‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 180 sur 301 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

4. A. C, éd. J. Williams ab Ithel, s. a. 801), p. 11.— Bruy y Tywysofjion (Givent), éd. A. Owen, London, 1863, p. 8.

K. Asser, De rébus (jestis Aelfredi, 79, éd. W. H. Stevenson, Oxford,

métropole furent formellement et ardemment soutenues par Giraud le Cambrien. Mais le Gallois ne réussit pas à faire triompher sa cause. Ses adversaires prétendirent qu'elle reposait sur des fictions et des inventions aussi peu dignes de créance que les fables d'Arthur ' . Menevia dut reconnaître la juridiction métropolitaine et primatiale de Canterbury. Ici, comme en Armorique, après de longs démêlés et une opiniâtre résistance, l'indépendance bretonne dut se plier aux exigences organisatrices et centralisatrices de Rome.

S 2. — L'Épiscopat irlandais. — La théorie de l'exemption monastique en Irlande et à l'étranger.

A mesure qu'il se propagea dans l'empire romain. le christianisme établit sa hiérarchie dans les cadres de l'administration civile. Dans l'Irlande restée hors des prises de Rome, les institutions ecclésiastiques durent se modeler sur une constitution politique et sociale toute différente. Ici point de villes, un pays dépourvu d'unité, fractionné en une multitude de tribus antagonistes, animées d'un esprit particulariste et régionaliste très prononcé, aux circonscriptions mal définies. A dire vrai, nous ignorons comment saint Patrice, qui se trouva être, pendant un certain temps, le seul évêque du pays, y organisa l'épiscopat appelé à continuer son œuvre. Mais il passe pour avoir ordonné un très grand nombre d'évêques 2. Il en plaça vraisemblable-

1. Giraud, De invectionibus,ix,2, éd.J. S. Brewer(R. B.S.), London, 1863, p. 78. —D'ailleurs, dans ses Retractationes (Œuvres, t. I, p. 420), Giraud avoue qu'il a suivi, au cours de ses démarches, magis famam publicam et opinîonem quam historiae cujuspiam certitudinem. — Voir ci-après, ch. xi, % G.

i. Catalogua sanct. Hiberniae (C. E. D., H, p. 292) ; Tirechan, p. 304. — Le chiffre de 3ti,"> donné par Nbnnius est suspect. Voir le passage de VHistoria briltonum reproduit dans Tr. L., p. 500.

ment un dans chaque tribu convertie ou en voie de conversion '.. « Voici, nous dit la Riagail Pâdraic (règle de Patrice), document qui n'est point de saint Patrice, mais qui, vu son ancienneté, a quelques chances de correspondre à la réalité des choses, voici pour les âmes des hommes d'Irlande ce que contient le Testament de Patrice. Chaque tribu doit avoir un primescop (évêque principal) pour ordonner son clergé, pour consacrer ses églises, pour la direction spirituelle des princes et des chefs, et pour la sanctification et la bénédiction de leur progéniture après le baptême. Car la tribu et la nation qui n'ont pas d'évêque pour accomplir ces fonctions voient la loi de leur croyance et de leur foi mourir, etc. 2. »

Le terme primescop ne doit pas désigner une sorte de métropolitain exerçant sa juridiction sur des suffragants, mais il signifie plutôt, sans doute, l'évêque proprement dit, l'évêque territorial, l'évêque de la tribu, par opposition aux autres espèces d'évêques dont il va être question ci-après.

Nous avons déjà dit quelle place immense tint, dès le principe, l'élément monastique dans l'Eglise d'Irlande. Les moines, missionnaires au début, ne perdirent rien de leur importance ni de leur influence après la conversion du pays. Les monastères, nantis de riches domaines, très peuplés, demeurèrent des foyers d'apostolat et de piété, des centres recherchés de culture profane et sacrée, bref des oasis de paix, de lumière, de civilisation au milieu de la barbarie générale. Aux yeux des populations chrétiennes, leur presige éclipsa même en partie celui de l'épiscopat.

