‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 51 sur 301 · Il a composé ses deux écrits dans un âge avancé · texte numérisé non relu

Il a composé ses deux écrits dans un âge avancé

5. Confessio (TV. L., p. 366, 367, 369, 371). « Inter barbaras itaqv.e génies habilo proselitus etprofuga » {Epistola, ibid., p. 375).

LES CHRÉTIENTÉS CEI.TJQIES. 3

Palladius il y avait des chrétiens en Hibernie. Mais il est également certain que le christianisme était encore si peu répandu que le pays, au jugement du chroniqueur aquitain, ne méritait point le nom de terre chrétienne.

Qu'était ce Palladius, premier évêque des Scots, et quelle fut son œuvre?

$ 5. — La mission de Palladius.

Sa nationalité nous est inconnue. Nous avons vu qu'il jouissait de la confiance du pape Célestin', lequel décida, à sa demande, ou confirma l'envoi de Germain d'Auxerre en Bretagne, en 429. Deux ans plus tard, c'est lui-même que le pape consacre évêque pour le placer à la tête de la chrétienté naissante des Scots. De quelle nature furent les rapports de Palladius avecsaint Germain? On ne saurait le dire, ni même si Germain eut, lui-même, quelque part à la mission de Palladius. On a supposé que celui-ci aurait accompagné l'évêque d'Auxerre en Bretagne, puis, de là, aurait passé en Irlande, mais que, sentant le besoin de se munir d'un surcroît d'autorité, ou bien pour déférer aux vœux des Scots qui le réclamaient comme évêque. il serait revenu se faire consacrer à Rome2. Ce ne sont là que de pures conjectures.

En tout cas, les travaux apostoliques de Palladius en Irlande furent extrêmement courts. Peut-être échouat-il dans sa mission; peut-être simplement la mort mit-elle rapidement, au bout de quelques mois, un

1. Sur le diaconat de Palladius, voir A. Anscombe dans Êriu, iv, 1910, p. 233-234.

2. Baronius, Annales ecclesiastici s. a. 429. — Notons, d'après J. lï. Bury, Pat., p. 52, ce mot de Céles'.in (Ep. îv : P. L., L, 434) : t Nullus i7ivitis detur episcopus. »

terme à sa carrière. Toujours est-il que le rapide essai du « missionnaire-fantôme ' » fut bientôt rejeté complètement dans l'ombre par le fécond apostolat de son glorieux successeur.

§ 6. — La prétendue identité de Palladius et de saint Patrice.

La coïncidence à une année près de l'arrivée de Palladius et de celle de saint Patrice en Irlande, les rapports entretenus par l'un et par l'autre avec le même saint Germain d'Auxerre, les changements successifs de nom de saint Patrice, qui se serait appelé tour à tour Sucat, Palladius, Patricius et Cothraige, alors que, au témoignage de Tirechan, l'évêque Palladius aurait lui-même porté le nom de Patricius, tout cela a induit quelques auteurs, et notamment Heinrich Zimmer, à proposer l'identification de Palladius et de Patrice2.

Nous avouons qu'au premier coup d'œil cette identification ne manque pas de séduire. Mais, à examiner les choses dans le détail, on est bientôt conduit à la

1. Cette expression est de M. Roger, L'enseignement des lettres classiques..., Paris, 1903, p. 218. — D'après Miirchu (p. 27-2), les Irlandais refusèrent d'accepter la doctrine de Palladius, qui s'en vint mourir en Bretagne. Suivant Tirechan (p. 33-2). il se serait fait martyriser par les Scots. Nennius le fait mourir in terra Pictorum, après avoir essuyé un insuccès en Irlande (Hist. Brit., M. G.. Auct Ant., XIII. Chr. min., III,

2. Zihmer, C. C, p. 35-41. — Avant Zimmer avaient déjà soutenu à peu près la même thèse : 1° Sciioell, De Eccles:ae Brittonum Scotorumque hisloriae fontibvs. Berolini, 1851, p. 77 ; 2° loofs, Antiquae Britonum Scotorumque Ecclesiae quales fuerint mores..., Londini, 188-2, p, 51; 3° Wf.lls, dans E. H. /?., v, 1890, p. 475-485 ; 4° O'Brien, et W . J. u. Croke, dans l'Irish Ecclesiastical Record, août 1887, p. 723-731 et nov. 1902, p. 442-450.

rejeter pour s'en tenir à l'opinion traditionnelle qui reconnaît deux personnages distincts1.

