Anastase, Epist. 2 (P. L., CXXIX
5. C'est l'opinion de M. Roger, L'enseignement des lettres classiques..., p. 206.
Gaule, à pareille époque, la classe ecclésiastique dédaignait le parler roman, encore informe, il est vrai, qu'elle traitait delingua laica. Rien de semblable en Irlande. Clercs et moines, tout en s'adonnant à l'étude des lettres classiques et des sciences ecclésiastiques, continuèrent de cultiver avec un vif intérêt la langue gaélique. Durant tout le moyen âge et dès une époque très lointaine, ils composèrent des prières, des poésies religieuses, des sermons, des traités liturgiques et théologiques en langue vulgaire. Nous aurons à nous occuper, dans la suite, d'un bon nombre de ces productions. Bien mieux, la langue indigène fut admise jusque dans les livres liturgiques et par eux dans le sanctuaire même. A côté de rubriques latines on trouve des rubriques écrites en gaélique dans des livres aussi anciens que l'Antiphonaire de Bangor et le livre de Deer, dans le missel de Stowe et le fragment de Plaisance. Le Liber hymnorum contient aussi plusieurs hymnes en vieil irlandais et des pièces farcies. Le bilinguisme se manifeste également dans les Annales et dans beaucoup de textes hagiographiques. « Depuis le temps de saint Patrice jusqu'à l'an i600, dit avec enthousiasme et non, nous le concédons, sans une pointe d'exagération, Eugène O'Curry, il n'y eut pas un prêtre, pas un évoque formé en Erin qui n'étudiât, dans sa jeunesse, d'une façon approfondie la littérature et l'histoire gaéliques1. »
S 2. — L'Écriture Sainte.
On a écrit très justement que « l'éducation religieuse et l'éducation littéraire de l'Irlande furent deux faits
1. E. O'Curry, On Manners and Customs ofthe Ancient Irish, London, 1873, t. îl, p. 73. — Cn. Plummer, V. S. H., I, p. cxxx.
parallèles et simultanés * ». De fait, les grands fondateurs d'écoles furent des saints et leurs disciples des moines. Le mot sage, si fréquemment employé dans la littérature chrétienne des Scots, s'applique fréquemment au savant versé à la fois dans les sciences sacrées et profanes. A dire vrai, il n'y eut même qu'une science, celle des Écritures. Les autres disciplines n'étaient considérées que comme des servantes, des auxiliaires de l'éducation religieuse. Les arts libéraux, l'étude des langues anciennes, toute la culture profane, n'avaient pour but, en principe, que de rendre les esprits aptes à la lectio divina, c'est-à-dire à l'étude de la pensée divine renfermée dans son expression biblique et dans la tradition 2. La calligraphie, la miniature, si fort en honneur dans les îles, servirent de même presque uniquement, nous le verrons, à multiplier et à embellir les livres de la religion, textes liturgiques ou bibliques. Telle est bien du reste la doctrine pédagogique exprimée par Aldhelm de Malmesbury, qui reçut les leçons d'un maître irlandais, comme aussi par Alcuin, dans son épître Ad fratres qui in Hibernia insula per diçersa loca Deo deservire videntur 3.
A partir du vne siècle, des foules d'étrangers affluent aux écoles d'Irlande et à celles ouvertes par les Scots hors de leur île. Nous connaissons les noms de beaucoup de ces studieux étrangers : Agilbert, depuis évêque de Paris, le saint prêtre Egbert, Wigbert, qui tenta le premier l'apostolat de la Frise, Willibrord, futur apôtre de ce pays, les deux Hewald, ses compagnons, Haengils, Chad. Ethelthun, Ethehvin, Eahfrid,
1. H. Pirenne, Sedulhis de Liège dans les Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique, t. XXXIII, 188-2, p. 9.