La question de savoir s'il y eut des diocèses épisco-

1. Cf. Bury, Pat., p. 180 et 375-379; Plummer, V. S. H., introd., p. cxiii, note l.

2. Riagail Pâdraic, éd. J. G. O'Keeffe {Èriu, i, 1904, p. 216-224).

paux en Irlande dans les premiers siècles du moyen âge se discute encore '. Le territoire sur lequel s'exerçait la juridiction de l'évêque n'était certainement pas bien délimité. C'est le synode de Rathbreasail, sur lequel nous aurons à revenir, qui réglera, au commencement du xiie siècle, les frontières diocésaines. Mais ce qui dut surtout jeter la confusion dans les circonscriptions épiscopales tracées tant bien que mal et contribuer à diminuer l'autorité épiscopale, ce furent les districts très importants placés dans la dépendance des monastères.

Les diverses fondations d'un même saint abbé formaient ce que l'on appelait la familia (en irlandais muintir) de ce saint. Dans cette familia rentrèrent les fondations faites, au cours des siècles, par les coarb2, ou successeurs du premier abbé. Les territoires appartenant en pleine propriété à ces familiae monastiques ou ceux sur lesquels, en raison de services spirituels ou matériels rendus aux populations, elles exerçaient comme une sorte de protectorat, y touchant des offrandes, y prélevant des tributs, constituaient la parochia (en irlandais fairché) du saint fondateur3. Ces pa-

1. Ont répondu par la négative : 1° King, A Memoir introductory to the early History of the Primacy of Armagh, p. 1 ; 2° Todd, St Patrick, p. 3, 27, 43; 3° Reeves et Fowler, Adam., Vita Col., éd. Fowler, p. 142, note 8; 4° T. Olden, Church of Ireland, p. 117; 5° Wasserschleben dans I. K., p. xl sq. — Ce dernier, s'autorisant de certains textes de VHibernensis, croit pouvoir affirmer que c'est seulement à partir du vne siècle que l'on lencontieen Irlande des évêquesà siège fixe. Maisl'existence antérieure des paroch iae épiscopales ressort du can. 30 delà lr* série des canons de S. Patrice (C. E. D., II, p. 330). — Loofs, op. cit., p. 60-61, Bury, Pat., p. 180 sq. et 375 sq., admettent qu'il y eut dès l'origine des circonscriptions épiscopales plus ou moins bien délimitées.

2. Sur ce mot consulter Todd, Saint Patrick, p. 155-156 et le Dictionary of Christ. Antiquities de Smith et Chatham, art. Coarb.

3. Can. 34 de Patrice (C. E. D., II, p. 330); Tirechan, p. 333; Vita Carthagi, 11, 16, 37 (V. S. H., I, p. 173, 176, 183); Vita prima Brendani, 2 (V.S. B., p. 98, note 11); Vita Ciarani de Cluain, 17, 18 (F. S. H., p. 206, 211); Vita Endei, 27 {V. S. H., II, p. 72); Vita Moling, 6 (K S. H.,

roisses monastiques étaient des espèces de diocèses abbatiaux englobant de riches domaines disséminés à travers l'Irlande, situés même parfois au delà de la mer, et enclavés dans les diocèses épiscopaux1. Il ne faudrait pas accepter aveuglément les témoignages hyperboliques de certaines vies de saints sur l'étendue de quelques-unes de ces parochiae. Celle de sainte Brigide de Kildare, par exemple, à entendre Cogitosus, per totam Hibernensem terrain diffusa a mari usque ad mare extensa est-.

Néanmoins, on est fondé à croire que les terres soumises aux familiae monastiques enlevaient aux évêques des tribus une part considérable de juridiction, car souvent les abbés étaient, eux-mêmes, évêques3, ou bien, s'ils ne l'étaient pas, ils attachaient à leur abbaye, pour échapper à la juridiction épiscopale,un évêque claustral, lequel exerçait ses fonctions à l'intérieur du monastère principal d'abord, sans doute aussi à l'intérieur des autres monastères de la familia, quand ceux-ci n'étaient pas, eux-mêmes, pourvus d'un personnage semblable, et même, peutêtre, sur toute l'étendue du territoire de la parochia''.

On se souvient des droits vraiment extraordinaires dont jouissait l'abbé-prêtre d'Iona. Bède représente ce régime comme insolite par rapport à la discipline de son pays et de son temps. Il n'y a pas lieu non plus

H, p. 192J; Vita Moluae, 25 (V. S. H., II, p. -213); Vita Munnu, 16 (V. .S. H., II, p. 232).

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