Ibid., p
slatu ecclesiae, sorte de résumé de la doctrine chrétienne et du droit ecclésiastique, qu'il dédia à tous les évêques et prêtres d'Irlande, dont beaucoup avaient, dit- il, vivement réclamé un semblable travail.
Dans la lettre circulaire placée en tête de cet écrit, Gillebert commence par appeler l'attention du clergé sur les désordres et les singularités liturgiques dont presque toute l'Irlande offrait alors le déplorable spectacle et qu'il n'hésite pas à qualifier de « schismatiques1 ». Il prêche en ceci l'uniformité avec le reste de la chrétienté, comme aussi en ce qui touche l'organisation ecclésiastique. Il dessine ensuite un tableau succinct de l'édifice de l'Eglise, énumère et caractérise chaque degré hiérarchique et note les fonctions attachées à chacun d'eux, depuis l'ordre de portier jusqu'au souverain pontificat. Parmi les points sur lesquels le clergé d'Irlande avait le plus besoin d'être éclairé, il signale la nécessité pour l'évêque de tenir deux synodes chaque année, l'un en été, l'autre en automne. Il parle ensuite du rôle du métropolitain. C'est à lui qu'il appartient de sacrer les évêques, aidé des évêques de sa province. Au-dessus des archevêques est placé le primat. Ce personnage tient en Occident la place qu'occupent les patriarches en Orient. Archevêques et primats reçoivent le pallium du souverain pontife. Il doivent l'aller quérir à Rome en personne. Il n'y a que des causes graves, les infirmités, la guerre, qui puissent les dispenser de cette démarche2.
Voici quelques points de l'ouvrage de Gillebert qui méritent encore d'être relevés. Les prêtres doivent administrer le baptême au moyen d'une triple immer-
l. ■ Diversi et schismatici illi ordines, quibus Hibernia pêne tota (iclusa est, uni catholico et Romano cédant ofûcio • (Gillebert, De .statu ecclesiae; P. L., CLIX, 995).
-2. De statu ecclesiae, col. 100-2, 1003, 1004.
sionet à l'église, hors le cas de pressante nécessité. Ils doivent donner la communion aux baptisés aussitôt après le baptême. Tous les fidèles sont tenus de communier trois fois Tan, à Pâques, à la Pentecôte et à Noël. Enfin les moines ne doivent ni baptiser, ni administrer l'Eucharistie, ni exercer aucun autre ministère sacerdotal parmi les laïques, si ce n'est en cas d'urgence ou quand l'évêque le leur commande1.
Le zèle de Gillebert attira sur lui l'attention de Rome. Il fut nommé légat du Saint-Siège en Irlande. Personne avant lui n'avait encore rempli cette fonction dans ce pays2. C'est en sa qualité de légat qu'il fut appelé à présider l'important concile qui s'assembla, vers l'année 1118, à Rathbreasail.
Le roi de Munster, Murtogh 0' Brian, mécontent de voir l'archevêque d'Armagh étendre sa juridiction sur la partie méridionale de l'île, avait pris l'initiative d'élever au rang de métropole, en 1101, le siège de Cashel. Cette innovation s'était fait accepter sans trop de protestations. Mais restait à régler la délimitation de chacune des provinces métropolitaines, bien mieux la délimitation de chacune des circonscriptions diocésaines les constituant, laquelle, nous le savons, avait toujours été singulièrement imprécise et flottante. Tels furent les points principaux sur lesquels portèrent les délibérations des prélats et des nobles assemblés à Rathbreasail. Il fut décidé que douze sièges épiscopaux, Clogher, Ardstrath, Derry, Connor, Down, Duleek, Clonard, Tuam, Clonfert, Cong, Killala et Ardcarne, seraient placés, à l'avenir, sous la juridiction du métropolitain d'Armagh, tandis qu'un nombre égal de sièges méridionaux, Lismore (Waterfordï,