Bern.. Vita Mal., xxx. Hd3. — A. Q. M.. II, p
passer par Clairvaux. Il y arriva le 13 ou le 14 octobre 1148. Il comptait s'y reposer quelques jours seulement, puis continuer son voyage, mais le 18 il tomba malade et, le 2 novembre, il expirait dans les bras de saint Bernard.
Ami des moines, ancien abbé lui-même, le prélat irlandais avait été si édifié par la vie des moines de Cîteaux et par la sainteté de leur abbé, qu'il y avait, envoyé, après son premier séjour, des novices irlandais pour s'y former à la discipline monastique en vue de fondations cisterciennes en Irlande. Saint Bernard fut en mesure de renvoyer, en 1142, dans l'île, un premier essaim qui s'établit à Mellifont, au diocèse d'Armagh. Cette première fondation fut féconde. Dès 1152 elle comptait, elle-même, cinq filles, Béatitude» (Bective), Buellium (Boyle), Magiiun Monasternenagh), Vallis- Salutis (Baltinglas), etBenedictio Dei i^Shrule) et même une petite-fille. Inislounagh, sortie de Monasternenagh H.
Jusqu'à l'arrivée des Cisterciens, les moines d'Irlande avaient très probablement conservé l'usage de leurs règles indigènes. Il est vrai que dans un mémoire récemment publié par Dom Paul Denis, où Mabillon se justifie contre certains de ses confrères qui lui faisaient un grief d'avoir exclu de ses Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti beaucoup de saints moines comme non bénédictins — notamment nombre de saints appartenant au vieux monachisme celtique — , qui, d'après eux, auraient réellement vécu sous la règle de saint Benoît, il est vrai, dis-je, que le célèbre Mauriste émet l'opinion que les moines celtes ont embrassé la règle bénédictine à mesure
1. Bern., Vita Mal., xvi, 1095. — Cf. Janauschek, Origines cisterciences, Vindobonae. 187", p. 70, 92, 113, 114, 188; Vacandard, op. cit., p. 376.
qu'ils se sont rangés aux pratiques de l'Eglise romaine '. Mais c'est là une généralisation à laquelle, pour notre part, nous n'oserions souscrire. Cela est vrai des monastères northumbriens de fondation irlandaise et aussi, peut-être, de Landévennec, où la règle de saint Benoît fut introduite, là en même temps que la Pàque et la tonsure romaines, à la suite du concile de Whitby (664) 2, ici au moment où Louis le Pieux enjoignit à l'abbé Matmonoch de renoncer à la tonsure des Scots 3. Mais nous n'avons aucune preuve que pareille concomitance se soit produite dans les monastères d'Irlande en 690 ou à Iona en 716, comme le voudrait Mabillon. Assurément la règle de saint Benoît était littérairement connue en Irlande, aux vne et vme siècles4, mais, qu'elle ait fait loi dans un monastère irlandais avant l'arrivée des Cisterciens, c'est ce qu'aucun document ne permet d'affirmer.
On peut penser qu'aussitôt après la mort de son ami Malachie, saint Bernard s'occupa de faire parvenir à Rome les vœux de l'Église d'Irlande. Le pape régnant, Eugène III, était, en effet, un disciple de l'abbé de Clairvaux. En tout cas, en 1151, le cardinal Jean Paparo arrivait, avec la qualité de légat a latere, pour régler les questions ecclésiastiques pendantes 5.
En mars 1152, un concile composé de vingt-deux évêques et de trois cents autres ecclésiastiques se réunit
1. D. Paix Denis, Dom Mabillon et sa méthode historique. Mémoire justificatif sur son édition des Acla Sanctorum 0. S. B„ Paris, 1910, p. 37.
3. Eddius, Vita Wilfridi, 14 et 48, éd. J. Raine, R. B. S., p. 42 et 68. — Bède, Vita Cuthberti, 16 (P. L., XCIV, 754. Cf. "32j. —Voir D.Baeumeh, Histoire du bréviaire romain (trad. R. Biron), Paris, 1905, 1. 1, p. 351-