L. H., London
3. Voir F. Duiîse, Bréviaires et missels des églises et abbayes bretonnes de France antérieurs au Xf IIe siècle, Rennes, 1906, p. 1G9-170 et J. Lotii, Les anciennes litanies des saints de Bretagne {R. Cet., xi, 1890, p. 133-15»,
*. Cf. art. Celtiques {inurgies), loc. cil.
compagnons, Palladius et Patrice. Et combien d'autres agents ont travaillé, à côté de ces protagonistes, à la fondation, à la consolidation, au développement de la vie chrétienne dans les îles, dont les traces ne sont plus apparentes, dont nous ignorons même les noms. Quelle a pu être sur les institutions liturgiques des Eglises insulaires l'influence de ces personnages? Il est évidemment impossible de le dire d'une façon précise et certaine. Quelques textes vont pourtant nous permettre de répondre, dans une certaine mesure, à cette question.
Le premier de ces textes est un traité anonyme composé au vme siècle, intitulé Ratio de cursus qui fuerunt ex auctores (sic), qui prétend rendre compte de la fortune des six grands cursus, dont l'un est le cursus Scottorurn *. Ce dernier devrait sa formation à saint Marc, qui aurait évangélisé, non seulement l'Egypte, mais même l'Italie. Grégoire de Nazianze et les moines d'Orient, Basile, Antoine, Paul, Macaire, Jean, Malchus, l'adoptèrent. Par Cassien il pénétra en Gaule, s implanta à Lérins, où le suivirent Honorât, Gésaire d Arles, Loup et Germain. Ces deux derniers enseignèrent les lettres sacrées au bienheureux Patrice et lui léguèrent ce cursus qu'il transmit à la Bretagne et à l'Irlande. Le cursus de saint Marc, devenu ainsi le cursus Scottorurn, fut réintroduit sur le continent, à la fin du vie siècle, par Colomban de Luxeuil et son compagnon Wandilochus [? Waldolenus]. Voilà en résumé l'histoire du cursus des Scots, d'après l'anonyme du vme siècle.
Observons tout d'abord que par cursus, il faut entei>dre, contrairement à ce qu'a pensé Mabillon, non la
1. Éditions : Spelman, Concilia, I, p. 176 ; C. E. D., I, p. 138-140 ; .1. Wickham Legg, Miscellanea Ceriani, Milauo, 1910, p. 1S1-1G7.
liturgie tout entière, mais seulement l'ensemble des heures constituant l'office divin. Il est incontestable que plusieurs des données conservées dans cet écrit sont confuses, plusieurs des sources alléguées, fausses H. Quoi qu'il en soit, ce qui est rapporté au sujet de la transmission du cursus depuis Cassien jusqu'à saint Patrice et saint Colomban par les intermédiaires que nous avons dit est, pour le fond des choses, tout à fait conforme à ce que nous savons des rapports du monde religieux insulaire avec la Gaule aux ve et vie siècles. Une glose du Livre des hymnes irlandais dit de saint Columba d'Iona : « Dix heures canoniales Colum Cille avait coutume de célébrer, ut ferunt; et c'est de l'histoire de Jean Cassien que lui vint cette coutume 2 ». Nous avons dit quelles relations saint Patrice paraît avoir entretenues avec Lérins et saint Germain d'Auxerre. Quant à Césaire d'Arles, il aurait également eu une réelle influence sur les conceptions ecclésiastiques des Irlandais 3. Tout compte fait, il semble donc que cet exposé de la genèse du cursus Scotcorum mérite d'être tenu pour substantiellement vrai. Telle est, aussi bien, la conclusion à laquelle se sont arrêtés Dom Mabillon, Usher, Dom Bàumer, F. E. Warren et d'autres critiques 4.
Le Catalogus sanctorum Hiberniae secundum diversa tempora, qui date aussi du vme siècle, nous renseigne incidemment, non seulement sur l'origine des heures canoniales, mais aussi sur celle de la litur-
1. Voir la critique de ce texte chez Waruen, Bangor, t. II, p. xxiv-