I. L. H., II, p. 39-40 et
4. Augustin, De mirabilibus scripturae, i, 3. — Prière de Colgu, éd. Kuso Meyeu, Otia Merseiana, II, 1900-1901, p. 101. — Book of Cerne, éd. Dom Kuypers, p. 103. — Codex Harl. 7653 (éd. Warren, Bangor, t. II, p. 95). — Le voyage de Snedgus et Mac Riagla, éd. Wn. Stokes, R. Cel., ix, 1888, p. 23. — Le» deux chagrins du royaume du ciel, éd. G. Dottin, R. Cel., xxi, 1900, p. 386-387. — Cf. D. Mac Gregor dans les Transact. of the Aberdeen Ecclesiological society, t. III, 11° partie, 1898, p. 307.
une vie innocente dans une île déserte de l'Océan, en attendant la fin du monde, époque à laquelle ils goûteront à la mort par le martyre.
La croyance à la persistance du don de prophétie était très vivace. La littérature chrétienne irlandaise comprend une foule de prophéties attribuées aux saints nationaux ou bien faites sur eux, quelquefois même par des païens1.
L'influence de la Bible est encore remarquable dans la liturgie, mais là où Ton s'attendrait moins à la constater, c'est dans le droit canonique. Elle s'y manifeste cependant, nous Talions voir tout à l'heure, à un degré très prononcé. L'un des recueils canoniques irlandais porte même le titre de Liber ex lege Moysi.
La pente du tempérament celtique étant connue, on pouvait supposer a priori que, non contents de se nourrir des livres canoniques de la Bible, nos insulaires durent aussi s'éprendre vivement de la littérature apocryphe extrabiblique. Et, de fait, il n'est pas besoin de pratiquer longuement leur littérature pour s'apercevoir qu'ils ont abondamment puisé à cette source. 11 serait à souhaiter que ce point d'histoire littéraire et religieuse fût étudié d'une façon détaillée, mais le contenu des manuscrits irlandais est encore trop imparfaitement connu pour que l'on puisse aborder dès maintenant cette étude. Voici quelques indications très générales sur ce sujet.
Une bonne partie de l'ancienne littérature gaélique se compose d'amplifications bibliques. Voici quelques titres pris au hasard qui donneront une vague idée du contenu de ces morceaux : Les huit parties dont fut formé Adam; Les dix-sept merveilles qui se produi-
1. Sur les soi-disant prophéties païennes et chrétiennes, voir E. O'Clrrv, il. M., p. 382-43*.
virent à la naissance du Sauveur; Les quatre espèces de bois dont fut faite la croix; Le testament de la sainte Vierge; Les quinze signes du jour du jugement1. Plusieurs de ces productions ont, d'ailleurs, des équivalents en latin et dans d'autres littératures européennes. Evidemment, leur origine est à chercher dans les livres apocryphes, répandus de bonne heure en Occident. Nous avons des preuves formelles de la circulation de bon nombre de ces écrits dans les Iles Britanniques.
Les débris d'un sacramentaire irlandais du xe ou xie siècle contiennent une messe de la Circoncision dont l'évangile, au lieu d'être emprunté à l'un de nos quatre Evangiles canoniques, est tiré d'un évangile apocryphe de Jacques fils d'Alphée, inconnu jusqu'ici2.
Dans les pièces intitulées : Les présages du jugement et Les quinze signes du jour du jugement3, les humains appelés à comparaître devant leur souverain juge sont divisés en quatre catégories : les mali valde, les mali sed non valde, les boni sed non valde, les boni valde, division qui se retrouve, sous des termes un peu différents, dans la Vision d'Adamnan et dont, suivant M. Boswell, l'origine est à chercher dans le Livre d'Enoch*. Le même auteur signale encore l'influence de Y Apocalypse de Paul sur la Vision5. Nous allons rencontrer un peu plus loin d'autres preuves de la circulation du Livre d'Enoch chez les Celtes. Le fragment d'une version latine de ce livre s'est conservé dans
1. Le Leabhar nah IJidre, le Leabhar Breac, le livre jaune de Lecan, le Liber Flavus Flergusioriuni, le Ms. Rawl. B. 502 de la Bodléienne, les manuscrits irlandais de Paris et de Rennes sont particulièrement riches en morceaux de ce genre.