‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 274 sur 301 · Bern., Vita Mal., vm · texte numérisé non relu

Bern., Vita Mal., vm

o. Giraud, Topographia Hibernica, m, 19. Opéra {R. B. S.). V, p. 164.

lité envers l'Irlande n'est pas la qualité maîtresse de l'écrivain gallois. Néanmoins , si sa passion et son penchant oratoire le portent à foncer les couleurs, certaines de ses allégations doivent pourtant être tenues pour fondées, puisqu'elles sont corroborées par d'autres témoignages de valeur. Les lettres écrites par Lanfranc 11070-1093) et saint Anselme (1093-1114) méritent, par exemple, de fixer l'attention à cet égard. Elles attestent pareillement un singulier abaissement de la foi et des mœurs en Irlande.

Les sacrements sont tombés en désuétude ou profanés. La pénitence, la confirmation, le baptême même, dans certains cantons écartés, ne sont plus pratiqués. Les unions clandestines sont très fréquentes. Les hommes mariés échangent leurs femmes, les vendent, les répudient, au gré de leur fantaisie. On s'unit entre parents à des degrés prohibés par les canons. On n'enterre plus chrétiennement les morts. On refuse de payer les dîmes*.

Quant à la hiérarchie ecclésiastique, nous savons combien elle était précairement constituée dans l'Eglise d'Irlande. Après comme avant les invasions danoises, les évêques continuent de se multiplier sans raison, sans considération de siège vacant à combler. Par contre il y a pénurie de prêtres. La consécration épiscopale se fait toujours par un seul évêque 2. Le manque d'organisation diocésaine et métropolitaine, qui n'avait pas eu autrefois de trop regrettables conséquences, vu le zèle et l'esprit de foi qui animaient

1. Lanfranc, Ep. xxxvn [P. L., CF., o35), Ep. xxxvm, 536. — Anselme, Ep. Cxlii (P. L., CLIX, 174). — Giiuud, Top. Hib., m, 26, p. 170; De rébus a se gestis, xiv, Opéra, t. I, p. 68. — Bern., Vila, Mal., m, 1079; vin, 1084.

ù. Lanfranc, Ep. xxxvm (P. L., CL, S36). — Anselme, Ep. cxlvu (P. L., CLIX, 179). — Bern., Vita Mal., x, 1086.

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le clergé, avait abouti, au milieu de la perturbation et de la démoralisation générales, à l'anarchie complète. Là où la liturgie n'était pas purement et simplement abandonnée, l'esprit d'indépendance et la libre fantaisie faisaient loi 1 .

Les annales d'Irlande nous fournissent bien peu de lumières sur la religion des Scandinaves. Dès les environs de l'an 925, Sitric, roi de Dublin, se convertit au catholicisme, durant un séjour qu'il fit en Angleterre, mais il apostasia ensuite. Olaf, son successeur, mourut païen en 942. La conversion d'Olaf Cuaran, fils de Sitric, détermina dans la seconde moitié du xe siècle, celle de bon nombre de ses sujets2. Les mariages mixtes entre indigènes et Scandinaves, qui paraissent avoir été fréquents en Irlande, purent contribuer à hâter la pénétration de la foi chrétienne parmi les fidèles de Thor, mais ces unions furent aussi, par contre, dans bien des cas, préjudiciables aux convictions de la partie chrétienne.

Vers Tan 1035, la colonie danoise de Dublin comptait assez de fidèles pour posséder son propre évêque3. Celle de Waterford fit des démarches auprès de saint Anselme, en 1096, pour en obtenir un. ce qui lui fut accordé4. C'est à Canterbury, non à Armagh, que se rattachèrent ces chrétientés danoises. C'est là que les cinq premiers évêques de Dublin reçurent leur consécration. C'est par ces chrétientés que l'influence romaine va pénétrer en grande partie en Irlande. Gillebert, évêque de la colonie danoise de Limerick (?),peut-

1. Bern., Vita Mal., m, 1079. — Gillebert, De statu Ecclesiae (P. £., CUX, 995-996).

2. The Anglo-Saxon Chronicle, s. a. 942. 943. Cf. Hajjday, The Scandinavian Kingdom of Dublin, p. 124-126.

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