A. T., éd. Wh. Stokes. R. Cel, xvii. 189C, p
Diverses opinions ont été émises à ce sujet que nous allons examiner. La plus originale est, à coup sur, celle d'Alexandre Bertrand '.
A entendre ce savant, le monachisme irlandais serait « autochthone ». Il procéderait directement du druidisme indigène, les monastères n'étant que des confréries de druides christianisées. Les druides auraient reçu avec faveur l'annonce de la bonne nouvelle et se seraient convertis avec ensemble. Leurs collèges, refuges du savoir, asiles de la culture religieuse et morale, pareils aux lamaseries de la Tartarie ou du Thibet, seraient devenus, sous l'action du christianisme, des centres de prosélytisme et d'études extrêmement florissants. Alexandre Bertrand ne peut s'expliquer autrement les progrès rapides du christianisme en Irlande, la fondation immédiate de tant de grands monastères, le caractère monastiquejde l'Eglise celtique, son particularisme, enfin l'étonnante activité intellectuelle dont elle fit preuve dans un temps d'ignorance et de barbarie générales2.
Malheureusement cette ingénieuse hypothèse manque de preuves. Il est faux, nous l'avons vu, que les druides aient accueilli favorablement le christianisme. L'apostolat de saint Patrice ne rencontra pas de plus redoutables, de plus irréductibles adversaires. Feu d'Arbois de Jubainville a cru à l'existence de sortes de vastes congrégations druidiques nationales. Les druides n'avaient point à la vérité — c'est lui qui s'exprime ainsi — comme les Jésuites un général, mais ils étaient subordonnés comme eux à des provinciaux,
1. A. Bertrand, Nos origines. La Religion des Gaulois, Paris, 1897, p. -207-31-2 et 417-424.
2. Une théorie à peu près semblable sur l'origine du monachisme breton apparaît chez John Williams, Antiquities oft/ieCymry, p. 167 sq. et 529. — Non seulement le druidisme, mais même le bardisme est ici invoqué.
un en Gaule, un en Irlande, un en Grande-Bretagne '. Passe pour le « provincial >; de Gaule, dont un texte de Jules César paraît, en effet, accuser l'existence2. Mais rien ne prouve que le Recrad, prunus magum, dont parle Tirechan 3 et qu'invoque M. d'Arbois de Jubainville, fût le chef de tous les druides de l'Irlande. D'ailleurs l'existence d'une association nationale de druides irlandais serait-elle prouvée qu'elle n'apporterait aucun appui à la thèse de Bertrand. Pour la rendre plausible, il faudrait établir l'existence de communautés druidiques locales, ce qu'il n'a pu faire. Aussi cette thèse, malgré sa piquante originalité, n'at-elle pas réussi à s'imposer4.
Certains auteurs britanniques, désireux de sauvegarder à tout prix de l'influence romaine l'ancienne Église celtique, ont imaginé de faire dériver directement le monachisme insulaire de l'Orient s. C'est là un cas particulier du mirage oriental, qui se rencontre si fréquemment en toute espèce d'investigation historique. Que les enseignements des moines d'Egypte soient parvenus en Irlande et aient joué un rôle important dans le développement ascétique de ce pays, cela est incontestable6. Mais, tandis que nous avons pu signaler des rapports entre Bretons et Orientaux.
1. H. d'Arbois de Jlbainville, Les Druides et les dieux à formes maux, p. 6-7.