Ibid., p
3. Mimcuu (p. 271) l'appelle « Coirthech regem Aloo », c'est-à-dire Alo Clotha, d'Ailclyde, pays de saint Patrice. — 11 ressort d'ailleurs d'un passage de VEpistola que Corolicus était un compatriote d^ Patrice : « Manu mea scripsi... non dico civibus meis atque civibus sanctorum Romanorum, sed civibus demoniorum » (p. 375).
filets une multitude d'âmes. Mais il se garde bien d'attribuer à sa faiblesse ces étonnants résultats. Il attribue tout à la grâce de Dieu, d'où lui sont venues lumière et force. Son humilité, sa simplicité, sa candeur d'âme se révèlent presque à chaque ligne de ses écrits. Il se traite sans cesse de pécheur ignorant et rustique : « J'étais comme une pierre qui git dans un bourbier profond. Celui qui est puissant est venu et dans sa miséricorde m'a pris et, en vérité, m'aélevé en haut et m'a placé au haut du mur ' ». Il est pénétré de la défiance de soi et de la crainte de Dieu. Le zèle apostolique le dévore à un degré extrême. Ce ne sont pas certes les vues de la chair qui Font déterminé à venir en Irlande. L'Évangile et ses promesses, voilà ce qui l'a attiré vers cette nation idolâtre, d'où jadis il a eu tant de peine à s'échapper. Son esprit de foi très robuste et son inaltérable confiance en Dieu, tels sont les sentiments qui l'ont soutenu parmi les mille épreuves de sa rude carrière.
On comprend sans peine le charme que devait exercer sur des âmes à la fois violentes et naïves cette nature ardente, forte et tendre, trempée dans une foi qui lui tenait lieu, dans le péril, comme d'une armure. Assurément il ne parvint pas à convertir tous les païens de l'île 2 ; mais il en gagna tant au Christ, il fonda des églises si nombreuses, il ordonna tant de clercs, alluma un tel zèle dans les cœurs, qu'il semble bien légitime de croire que la merveilleuse floraison chrétienne qui distingua l'Irlande aux âges suivants procède directement de lui.
Il eut des auxiliaires de diverses nationalités. Tire-
i. Confessio, p. 360.
2. L'u;i des rédacteurs les plus anciens du missel de Stowe (ixe siècle?) demande encore que tout le peuple soit délivré ab idulorum cultura (Éd. Warreu, Lit. C. C, p. 236).
chan parle de Gaulois et de Francs 4. Un texte du vme siècle, le Catalogue des Saints d'Irlande, mentionne, en outre, des Romains, des Bretons et des Scots 2. Auxilius et Iserninus auraient accompagné Patrice sur le continent, à l'époque de sa formation cléricale; mais ils ne seraient venus le rejoindre en Irlande qu'en l'année 439 3. Parmi les indigènes que Patrice associa à son œuvre, il faut nommer les évèques Benignus, destiné au siège d'Armagh 4, et Fiacc à celui de Slebte, aujourd'hui Sletty, près de Carlow s-
Il est possible que la tradition populaire ait groupé autour de la personnalité dominante de Patrice un assez grand nombre d'actes accomplis par ses compagnons et ses disciples. On ne prête qu'aux riches. Au reste, les écrits du saint sont là heureusement pour rendre témoignage de sa propre activité. Le Catalogue des Saints, dont il vient d'être question, divise les bienheureux d'Irlande les plus illustres en trois catégories. La première comprend les compagnons et les successeurs immédiats de Patrice. « Ceux-là, dit-il. étaient très saints et remplis du Saint-Esprit. Ils n'avaient qu'une tète, le Christ, et qu'un chef, Patrice6. »
Bon nombre d'historiens se sont plu à nous représenter le christianisme s'établissant aisément chez les Celtes grâce à l'esprit de conciliation de leurs apôtres ~. Ceux-ci ne se seraient pas inquiétés outre mesure des