Bcrv, Pal., p
4. Comparez le can. 28 à Confessio, éd. Haddah et Stubbs. C. E. D., p. 308, 1. 21.
où les partisans des réformes romaines exerçaient une influence prépondérante.
Indépendamment de ces textes d'origine plus ou moins synodale, on dispose, pour étudier le droit canonique insulaire, de plusieurs recueils d'origine non officielle, mais qui ne tardèrent pas à jouir de la plus grande faveur. La collection canonique irlandaise, appelée généralement par abréviation ÏHibernensis. est la plus célèbre de toutes. C'est une compilation de sentences et de textes répartis sans ordre apparent en 67 livres, subdivisés eux-mêmes en un certain nombre de chapitres, sur tout ce qui touche à la discipline chrétienne, à la vie religieuse, au gouvernement des âmes. Ces sentences et ces lois sont tirées principalement delà Sainte Ecriture, des décisions des conciles étrangers et locaux, notamment des deux prétendus conciles patriciens, et enfin d'écrits des Pères.
Les compilateurs de YHibernensis ne légifèrent pas en vertu d'une autorité ecclésiastique quelconque ; ils agissent en leur propre nom. Encore que leur œuvre soit marquée d'une empreinte irlandaise indéniable, on s'aperçoit vite que, tout en rassemblant les éléments divers de ce singulier florilège, ils ne sont pas sans avoir pris parti dans les grandes controverses qui divisèrent l'Eglise d'Irlande du vne siècle. Leurs tendances sont nettement « romanistes ». Ils ont à cœur de travailler à l'enracinement des coutumes romaines récemment introduites dans leur pays. Ils réprouvent la tonsure de Simon le magicien ; ils sont partisans de celle de saint Pierre et de l'appel à Rome ; ils ont peu de sympathie pour les Bretons «toto mundo contrarii, moribus romanis inimici » ; ils conviennent de la nécessité, pour le pontife consécrateur. de s'assurer le concours d'au moins deux évêques pour consacrer un nouvel
évêque '-. « Le droit spécial à l'Église d'Irlande est rapproché là du droit de l'Église universelle 2. »
Comme nous l'avons déjà fait pressentir, l'influence de la Bible sur Y Hibernensis est extrêmement frappante. Nombre de préceptes et d'exemples bibliques y ont trouvé place. Bien mieux, ce recueil a tenté d'acclimater dans l'extrême Occident plusieurs institutions d'un caractère nettement mosaïque, telles que les privilèges des cités de refuge, l'année jubilaire, l'obligation de payer la dîme, les guaestiones mulierum, la distinction entre les aliments purs et impurs3. Cette distinction se retrouve d'ailleurs dans d'autres textes canoniques d'origine celtique. On dirait que le principe de saint Paul : « Tout est pur pour les purs » n'avait pas encore tout à fait prévalu dans ces régions. Il faut citer ici le jugement d'un canoniste qui a porté dans l'étude de ces textes la finesse de sa critique et en a saisi mieux que personne le caractèraet la portée : « Ainsi, écrit M. Paul Fournier, les fragments tirés de la Bible tiennent une place importante dans les recueils composés sous l'influence irlandaise, où ils figurent à côté d'un certain nombre de textes proprement canoniques et de très nombreuses citations tirées des Pères de l'Église. Il n'en va pas de même des collections dont se servait communément l'Église latine, à l'époque mérovingienne, et en particulier de la Dionysiana et de VHispana. 11 suffit de rapprocher ces collections de Y Hibernensis pour apercevoir le contraste qui se dégage de cette comparaison. La Dionysiana, VHispana, les collections analogues sont composées de