C. EL D., II, p
803, à l'évêque d'Armagh et à son clergé de se joindre à ses troupes dans une campagne entreprise contre le Leinster, l'évêque fit observer au roi à quel point les expéditions guerrières étaient contraires aux obligations sacerdotales et demanda d'en être exempté. Le roi confia à son conseiller Fothat l'examen de cette requête. Celui-ci, après mûre délibération, rendit sa sentence sous une forme versifiée : elle était favorable aux vœux du clergé. Dès lors, les clercs furent dispensés de prendre part aux opérations militaires '.
Nous avons indiqué les débuts du système paroissial en Armorique; nous n'avons aucune donnée certaine sur ses origines dans les autres pays celtiques.
S 5. — Le célibat ecclésiastique.
Que le clergé celtique ait. dès le vc siècle, observé le célibat, c'est ce qui ressort clairement des textes ; mais, comme beaucoup d'écrivains protestants se sont efforcés de faire dire à ces textes tout autre chose que ce qu'ils signifient, nous devons les passer soigneusement en revue à notre tour pour essayer d'en donner une interprétation plus conforme à la vérité.
Les moines faisant vœu de chasteté, comme nous l'avons dit plus haut, il est trop clair qu'ils s'astreignaient par leur profession au célibat.
Les historiens protestants font grand état de la généalogie de Patrice placée par le saint en tête de sa Confessio, de laquelle il résulte qu'il était fils du diacre Calpurnius et petit-fils du prêtre Potitus. Rien ne nous dit que ce fut après leur ordination que Potitus et Cal-
1. Joyce, S. H., p. 96-97. — J. Hocan a examiné la question de savoir si les familiae monastiques se faisaient quelquefois la guerre entre elles, dans J.Ant.Ir., 1879-82, p. 320-409. Il conclut par la négative.
purnius eurent leurs enfants. S'il était établi qu'il en fût ainsi, il n'y aurait d'ailleurs là rien d'extraordinaire. La date delà naissance de Patrice doit être placée dans le dernier quart du iv° siècle. Or le pape Sirice, écrivant, en 385, à Himère, évêque de Tarragone, pour rappeler les prêtres et diacres espagnols à la pratique du célibat, ordonnée par le concile d'Elvire (v. 300), suppose que ces prêtres et diacres ont pu pécher par ignorance des canons H. A fortiori cette ignorance estelle supposable pour le nord de l'île de Bretagne, pays des parents de Patrice. Cette région pouvait bien n'avoir pas encore été touchée par les injonctions romai= nés. Dans son De officiis, écrit après 386, saint Ambroise dit, en effet, qu'il y avait des prêtres dans les pays éloignés qui continuaient à vivre dans l'état de mariage2.
Les mentions de fils ou de femme de prêtre ou d'évêque, qui se rencontrent dans les textes insulaires postérieurs, ne peuvent fournir aucun argument contre la loi du célibat ecclésiastique. Usher signale, en Grande-Bretagne, vers la fin du vne siècle, le fils d'un prêtre nommé Benlanus et la femme de ce prêtre, Laeta 3. On constate que Gildas réclame de l'évêque qu'il soit vir unius uxoris. Une bonne preuve, suivant William Reeves, que le mariage clérical existait dans l'Église fondée par Patrice, c'est que l'apôtre de l'Irlande exige du futur évêque de Leinster qu'il soit « homme d'une seule femme et qu'il ne lui soit né qu'un enfant* ». Enfin, on relève, dans le Senchus Môr, unpas-
1. Siuice, Ep. ad Himerium (P. L., LVI, 558-559). Voir aussi, col. 728, la nolification delà même chose aux évêques d'Afrique.