‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 222 sur 301 · K., xx, 5, 6; lu, 6; i · texte numérisé non relu

K., xx, 5, 6; lu, 6; i

2. P. Fourmer, De l'influence de la collection canonique irlandaise sur la formation des collections canoniques [Nouv. revue historique dv droit français et étranger, xxm. 1890, p. 28).

3. /. K., lib. xxviii, xxxvi, xi.v, lu, lui. — Cf. P. Fournier, R. Cel., xxx, 1909, p. 233, note 1.

textes émanant de l'autorité ecclésiastique officielle et toujours vivante, c'est-à-dire des conciles et des papes. C'est que l'Eglise d'Occident est munie d'organes disposés sur les degrés d'une hiérarchie régulière , au fonctionnement desquels les fidèles sont accoutumés ; aussi suivent-ils la direction d'une autorité qui a qualité pour ordonner et qui a conscience de sa mission. Au contraire, dans l'Eglise irlandaise, cette organisation, fondée sur l'épiscopat territorial, n'est pas arrivée à sa pleine maturité ; les conciles n'y tiennent qu'une place secondaire, comme les évêques dont le rôle est singulièrement effacé ; la machine législative fonctionne mal. De même que, dans l'ordre civil, le Celte, réduit à des institutions rudimentaires, aime à appuyer les' décisions qui constituent le droit sur l'autorité d'un personnage puissant ou d'un juriste fameux, de même, dans les collections canoniques qui lui sont propres, il ne cesse de citer, non seulement les Pères de l'Eglise et les saints de sa race, mais encore Moïse, les prophètes et les apôtres '. »

Nous avons parlé des « compilateurs » de YHibernensis. Grâce à la souscription de l'un des manuscrits de Paris contenant cette collection2, il a été possible, en effet, de découvrir qu'elle est l'œuvre de deux canonistes irlandais. L'un d'eux se nomme Ruben ; on l'identifie avec le Rubin Mac Conad, de Dairinis, dans le voisinage de Youghal (C. de Waterford), qui mourut en 725. d'après les Annales dUlster 3. Ruben aurait eu pour collaborateur Cucummne ou Cuchuimne le Sage, auteur d'une hymne en l'honneur de la sainte Vierge, mort

1. P. Fournier, Le liber ex lege Moysi (R. Cel., xxx, 1909, p. 228-2-2!)).

2. Le ms. lat. 12021 de la Bibl. Nationale de Paris (Ane. St-Germain, 121).

3. B. Mac Carthy, The Collertio canonum hibernensis (Academy du 3 nov. 1888, p. 290-291). Cf. ïïii. Stokes, dans 'Academy du 1er dêc. 1888,

aux environs de l'an 745. et qui se rattachait, par un lien dont la nature nous échappe, à l'abbaye d'Iona 4. De la sorte Y Hibernensis aurait été composée dans le premier quart du vme siècle, date à laquelle intrinsèquement rien ne contredit.

Jusqu'en 1884, 1 Hibernensis n'était connue que par des extraits qu'en avaient donnés d' Achéry et Martène - . Cette année-là, Wasserschleben a donné une première édition de ce recueil3 ; mais il est regrettable que l'éditeur ait, ainsi qu'Henry Bradshaw4, considéré comme la plus ancienne recensionune recension qui est la plus récente et qu'il ait, déplus, négligé de tenir compte de manuscrits offrant des textes apparentés 5.

Cette collection est la plus développée et la plus importante des collections canoniques d'origine celtique connues jusqu'ici. M. Fournier a tout dernièrement fait connaître un Liber ex lege Moysi, brève série de textes extraits du Pentateuque, colligée en Irlande, au vme siècle, et déjà en circulation sur le continent à la fin de ce siècle ou, au moins, au siècle suivant 6. Sortent également des îles les Canones Adomnani1 qui comprennent, dans diverses recensions, des interdictions

1. Trois critiques ont travaillé, par des moyens indépendants et avec certaines vue* de détail différentes, à cette seconde identification : 1° VYh. Stores, dans VAcademy du 14 juillet 4888, p. 26 ; 2° R. Thcrneysln, Zur irischen h'anonensammlung (Z. C. P., vi, 1908, p. 1-5); 3° E. \V. îs'icholson, The Origin ofthe Hibernian Collection of Canons (Z. C. P., III, p. 99-103; vi, p. 556).

2. Spicilegium, t. IV, p. 232; 2e éd., t. I, p. 492. — Thésaurus anecdotorum, t. IV, col. 1 sq. — Extraits reproduits chez Migne, P. L., XCVI, 1281-1308 et 1311-1314.

