CHAPITRE XI
SI. — Coup d'œil rétrospectif.
Il n'est pas inutile de placer sous les yeux du lecteur, avant de passer outre, un résumé rapide de l'histoire des chrétientés celtiques depuis leurs commencements jusqu'à l'époque des invasions Scandinaves.
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3i(i LES CHRÉTIENTÉS CELTIQUES.
Le fait positif le plus ancien qui atteste l'existence d'une Eglise bretonne, c'est l'envoi de trois de ses évêques au concile d'Arles de 314. Dans le premier quart du ve siècle, le christianisme est porté par saint Ninian dans les régions du nord, aux Bretons du Strat-Clut et aux Pietés méridionaux.
C'était le temps où le moine breton Pelage répandait loin de son pays ses erreurs, qui s'y propagèrent bientôt à tel point que les évêques bretons, incapables d'en entraver par eux-mêmes la diffusion, firent appel à l'aide de l'Eglise de Gaule. Saint Germain d'Auxerre passa alors la Manche par deux fois. Une première fois (429-431), il était accompagné de saint Loup de Troyes ; une seconde (447-448). de Sévère, évêque de Trêves. Germain exerça une influence considérable sur la formation des chrétientés insulaires. Non seulement il triompha avec éclat du pélagianisme, mais il travailla encore, par ailleurs, à la consolidation de la religion, au développement du monachisme, et probablement aussi à l'établissement des liturgies insulaires. Giraud de Barri, à la fin du xne siècle, cite plusieurs pratiques religieuses encore en usage de son temps, dont il fait remonter l'origine jusqu'à lui *.
L'année 428 vit les premiers Anglo-Saxons s'établir en Grande-Bretagne. L'ère des conquêtes saxonnes fut. pour la religion, comme pour les institutions sociales, une période de désolation et de ruines. Le paganisme
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1. Giracd, Descriplio Cambriae, 1, 18, Opéra {R. B. S.), VI, p. 20-2-203.
germanique, maître de l'île jusqu'à la venue d'Augustin (597), refoula vers le nord et l'ouest ce qui subsistait de foi chrétienne.
En revanche, l'île voisine, que Prosper d'Aquitaine appelle « barbare », parce qu'elle ne subit jamais le joug romain, déjà visitée par quelques missionnaires, notamment par l'éphémère Palladius, avant l'an 432. est gagnée à l'Evangile, au cours du ve siècle, par saint Patrice. L'apôtre, au prix de travaux surhumains et avec l'aide de zélés auxiliaires, parvint à arracher à l'idolâtrie cette terre, qui ne tarda pas à devenir une pépinière de saints. Aux vie et vne siècles, les monastères s'y multiplient et se peuplent extraordinairement, la vie chrétienne, la vie ascétique, l'esprit de prosélytisme s'y développent à un degré merveilleux. Des pays voisins on accourt s'y former à la vie parfaite et aussi s'y instruire dans les sciences profanes et sacrées, car c'est dans cette île, située aux confins du monde habité, que s'est réfugié le savoir, traqué de tous côtés par la barbarie.
Cependant, une importante fraction du monde celtique insulaire se détachait de la Grande-Bretagne pour venir prendre possession de l'Armorique gallo-romaine. L'Eglise celtique établie dans la péninsule garda assez longtemps sa physionomie propre et se refusa, pendant des siècles, à reconnaître les droits de la métropole franque, sous la juridiction de laquelle elle était pourtant canoniquement placée.
Les chrétientés des îles font également preuve d'un particularisme singulièrement tenace et d'une confiance inouïe dans leurs traditions. De là ces âpres et longues controverses sur la question pascale et sur la forme de la tonsure. Enfin, au cours du vne siècle ou au commencement du siècle suivant, les dernières résistances sont vaincues et les rapports deviennent plus fréquents
entre les représentants du christianisme celtique et les Églises d'Angleterre et du continent.
Des moines, des solitaires, des clercs, des évêques, des lettrés sortent alors, nombreux, d'Irlande pour répandre à l'étranger la foi chrétienne, la vie religieuse, le savoir. Les derniers venus travaillent au relèvement des études sous les Carolingiens. Nous avons indiqué les causes diverses qui poussèrent tous ces Scots à franchir les mers. En les voyant se livrer avec une telle ardeur et en si grand nombre à la pérégrination, un contemporain croit reconnaître dans leur goût de la vie errante un besoin de leur nature : Quibus consuetudo peregrinandi jam pêne in naturam conversa est * . Mais, quel qu'ait été leur penchant naturel pour les voyages transmarins, à l'époque où Walafrid Strabon traçait ces mots, l'expatriation commençait à devenir pour eux une nécessité cruelle. Leur île avait déjà reçu plusieurs fois la visite des Vikings, qui allaient y semer tant de ruines et s'y installer en maîtres. Nous voici amené à dire quels préjudices causèrent à la religion les invasions Scandinaves dans les pays celtiques et aussi comment, en revanche, par une disposition providentielle, elles ouvrirent la voie aux réformes ecclésiastiques du xne siècle.