Chron. de Nantes, éd. Merlet, p. x
2. « Britones veroarmorici,cum venerint inregno isto, suscipidebent et in regno protegi sicut probi cives. De corpore regni hujus exierunt quondam, de sanguine Britonum regni hujus « (Schmid, Die Gesetze der Angelsachsen, Leipzig, 1832, p. 296).
3. Voir ces inscriptions chez Edm. Mac Cli re, British Place-Xa>ne$ in their historical Setting, London, 1910, p. 161-162.
l. CI. D. Gasquet et Ed. Bisiiop, The Bosworth Psalter, London, 1908, p. 53-36.
5. La Borderie, H. Br., II, p. 307 sq. — Dom Plaine, Les invasions des Normands en Armorique et la translation générale des saint bretons, Paris, 1899. — F. Lot, Date de l'exode des corps saints hors de Bretagne (An. Br., xv, 1899, p. 60-76).
De 921 à 936, les Normands demeurèrent absolument maîtres de toute la Bretagne. Mais, en 936, Alain Barbetorte, qui avait grandi dans l'exil, franchit la Manche et réussit, au prix de trois ans de luttes, avec le concours des comtes de Rennes et du Maine, à débarrasser complètement son pays des envahisseurs.
£ 3. — Les Scandinaves dans les pays celtiques des Iles Britanniques.
Le monastère de Lindisfarne fut un des premiers points du littoral anglais de la mer du Nord attaqués par les pirates. Son église fut détruite et pillée en 793. En 795 les Scandinaves font leur première apparition sur les côtes d'Irlande. Quelques années plus tard, ils s'établissent dans l'île de Man. qui devait rester pendant plusieurs siècles en leur pouvoir. C'est naturellement aux petites îles peu peuplées qu'ils s'attaquent tout d'abord. Iona est saccagée une première fois en 800, et plusieurs fois encore dans la suite. Les reliques de saint Columba sont perpétuellement en mouvement, dans le courant du ixe siècle. Pour les soustraire à la rapacité impie des Vikings, on les fait passer d'abord en Ecosse, puis en Irlande; puis elles repassent la mer lorsque l'Irlande est, à son tour, devenue la proie des envahisseurs. Les reliques de saint Cuthbert subissent pareillement, à la même époque, de très nombreuses translations.
Le pays de Galles ne semble pas avoir été sérieusement visité avant la seconde moitié du ixe siècle. En 853, Anglesey est ravagée. Les attaques se renouvellent depuis lors assez fréquemment. Les monastères de Llanbadarn, Menevia, Llaniltud, Llancarvan, Llandydoch sont pillés en 987. Menevia attire particulière-
ment les païens. Deux de ses évêques, Morgeneu, en 1023, et Abraham, en 1078, tombent sous leurs coups.
L'Ecosse est continuellement infestée et les archipels adjacents sont de bonne heure réduits en sujétion. Au cours des années 875 et 876, les bandes de Healftene dévastent la Northumbrie, le pays des Pietés et le Strat-Clut.
Il est impossible de rapporter les dévastations de tout genre et les conquêtes sans cesse accrues des hommes du nord. Les Annales des divers pays dont il vient d'être question sont remplies de l'énumération de leurs raids, de leurs pillages et de leurs établissements.
Pas un des grands monastères irlandais, si florissants encore au vme siècle, n'échappa à leur avidité1. Maîtres des côtes, ils s'insinuèrent par les fleuves jusqu'au cœur du pays. Leurs flottilles mouillaient dans les lacs de l'intérieur, d'où, au moment favorable, ils fondaient sur les églises et les monastères, massacrant ou mettant en fuite les moines, s'emparant des objets précieux, des reliquaires, jetant à l'eau les reliques dont ils n'avaient que faire, et saccageant les bibliothèques.
En 832, le chef norvégien Thorgest (Turgesius) s'empare d'Armagh, dont l'évêque Forannan prend en hâte la fuite avec la châsse de Patrice. Il se réfugie en Munster; mais bientôt d'autres bandes, maraudant dans le sud, se saisissent de lui et détruisent son précieux fardeau. Thorgest étend sa domination sur tout le nord de l'île.
Dès le ixe siècle, trois royaumes danois se fondent, celui de Dublin, à l'est, de AVaterford, au sud, de Li-
1. Cf. C. F. Keary, The Vikings in Western Christendom, London, 1891, cb. vi, et l'introduction de l'édition par Todd de The War of the Gaedhil with the Gaill, London, 1867 (R. D. S.).
merick, à l'ouest 4. La conquête du pays par les étrangers est favorisée par les divisions entre rois et peuples indigènes, qui ne cessent de se faire la guerre entre eux, au lieu d'unir leurs forces contre l'envahisseur. Bien mieux, certains souverains irlandais vont jusqu'à faire alliance avec l'étranger.
Cependant un vaillant champion surgit, Brian Boru, qui remporte sur les Danois, le vendredi-saint de l'année 1014, la brillante victoire de Clontraf, aux abords de Dublin, laquelle arrêta les progrès de leur domination, mais n'eut point toutefois pour résultat, comme celles de Barbetorte en Armorique, d'expulser les étrangers de la malheureuse île. Le royaume danois de Dublin subsistera jusqu'à la conquête de l'Irlande par les Anglo-Normands.
Ces guerres, ces bouleversements politiques et sociaux, causèrent les plus grands maux à l'Église d'Irlande.
D'abord les études, faute de maîtres et de livres, tombèrent en décadence. On ne signale pas un seul ouvrage irlandais écrit en latin au xe siècle. Les moines fugitifs avaient emporté sur le continent leurs plus précieux manuscrits. Le reste des bibliothèques fut dispersé ou saccagé sans retenue par le Viking. Quand Brian Boru (1002-1014) voulut restaurer les études, il fut obligé, nous dit un chroniqueur, d'envoyer des savants acheter des livres au delà des mers 2. Pourtant il ne faudrait pas croire que toute vie intellectuelle se fût absolument éteinte, aux xe et xie siècles. La littérature nationale, les arts plastiques, continuèrent d'être cultivés, à cette époque 3. Le glossaire de Cormac, —
1. Ch. Hauday, The Scandinavian Kingdom of Dublin, Dublin, V éd.,