditions locales , n'avaient guère la notion de cela. Us n'établissaient pas non plus facilement le départ entre les questions de pure discipline et les croyances dogmatiques1. Durant toute la durée des controverses sur la Pâque et sur la tonsure on s'excommunia mutuellement, on se jeta à la tête avec entrain les épithètes de « schismatique » et d' « hérétique2 ». Le pénitentiel de Théodore est allé jusqu'à prescrire la réordination des clercs ordonnés par des évêques scots ou bretons qui in Paçcha et tonsura catholicae non sunt adunati ecclesiae 3.
Cependant, à part l'intrusion momentanée des doctrines pélagiennes dans une partie du monde celtique, on ne voit pas que l'intégrité de la foi y ait été en danger^. Aux ive et ve siècles, les évêques bretons sont manifestement en communion avec ceux de l'Occident5. En 431, le pape envoie à l'Irlande son premier évêque. Au commencement du vne siècle, Augustin réclame le concours apostolique du clergé breton, sur la pureté doctrinale duquel il n'a par conséquent point de soupçons. Jonas de Bobbio et le Vénérable Bède