S. Berger, op. cit., p
copistes qui ont transcrit ces œuvres au cours des âges, se soient fait scrupule de remplacer les leçons bibliques anciennes par celles de la Vulgate qui leur étaient familières.
Il subsiste cependant trois manuscrits latins des Epîtres de saint Paul, le susdit livre d'Armagh, le codex M. th. f. 12 de l'Univ ersité de Wurtzbourg (vnie/ixe siècle) et le codex 1247 de Vienne (xie siècle), l'autographe de Marianus Scottus de Ratisbonne1. Le manuscrit de Wurtzbourg est glosé; beaucoup de ses gloses sont tirées du commentaire de Pelage sur saint Paul. Le livre d'Armagh, de son côté, contient le Prologus Pilagii in omnes epistolas et, après l'épître aux Colossiens, l'épître apocryphe aux Laodicéens.
Les textes de la Vulgate de la famille irlandaise ne restèrent pas confinés dans l'île. Les manuscrits, emportés par les étrangers qui étaient venus étudier en Irlande ou par les Scotti voyageurs, se répandirent sur le continent : de sorte que le pur texte irlandais se retrouve dans des manuscrits bibliques provenant de Tours, d'Angers, du Mans, d'Epternach, de Saint- Gall, de Reichenau et de Bobbio2.
Les plus anciens monuments du vieil irlandais sont des gloses bibliques. Les plus vieilles remontent au vme siècle. Leur quantité est relativement considérable. Toutes celles connues jusqu'à ce jour ont été publiées avec une traduction anglaise dans le premier volume du Thésaurus Palaeohibernicus de "Whitley Stokes et John Strachan (1901) 3.
i. Edit. et trad. Wii. Stores, The Old-Irish Glosses at Wûrzburg and Carlsruhe, London, 1887. Le codex de Wurtzbourg vient d'être publié en photogravure par L. Clin. Stf.rn, Halle, 1010. — Cf. Wattenrach, Vu autographe de Marianus Scottus (R. Cel., i, 1870-71, p. 26-2-264).
•2. S. Bf.rcfr, op. cit., cli. iv.
3. Voir aussi Tu. Olden, The Holy Scriptures in Ireland a thousand years ago, Dublin, 1888.
Aucune glose biblique écrite, au moyen âge, dans les autres idiomes gaéliques ou dans ceux du rameau brittonique ne nous est parvenue * .
Mieux que les gloses, dont l'importance est grande surtout au point de vue linguistique, les commentaires proprement dits des livres de la Bible, composés ou transcrits par les Celtes, peuvent nous renseigner sur leur façon d'interpréter les Saintes Ecritures.
Parmi les ouvrages faussement attribués à saint Augustin d'Hippone, il en est un qui est certainement l'œuvre d'un Irlandais du vne siècle, son homonyme, c'est le traité De Mirabilibus scripturae sanctae 2. Dans sa préface, l'auteur de cet opuscule dit qu'il a entrepris de l'écrire à la prière d'un certain Manchinanus qu'il appelle son « frère vénérable », et qu'il a pu s'acquitter de cette tâche malgré son incapacité, grâce aux lumières qu'il a reçues de ce maître et d'un autre, nommé Bathanus. Or ces vocables latinisés représentent les noms irlandais fréquents de Baetan ou Baedan et de Mainchine3. Augustin passe en revue les principaux événements merveilleux de l'Ancien et du Nouveau Testament, et, tout en laissant de côté l'explication de leurs significations allégoriques et figurées, il s'applique à montrer, à propos de chacun d'eux, que dans toutes les choses qui sont en dehors du gouvernement ordinaire de ce monde et des lois naturelles, Dieu ne crée pas de nouvelles natures, mais se contente de gouverner celle qu'il a créée. La nationalité de l'auteur se trahit encore, par ailleurs, à la façon dont il parle de l'Irlande — la seule région de l'Occident
1. Voir à ce sujet les excellents articles écrits par M. J. Bellamy pour le Dictionnaire de la Bible de Vigouroux intitulés Bretonnes..., Gaéliques..., Galloises [Versions) des Saintes Écritures.