C. E. D., II, p
peuples évangélisés par lui*. Ces « moines de Patrice », comme les appelle Tirechan2, durent continuer assez longtemps à mener la vie du missionnaire, car ce n'est pas sans de persévérants efforts que se compléta et consolida l'œuvre du saint apôtre. Les premiers monastères durent être des stations de missions, analogues à celles que devaient établir, au vme siècle, dans la Germanie païenne, saint Boniface et ses compagnons. Au bout de quelque temps, ils devinrent, en outre, des centres puissants de vie cénobitique et intellectuelle.
Deux causes, selon nous, expliquent ce développement extraordinaire des monastères irlandais. La première, c'est le zèle enflammé des apôtres du pays, moines eux-mêmes très souvent, qui eurent à creur. comme le montrent les écrits de Patrice, de faire fleurir, dès la première heure, les institutions monastiques. Le tempérament ardent des récents convertis seconda merveilleusement leur dessein. On a vu avec quelle générosité les filles de Loégaire se donnèrent au Christ. Un grand nombre de baptisés, à peine régénérés au contact des eaux sacramentelles, se sentirent attirés dans les voies des conseils évangéliques. Devenus chrétiens, c'est à l'intégralité du christianisme que leur sainte ardeur les poussa à se vouer sans retard. Une vigoureuse poussée d'ascétisme se produisit chez ces convertis. « La première ardeur de la foi, a écrit très justement Frédéric Ozanam, qui partout ailleurs conduisait les chrétiens au martyre, poussait les néophytes irlandais au monastère 3 » .
La condition politique et sociale du pays nous aide, d'autre part, à expliquer l'éclosion rapide de la vie
i. Tirechan (TV. L., p. 317, 324, 3-28).