‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 275 sur 301 · Stores, Ireland and the Celtic Church, p · texte numérisé non relu

Stores, Ireland and the Celtic Church, p

4. Eadmer, Historianovorum in Anglia, éd. M. Rile (R. B. S.), LondOD, 1884, p. 76-77.

être lui-même d'origine danoise, sera le premier légat du Saint-Siège dans l'île.

L'œuvre d'unification avait déjà fait un grand pas, au vne et au vme siècles, en ramenant les Celtes sur plusieurs points aux usages de l'Eglise universelle. Rome, nous l'avons vu, n'avait jamais cessé d'être regardée comme l'Église mère, comme la capitale du monde chrétien. Son pontife, encore que mystérieusement distant, était considéré comme le chef suprême de la hiérarchie ecclésiastique. Mais la hiérarchie locale restait confuse et sans force dans les degrés supérieurs. Ils ne recevaient d'ailleurs que bien rarement de Rome une impulsion directe, qu'ils étaient peu aptes à transmettre aux degrés inférieurs. Au regard de l'Eglise anglo-saxonne si étroitement, sifîlialementunie au Saint- Siège, si complètement pétrie par lui, celle d'Irlande pouvait presque paraître indépendante et comme autonome. Les invasions Scandinaves avaient encore, comme autrefois les invasions saxonnes pour les chrétientés bretonnes, diminué la fréquence des relations entre elle et la papauté. Au reste, le caractère inorganique et spontané de la société religieuse insulaire ne pouvait agréer à l'esprit romain discipliné, pratique, ami de l'ordre et de l'unité. Que d'incohérences, que d'abus, quel laisser-aller à supprimer dans la liturgie, dans la vie religieuse et dans les mœurs ! Tout cela appelait de sérieuses réformes. Il nous reste à dire comment s'accomplit, non seulement en Irlande, mais aussi dans les chrétientés de Galles, d'Ecosse et d'Armorique, dont la condition ne différait guère, cette œuvre d'organisation et d'unification, qui enlèverait à l'Eglise celtique ses derniers traits d'originalité.

S 4. — La réforme ecclésiastique en Irlande (vers 1110-1172).

Le travail de réforme se poursuivit dans l'Eglise d'Irlande durant tout le xne siècle. C'est de Canterbury que vint l'impulsion. Estimant d'une part que Grégoire le Grand, en donnant l'autorité primatiale à saint Augustin sur les « Bretons », avait compris les Irlandais sous cette dénomination, considérant, d'autre part, le caractère mal défini et mal assuré de la primatie d'Armagh, les archevêques de Canterbury n'hésitèrent pas à revendiquer des droits spirituels sur l'Irlande, sur l'Ecosse et sur toutes les îles adjacentes1. Nous avons vu que Lanfranc fit entrer dans la dépendance de Canterbury les récentes chrétientés danoises2. Eadmer, l'historien de saint Anselme, rattache positivement le diocèse de Waterford, dont l'évêque avait été consacré par Anselme, à la « province » de Canterbury. Il nous montre Gillebert de Limerick assistant, en qualité de « suffragant » de Canterbury, à la consécration de Bernard, évêque de Saint-David's, le 19 septembre 1115 3. Saint Anselme, aussi bien que son prédécesseur, écrit, en effet, comme à des suffragants, aux évêques d'Irlande, non seulement à ceux des royaumes danois, mais même aux autres, leur signalant les abus à corriger, les réformes à promouvoir dans leurs diocèses.

Ce fut Gillebert, évêque de Limerick, qui prit l'initiative de la réforme en Irlande. Il écrivit un traité De

\. Voir l'exposé de la théorie de Lanfranc dans sa lettre à Alexandre IF. écrite en 1072(ed. Giles, Patres Ecclesiae Anglicanae, Lan franci opéra, 1. 1, Oxonii, 4844, p. 24) et celle de S. Anselme chez chez Eadmer, Historia novorum, p. 189.

Page 1