3. Cette première édition a été presque complètement détruite par un incendie; Wasserschleben en adonné une seconde à,Leipzig,,en 188.';.

4. Voir la dissertation de H. Bradshaw jointe à /. K., p. lxx.

5. Heilmans, Sedulius Scottus, p. 136-144; P. Fournier, R. Cel., xxx. p. 225-226.

6. Le liber ex lege Moysi, R. Cel., xxx, p. 221-234 et Bulletin de l'Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres du 14 mai 1909.

7. Éd. Wassersciileben, Buss., p. 120 sq.; P. L., LXXXVIII, 815; XCVI, 1319, 1324-25.

alimentaires, et dont l'attribution à l'abbé d'Iona n'est pas établie; puis une petite collection sur les dîmes, De decimis et primo genitis et primitivis in lege, d'inspiration également tout hébraïque1. Sur cette matière, comme sur beaucoup d'autres, les manuscrits tiennent encore en réserve du nouveau pour les chercheurs de l'avenir.

Les textes canoniques irlandais et bretons ont passé les mers dès la seconde moitié du vme siècle 2. Reçus avec faveur chez les Anglo-Saxons et chez les Francs, ils ont puissamment contribué à la formation du droit ecclésiastique de ces peuples. C'est un manuscrit angevin qui nous a conservé les 31 canons dits du second synode de saint Patrice. La même collection d'Angers a fait des emprunts, notamment sur les moines, à YHibernensis. L'influence de YHibernensis est encore reconnaissable dans la collection franque dite des 400 chapitres (vme siècle) , dans celle de Cologne (vme/ ixe siècle), dans les canons du Concile de Tibur (895), dans le De synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis de Réginon de Prùm (vers 910), etc. L'auteur du prologue des lois anglo-saxonnes d'Alfred le Grand, au ixe siècle, s'est largement inspiré du Liber ex lege Mo y si 3.

D'autre part, on a remarqué que cinq manuscrits transcrits entre le ixe et le xie siècle, ayant entre eux un air de famille frappant, contenant tous YHibernensis et les Canones Adomnani et, déplus, tel autre texte cano-

1. Éd. partielle chez Maktèxe, Thés, anecdot., IV, col. Il sq.; P. L., XCVI, 1319-1320 ; Buss., p. 143. — Cf. P. FOURWER, R. Cel., xxx, p. 2:27-2*8 et 232-233.

2. Entre 763 et 790 Alberic , évêque de Cambrai et d'Arras, faisait transcrire YHibernensis. C'est l'exemplaire incomplet conservé dans le Cod. 619 de la bibl. de Cambrai.

3. P. Fournier, art. cité de la Nouv. revue du dr. fr. et étr., p. 29, 36, 39-41 ; art. de la R. Cel., p. 230. — Wasserschleben, I. K., p. xxix.

nique irlandais ou gallois, présentent des noms de scribes armoricains et des gloses bretonnes, ce qui atteste, pour eux ou pour leur prototype, une origine armoricaine 4 . Sur cette constatation , M . Fournier est tenté de conclure qu'il dut exister, au vme siècle, des relations directes entre l'Irlande et l'Armorique. Cela est possible, mais n'est pas certain. Rien ne nous assure que les textes irlandais transcrits dans ces manuscrits n'ont pas d'abord séjourné en Grande-Bretagne, pour passer ensuite de là en Armorique. La présence des canons gallois dans deux au moins de ces manuscrits ne le ferait-elle pas supposer?

En tout cas, quelles qu'aient été les voies par lesquelles les textes irlandais ont envahi le continent, il est très certain qu'ils ont joué un rôle important dans la législation de l'église franque. Leur opportunité est une première raison de leur fortune. Les réformateurs du vme siècle trouvèrent dans Y Hibernensis toute une catégorie de principes qui leur étaient chers : soustraction des évêques à la juridiction des princes, intervention du Saint-Siège dans les causes difficiles, condamnation sévère de la simonie, indissolubilité du mariage. Ils l'employèrent à la diffusion de ces doctrines. Puis le clergé manquait encore, sur le continent, de collection canonique facile à manier. La Dionysiana, Y Hispana et les autres recueils du temps offraient les canons classés chronologiquement, d'après leurs sources. Un classement d'après le contenu était beaucoup plus commode : c'était celui que présentait la collection irlandaise. D'autre part, le genre de celle-ci était beaucoup plus

1. Ces manuscrits sont les suivants: Paris, 12021 et 3182; Orléans, 221; British Muséum, Otho, E, XIII; Bodléienne, Hatton, 42. — Cf. Bradshaw chez Wasseuschleben, I. K., p. lxvii sq., et du même, Collected papers, Cambridge, 1889, p. 440-420 et 452-488: P. Four.siER, R. Cel., xxx, p. 224.