D'abord les rapports des deux missionnaires avec saint Germain ne sont ni guère connus ni identiques. Ils sont encore moins solidement établis pour Palladius. Quant aux variations de noms de Patrice, elles n'ont point la force démonstrative que leur attribue Zimmer. Que Cothraige ait été, au commencement du ve siècle, la prononciation irlandaise du latin Patricius, soit. Mais Zimmer ajoute que Palladius, dérivé du nom de Pallas, déesse de la guerre, est la traduction latine de Sucat « bon guerrier », nom breton de Patrice, et que. par conséquent, Patrice est identique à Palladius : ceci paraît bien contourné et d'une vraisemblance à tout le moins contestable2.

L'appellation de Patricius donnée à Palladius par Tirechan doit s'expliquer par de désir de conférer un rôle historique, en l'assimilant à Palladius, à un être légendaire, Sert Patrice, « le vieux Patrice », qui, s'il exista jamais, ne joua qu'un rôle effacé dans la conversion de l'Irlande avant l'authentique saint Patrice3.

Zimmer produit encore deux autres arguments. Palladius et saint Patrice auraient, d'après lui, la même nationalité : tous deux seraient nés en Grande- Bretagne. Puis il constate enfin que ni Prosper d'Aquitaine, ni le Vénérable Bède, ne font mention de

■1 . De graves critiques, Bury (Pat., p. 343-344); W. J.evison {N. A., xxix, 1903, p. 166 sq.); Roger {L'enseignement des lettres classiques, p. 218), rejettent cette identification.

2. Cf. James Mac Caffrey, Rome and Ireland, Pre-patrician Christianity (Irish Theol. Quarterly , i, 1906, p. 63); H. d'Arbois {R. Cet., xxii, 1901, p. 33S-336); H. Williams (Z. C. P., iv, 1903, p. 546-547), qui sont réfractaires à cette explication.

3. Bcry, Pat., p. 3t3-344. — Sur la théorie des trois Patrices émise par J. H. Shearman, Loca Patriciana, Dublin, 1879, p. 395 sq., voir B. Robert, Étude critique sur la vie et l'œuvre de saint Patrick, Paris. 1883, p. 81-83 et H. d'Arbois, Saint Patrice et Sen Patrice {R. Ce!., ix, 1888, p. 111-117).

Patrice, l'un et l'autre ne paraissant connaître qu'un apôtre de l'Irlande, Palladius.

Nous avons vu que Ton ignore absolument la patrie de Palladius. C'est une hypothèse toute gratuite que de le supposer Breton. En second lieu, rien d'étonnant que Prosper, qui écrivait vers 437, ait ignoré les fruits de l'apostolat que saint Patrice avait entrepris depuis cinq ans seulement, à l'extrémité de l'Occident. Quant à Bède, il ne traite, dans son Historia ecclesiastica gentis Anglorum, que tout à fait incidemment de l'évangélisation de l'Irlande, et, sur ce point, il se borne à enregistrer textuellement la relation de Prosper.

Nous persistons donc, pour notre compte, à tenir Palladius et Patrice pour deux personnages distincts. Nous avons vu combien fut éphémère la carrière apostolique du premier. Il nous reste à exposer la vie et les admirables travaux de celui qui lui succéda, et qui mérita si bien le titre d'apôtre des Irlandais qui demeure attaché à son nom.

S 7. — Vie de saint Patrice jusqu'à son passage sur le continent.

Patrice naquit en Grande-Bretagne dans le dernier quart du ive siècle. 11 était petit-fils du prêtre Potitus et fils du diacre Galpurnius qui était aussi décurion. Calpurnius vivait au vicus de Banaven Taberniae, localité aux environs de laquelle il exploitait une petite ferme ' . Où placer ce Banaven Taberniae ? Vraisemblablement non loin de la mer, puisque c'est à cette petite ferme que le jeune Patrice fut saisi par les pirates. Au vne siècle, ce nom de lieu était déjà

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