‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 225 sur 301 · Éd. R. Cel., xv, 1894, p · texte numérisé non relu

Éd. R. Cel., xv, 1894, p

4. Les passages du Lévitique sur le rachat des vœux se trouvent au ch. xxvn du texte édité par Kuno Meyer. Cf. P. Focrmer, R. Cel., xxx, p. 233.

5. Edc. Loening, Geschichte des deutschen Kirchenrechls, Strassburg, 1878, t. II, p. 468 sq. — Malnory, Quid Luxovienses..., p. 6°2 sq., a embrassé cette opinion. — L'ont notamment repoussée L. Duchesse, Bulletin critique, iv, 1883, p. 366, et Mer Batiffol, Etudes d'histoire et de théologie positive, l™ série, Paris, 1902, p. 193-194.

zèle les peuples ad medicamenta paenitentiae, suivant l'expression de Jonas de Bobbio, et qu'ils se sont efforcés de rendre la confession plus fréquente, principalement dans les cloîtres, mais aussi parmi les pieux séculiers ' . La Régula coenobialis et le pénitentiel de saint Colomban, la Régula cujusdam patris ad virgines, celle de saint Donat de Besançon pour les religieuses de Joussan, les usages de Faremoutiers, tous imprégnés de l'esprit de Luxeuil, prescrivent aux religieux et religieuses de très fréquentes confessions2. Nous accordons que, dans plusieurs passages de ces règles, il s'agit, non de la confession sacramentelle, mais d'une simple pratique d'ascèse claustrale. Néanmoins tout porte à croire que la confession sacramentelle dut, ellemême, se développer concurremment dans ces cloîtres et aussi parmi les fidèles placés sous l'influence spirituelle des Scots. En Irlande, la confession était très usitée, même parmi les séculiers 3. Le nom dont on désignait le confesseur mérite d'être noté. On l'appelait, dès l'époque du vieil irlandais, anmehara, ce qui veut dire « ami de l'âme ». « Un homme sans anmehara, aurait dit Comgall de Bangor, le maître de Colomban. est un corps sans tête ''. »

1. Vita Columbani discipulorumque ejus, i, 5 ; n, 8 (M. G., S. S. R. M., IV, p. 71, 123). — Colomban, Epist. ad Greg. Magn. (P. L., LXXX, 262). — Cf. E. Vacandard, Revue du clergé français, xliv, 1905, p. 340- 341, et du même l'art. Confession du Ier au XIII" siècle dans le Dict. de théologie de V>ca^t-Mangenot, col. 884.

2. Régula coenobialis, éd. Seebass (Z. f. Kircheng., xvn, p. 218, 220) ; P. L., LXXX, 216. — Poenit. Columbani, éd. Seebass, même rev., xiv, 448; P.L., LXXX, 230. — P. L., LXXXVIII, 1059 ; LXXXVII, 281 et 282. — Vita Columbani, n, 19, éd. citée, p. 139. — Voir aussi le fragment d'une règle de vierges du vu0 siècle publiée par Seebass (Z.f. Kircheng. ,xvi, 1896, p. 465-470).

3. Vita Ciarani, 15 (Sal., A. S. H., 815). La bataille de Cam Conaill, éd. Wh. Stores (Z. C. P., m, 217). — Bède, H. E., iv, 25 (P. L., XCV,216 a). — Alcuin, Ep. 225 (P. L., C,502). — Cf. Plummer, V. S. H., I, p. cxvi.

4. H. d'Abbois dans R. Cel., xxiv, 1903, p. 107; Plummer, loc. cit.: H. Gaidoz dans la Zeilschrift /'. vcrgleichende Sprachforschung, xxxii, p. 311.

S 5. — Les doctrines théologiques.

Les Scots qui firent parler d'eux à l'époque carolingienne nous paraissent avoir été des hommes au cerveau encyclopédique, fort bien doués pour les besognes d'érudition, curieux, jamais las de fureter dans les livres. Leur savoir était certes très étendu pour l'époque, mais il était indigeste, indiscipliné1. Fiers de leur supériorité intellectuelle, ils en faisaient d'ailleurs volontiers étalage. Etaient-ils également bien doués du côté des facultés spéculatives? Avaient-ils l'esprit philosophique ? A la vérité plusieurs leur appliquent le nom de philosophes et ils se le décernent parfois à eux-mêmes. Mais, on le sait, la philosophie n'avait pas encore, à cette époque, de domaine autonome ; elle embrassait toutl'ensemble du savoir sacré et profane, les branches documentaires comme les branches spéculatives2. Avec leur faconde raisonneuse et leur tumultueuse érudition, nos Scots pouvaient passer, aux yeux des contemporains, pour de parfaits philosophes. Au reste, il est indéniable qu'ils s'appliquèrent beaucoup à la dialectique : ils employaient le syllogisme à temps et à contre-temps. Saint Benoît d'Aniane, qui avait, sans doute, eu l'occasion, en approchant Charlemagne et Louis le Pieux, de rencontrer quelques écolâtres insulaires, prend soin de prémunir l'un de ses disciples contre le syllogismus delusionis en faveur parmi les scholastici de son temps,

1. Voir notamment Heiric d'Auxerre, Vita Germant (P. L., CXXV, 1133); Coi.omban, Ep. 1 (M. G., Epist., III, p. 157); Aldhelm, Epis!. 3 (P. L., LXXXIX, 92) ; Ermenric d'Elwangek, Epist. ad Grimald. (M. G., Epist. \, p. 575j; Sedclius, Poem., h, 11 (M. G., Poet. lat., III, p. 179).

2. Maurice de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, 2e éd., I.ouvaio, 1905. p. 134 sq. — G. Brunhes, La foi chrétienne et la philosophie au temps de la renaissance carolingienne, Paris, 1903, p. 51, 63.

surtout, dit-il, parmi les Scots1. Quelques années plus tard, Pardule de Troyes, Florus de Lyon et le concile de Valence de 855, reprochaient à Jean Scot Erigène l'abus qu'il faisait de la méthode purement rationnelle dans les discussions théologiques. Pour lui, point de distinction entre la philosophie et la théologie ; c'était là une conséquence de sa formation néo-platonicienne. Alors que ses contemporains, pour élucider des points de foi, s'appuyaient principalement sur l'argument d'autorité, puisant dans l'Écriture, chez les Pères, dans les décisions des conciles, il prétend, lui, résoudre, presque uniquement avec l'aide de la dialectique, les plus épineuses questions. Il se fait fort par le moyen de quatre procédés logiques, la division, la définition, la démonstration et l'analyse, de décider toutes les matières théologiques.

Hincmar de Reims et Pardule de Laon eurent grandement tort de lancer ce génie systématique et hardi dans la question de la prédestination que Gottschalk venait de ranimer avec éclat. Le moine saxon avait été condamné pour avoir admis une double prédestination, imposant, l'une et l'autre, nécessité aux prédestinés. Le Scot prétendit que la prescience et la prédestination en Dieu sont une seule et même chose, il rejeta la prédestination des méchants à la peine et ne reconnut que celle des élus à la vie. Par ailleurs, son De Praedestinatione 2 contenait de graves erreurs touchant le feu de l'enfer, l'éternité des peines, et plusieurs propositions à saveur panthéistique ou pélagienne.

Une bande de théologiens se dressa aussitôt contre lui. Les conciles de Valence (855) et de Langres (859) s'élevèrent contre la méthode d'Érigène, traitant ses

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