27i LES CHRÉTIENTÉS CELTIQUES.

compréhensif et séduisant. Ces abondantes citations de l'Écriture et des Pères, cet éclectisme tout nouveau plaisaient aux esprits, tandis que le parfum d'ascétisme et de piété qui se dégageait des textes sur le monachisme, le jeûne, les reliques, la prière, gagnait les cœurs pieux et zélés *.

Jusqu'ici, nous n'avons parlé que des canons disciplinaires. On ne peut pas séparer de cette étude les canons pénitentiels, qui se sont élaborés dans les mêmes milieux, se présentent souvent associés aux précédents dans des recueils communs, et se sont propagés vers la même époque hors de leur commune patrie.

Lorsque Théodore de Tarse arriva en Angleterre pour prendre possession du siège archiépiscopal de Canterbury, il constata que la pénitence publique et la réconciliation solennelle des pénitents étaient choses inconnues dans ce pays 2. Il est bien probable qu'elles ne se pratiquaient pas davantage dans les régions celtiques avoisinantes. Le régime pénitentiaire en vigueur dans ces pays, au moins dès le vic siècle, est celui de la pénitence tarifée, suivant lequel une pénitence spéciale est imposée au pécheur par le ministre du sacrement sans solennité aucune, d'après des tarifs d'œuvres satisfactoires contenus dans des opuscules appelés pénitentiels3. Les œuvres de satisfaction sont proportionnées, dans les pénitentiels, en rigueur et en durée aux fautes commises. Pour les crimes les plus graves : inceste, parricide, parjure, etc.. ils prescrivent, suivant les circonstances, soit l'exil, soit la réclusion dans un mo-

1. P. Fournies, art. cité de la .\. Rev. du dr. fr. et étr., p. 71-73; R. Cel., xxx, p. 231.

2. Paenit. Theodori, r, 13, éd. Schmitz, Die BussbOxher und die Bussdiseiplin der Kirche, Mainz, 1883, p. 535.

3. Sur la pénitence tarifée, voir le travail de M. A. Boudinhon, Sur l'histoire de la pénitence... {R. H. L. R.,u, 1897, p. 496 sq ).

nastère pour la durée de toute la vie ou de dix, de sept, de trois ans. Pour les fautes d'une gravité moindre, la satisfaction consiste en des jeûnes plus ou moins prolongés ou répétés durant des quarantaines, des années, ou bien en des prières, des flagellations, des aumônes, etc.

La thèse de Mgr Schmitz ', suivant laquelle tous les pénitentiels de l'Occident seraient dérivés d'un pénitentiel romain, n'a pas réussi à s'imposer. On admet communément aujourd'hui que les pénitentiels sont nés etse sont développés dans les chrétientés celtiques, d'où ils ont, tout comme les canons disciplinaires, passé, aux vmc et ixe siècles, chez les Anglo-Saxons et sur le continent 2.

Nous allons énumérer les monuments de la discipline pénitentiaire insulaire, tant gallois qu'irlandais, sans chercher à résoudre les questions d'attributions, ce qui requerrait de trop longs développements. Au reste, il est, la plupart du temps, fort difficile de savoir quels furent réellement les auteurs des pénitentiels. Il est encore moins aisé de reconstituer avec quelque certitude dans leur teneur primitive des textes de cette nature, copiés et recopiés au cours de plusieurs siècles, et ayant subi, plus que tous autres, suivant les mœurs et les variations de la discipline, des contaminations, des mutilations et des additions nombreuses.

Les plus anciens textes paraissent originaires de la Bretagne celtique, comme l'indiquent leurs titres et aussi plusieurs particularités de leur contenu. Ce sont les Excerpta quaedam de libro Davidis, les canons du

1. Longuement exposée dans l'ouvrage cité p. 274, n. 2, ainsi que dans l'Arehiv fur katholischen Kirchenrecht, u, 1884, p. 33 sq. et d;uis Die Dussbilcher und das kanonische Bussverfahren, Dusseldorf, 1898. — Elle a été notamment combattue par M. Paul Fournier dans ses Études sur les pénitentiels (R. H. L. R., vi-ix).

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