Dottin, Manuel, p
3. H. d'Arbois de Jibain ville, Le droit du roi dans l'épopée irlandaise {Rev. archéologique, xlii, 1881, p. 331). — Cf. Whitley Stores, R. Cel., XIII, 1892, p. ai, 58; Èriu, IV, 1910. p. 20 et 25.
4. Outre les textes de Strabon et de S. Jérôme cités plus haut, voir Diodore de Sicile, v, 32; Pure, Hist. nat., xxx, 13. — Cf. C S. Greaves, Archaeological Journal, xxxvi, 1879, p. 38-55; J. O'Donovas, U. J. A., vin, p. 239; Joyce, S. H., I, p. 18.
:>. Tacite, Annales, xvi, 35. — Cf. Demande en mariage d'Émer {R Cel., xi, 1890, p. 451) et Joyce, S. H., I, p. 95-96.
6. Klno Meyer, Càin Adamnâin, Lex Adamnani (Anecdota Oxoniensia), Oxford, 1904. — Cf. Irische Texte, IV, 1. 5128; Lism., p. 361.
questions de préséance. Le droit de découper, dans un festin, était réservé au plus brave, c'est-à-dire à celui qui avait tranché le plus de têtes humaines. Chacun commençait donc parénumérer ses exploits sanglants.
11 s'ensuivait des contestations violentes qui s'achevaient généralement parmi de nouveaux coups meurtriers '.
A côté de ces mœurs barbares, l'amour de la musique, de la poésie, des fêtes, des costumes aux couleurs voyantes, le goût des fables et des symboles, des énigmes, des allégories, des triades, la pratique d'une religion naturaliste, accompagnée de la croyance à un autre monde fantastique, tels sont les traits les plus frappants du tempérament et du caractère des Celtes païens insulaires. Examinons maintenant, d'une façon un peu plus détaillée, leurs conceptions religieuses.
§ 5. — Les croyances religieuses : les sources.
Avec les vies de saints les plus anciennes et les moins suspectes, avec les autres documents chrétiens indigènes des âges qui ont suivi la conversion, avec les inscriptions, ce sont les écrivains de l'antiquité, grecs et romains, qui nous fournissent les notions les plus abondantes sur les croyances religieuses des païens insulaires. Il faut toutefois se garder d'affirmer systématiquement de ces populations, en matière religieuse, tout ce que ces auteurs nous apprennent des Celtes continentaux. Au cours de leurs migrations séculaires
i. Voir Le cochon de Mac Dàthô et Le Festin de Bricriu, chez H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. V, p. 74-78, 86- 146; t. VI, p. 35-47. — Cf. Dottin, Manuel, p. 189 et J. Loth dans 1 Hermine du 20 juin 1909, p. 125.
les différents peuples celtiques se sont trouvés, sur le continent, en contact avec des races antérieures, avec les Ligures par exemple ', qui ont dû beaucoup influer sur leurs croyances. D'autre part, Scots et Bretons ont probablement aussi emprunté à leurs prédécesseurs dans les Iles Britanniques des pratiques et des croyances demeurées inconnues des Celtes du continent. Certains historiens ont, au surplus, largement mis à contribution les épopées irlandaises pour décrire la religion des Gaëls 2. En général nous ne suivrons pas leur exemple, car il est bien à craindre que la mythologie de ces épopées, loin d'être le miroir fidèle des traditions populaires, ne procède en grande partie que de l'invention fantaisiste des conteurs. D'ailleurs, il est reconnu que ces récits épiques ont été remaniés à l'époque chrétienne, et c'est justement sur les anciennes doctrines et pratiques païennes qu'ont dû porter les retouches des clercs du moyen âge 3. On a remarqué avec raison qu'à puiser sans discernement à de pareilles sources nous agirions avec une témérité comparable à celle des gens de l'avenir qui demanderaient à nos contes de fées le secret de nos croyances actuelles 4.
. 6. — Le culte des eaux, des arbres, des pierres et du soleil.
Les croyances des Celtes insulaires étaient étroite-
1. Camille Jullian. Histoire de la Gaule. Paris. 1903. t. I, p. 140, 143-
2. Notammpnt J. O'Beirse Crowe, Religious Beliefs of the Pagan Irish {Journal of the Hist. and Arch. Association of Ireland. 1868-69, p. 307-334), et d'Arbois de Jlbainvilf.e (cf. H. Gaidoz, dans le Polybiblion, 1904, p. 439).