Tirechan, p
3. F. Ozanam, La civilisation chez les Francs, Paris, 1849, p. 97.
monastique. La société était divisée en une multitude dedans. Arrivait-il qu'un chef se convertît, il concédait au missionnaire, outre l'emplacement de l'église, celui d'une colonie monastique, alimentée même dès le principe par les gens de son clan. Le fait rapporté dans une vie de saint Moedoc de Ferns nous parait typique. Ce saint ayant baptisé un chef de Leinster, celui-ci lui fit don d'une terre pour y établir une colonie religieuse et lui dit : « Je m'offre à Dieu et à toi et avec moi j'offre toute ma race, sois notre maître à tous' ». La constitution du monastère celtique reflète d'ailleurs à bien des égards celle du clan2.
Il n'y avait point de villes en Irlande. Le besoin d'union et de cohésion étroite s'imposait, au milieu d'un peuple non civilisé, encore païen par bien des côtés, ravagé par l'esclavage, les dissensions et les guerres. Le monastère devint ainsi l'asile tranquille et sûr des âmes d'élite en même temps qu'un foyer de culture intellectuelle. Ce qui contribua encore à augmenter le prestige de ces « cités » monastiques, comme on les appelait3, c'est qu'elles furent très souvent le siège d'un évêché. L'évêque était en même temps l'abbé, et sa juridiction rayonnait sur tout le territoire environnant '. De là l'importance singulière prise par le monachisme dans l'Église celtique.
Une preuve bien frappante, entre beaucoup d'autres, de cette importance nous est fournie par les acceptions très spéciales que revêtirent chez les anciens Irlandais les mots abbè et abbatiat abb, abdhaine). Ces mots leur servirent à désigner toute autorité éminente tem-
1. 1 ita Aidant (ou Moedoc) (Sal. A. S. H.. 473). — Voir des faits du même genre daus le même recueil, col. 214-215, 521-524.