‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 207 sur 301 · BEBE, H. E., v · texte numérisé non relu

BEBE, H. E., v

il écrivit son De locis sanctis, sans avoir jamais, luimême, visité les lieux saints (688) *.

Les textes bibliques latins en usage dans les chrétientés celtiques jusqu'au vie siècle, étaientdes versions antérieures à la Vulgate2. Saint Patrice cite la Bible d'après une version du type dit européen. Le Codex Usserianus (vne siècle) conservé à la bibliothèque de Trinity Collège à Dublin, présente un texte « européen » des Évangiles, dans une recension que l'on croit particulière à l'Irlande. Il est rapporté dans une vie, non de saint Finnian de Moville (vie siècle?), comme on l'a dit, mais de saint Fridian, que ce dernier personnage fut le premier à introduire les Evangiles en Irlande, assertion qui se trouve répétée dans une glose du martyrologe d'Oengus3. Celavoudrait-il signifier que Fridian fut l'introducteur dans ce pays du texte évangélique de la Vulgate? Nous ne voulons point l'affirmer*. Cependant c'est bien auvie siècle, que la Vulgate prend pied dans les Iles Britanniques. Elle se manifeste dans beaucoup de citations de Gildas. Elle gagne du terrain

1. Éd. P. L., LXXXVIH, 799-814. — Éd. P. Geyer dans le Corpus scr. lut. de Vienne, t. XXXIX, p. 221-297.

2. Consultez notamment sur ces questions: 1° S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893; 2° art. Vulgate de H. J. White dans le Dictionary of the Bible d'Hastings; 3° art. Latin Versions (The old) de H. A. A. Kennedy, dans le même dictionnaire (p. 56-57); 4° D. Chapman, Notes on the early History of the Vulgate Gospels, Oxford, 1908, ch. ix.

3. The Martyrology of Oengus the Culdee, éd. Wh. Stores, London, 1905, p. 204-205. — La seule vie latine connue de S. Kinnian, en dehors des leçons du bréviaire d'Aberdeen, est celle qu'a éditée Capcrave, Nova legenda Anglie, éd. Carl. Horstmann, Oxford, 1901, t. I, p. 444-447. Elle ne contient pas ce détail. — Le passage visé se trouve dans la Vita secunda Fridiani,3 (Colgan, A. Sanct. Hibern., p. 638). Or cette vie est un remaniement et une amplification d'une vie plus courte de S. Fridian, qui, elle-même, est postérieure à l'an 1171. (Colgan, p. 635 ; Seebass, Zeit. f. Kirchengeschichte, xiv, 1894, p. 437-438). Il n'est d'ailleurs pas admissible que l'on identiûe S. Figdianus de Lucques avec S. Finnian de Moville.

♦. Bernard et Atkinson, /. L. H., II, p. 145, inclinent à le croire.

avec Golomban, Cummian, Adamnan et la collection canonique irlandaise *. Cette collection est d'inspiration romaine. On constate que la diffusion de la Vulgate va s'accentuant, dans les pays celtiques, à mesure que s'y implantent les usages romains 2. Cependant il ne faudrait pas s'attendre à trouver, dans les manuscrits du Nouveau Testament d'origine insulaire, datant des vne, vme, ixe et xc siècles, ou même d'époque plus récente, une Vulgate pure et sans mélange. Le Codex connu sous le nom de Guirlande de Howth (2e manuscrit d'Usher : Tr. Col. Dublin, A. 4. 6; viie/vme siècle) et le Livre de Mulling (même bibliothèque; vnie/ixr siècle) sont si étroitement apparentés à l'ancienne version, qu'on les classe généralement parmi les anciens textes. Les manuscrits de Durrow, de l'Université de Cambridge (Ll. 1. 10), les Livres de saint Chad, d'Armagh, de Relis, de Mac Regol, le Saint Jean de Stowe, l'Évangéliaire de Mac Durnan, tous d'origine irlandaise, sont des textes mêlés, c'est-à-dire offrant, quant au fond, la Vulgate, mais avec des vestiges del'ancienne version, quelquefois sous forme de « conflation » [conflate readings), et des interpolations proprement irlandaises.

Pour l'Ancien Testament, à l'exception du Psautier, comme aussi pour les Epîtres de saint Paul, notre information est beaucoup moins sûre, car, les manuscrits de ces parties de la Bible ayant presque complètement disparu, nous sommes réduits à les étudier dans les citations qu'en ont faites les auteurs ecclésiastiques insulaires, et rien ne nous dit que les

1. D'après Dom Cuapman {Notes on the early History of the Vulgate Gospels, p. 163-180) la Vulgate aurait été importée en Irlande de Lérins par S. Patrice. — Les citations bibliques des auteurs insulaires ont été étudiées chezHADDAN et Stcbbs, C. E. D.. I, p. 170-198.

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