Vita, 37 (A. Sanct. Bol., t. VI de juillet, p
5. Outre ceux que nous avons cités, voir C. E. D., I, p. 116.
7S LES CHRETIENTES CELTIQUES.
Le voyage de Gildas, au contraire, est attesté par son biographe et commémoré dans les Annales Cambriae. Il eut lieu sous le règne du roi irlandais Ainmire (565-568) ».
% 5. — Prétendue réaction païenne en Irlande au VIe ou au VIIe siècle.
Sur cette donnée du Catalogue à laquelle nous venons de faire allusion : A Davide episcopo et Gilla et a Doco Britonibus missam acceperunt 2, on a édifié une théorie des plus invraisemblables. On a supposé que la foi subit une éclipse en Irlande, à une certaine période du vie siècle. On a même été jusqu'à croire à une apostasie presque générale 3. De même que leurs lointains congénères, les Galates, après avoir reçu saiat Paul comme un ange de Dieu, avaient renié son Evangile, ainsi les Gaëls auraient alors complètement oublié les enseignements de Patrice. La mission des saints bretons n'aurait eu d'autre but que de les leur inculquer à nouveau.
Pareille supposition est absolument inconciliable avec l'état très prospère des chrétientés irlandaises que nous venons de décrire. L'auteur du Catalogue, à la vérité, pour ménager sa gradation systématique, compare la sainteté des bienheureux du second ordre à la
1. Vita Gildae, H, 12 {M. G., Auct. Ant., XIII. Chr. min., III, p. 94- 93). — A. C., ad an. 565 : Navigatio Gildae in Hybernia, éd. J. H. Ab
ITHEL (fi. fi. S.), p. S.
3. Citons parmi les partisans de cette opinion Wiiitley Stokes, On thc Lingxiistic Value of Irish Annals {Trans. of the Philol. Soc, 1888-90, p. 389; The Marlyrology of Gorman, London, 1895, p. xlxh) ; Haddan et Stcbbs, C.E. D„ I, p. 115-116; Th. Olden, Church of Ireland, p. 49-52: Schoell, art. Keltischr Kirche dans la lrc édit. de la R^alencyclopaedie f. protext. Theol. u. Kirche, Leipzig, 1881, t. vin, p. 342; J. Fonssagjuyes, S. Gildas de Ruis et la société bretonne au VIe siècle, Paris, 1908, p. 142 sq. — Zimmer repousse cette opinion (C. C, p. 63-6i).
clarté de la lune, tandis que celle de Patrice et de ses disciples est assimilée à la splendeur du soleil. Mais baser sur de pareilles métaphores un système qui conclut à une éclipse de la foi durant ce second âge me paraît une induction souverainement précipitée. D'autre part, l'œuvre des saints bretons est donnée comme purement liturgique; et de ce seul texte on ne pourrait même conclure que quelqu'un d'entre eux vint en Irlande en personne.
Aussi s'appuie-t-on, par ailleurs, sur deux textes hagiographiques qui dépeignent sous les plus tristes couleurs l'état de l'Eglise d'Irlande. Le premier est tiré de la vie de saint Gildas par le moine de Ruis. Suivant cet hagiographe, Gildas aurait été invité par le roi Ainmire à venir restaurer la doctrine ecclésiastique dans ses États. « Tous, du plus grand jusqu'au plus petit, avaient complètement abandonné la foi catholique. Alors saint Gildas, armé du bouclier de la foi et coiffé du casque du salut, parcourut toutes les régions de l'Hibernie, relevant les églises, instruisant l'universalité du clergé dans la foi catholique, rétablissant le dogme de la sainte Trinité, guérissant les peuples gravement endommagés par les morsures des hérétiques, dissipant enfin bien loin les fraudes hérétiques et leurs fauteurs. Alors pullula dans le sein de l'Église maternelle toute une riche moisson de croyants, et le sol, longtemps stérile, débarrassé des ronces de l'hérésie, produisit, sous la fertilisante rosée de la grâce céleste, des fruits plus savoureux en apprenant sa vocation surnaturelle. La foi catholique progressant, le pays se réjouit d'avoir à saluer un tel patron1 ».
A entendre cet écrivain, tout le clergé d'Irlande aurait perdu la foi ; cette chrétienté serait restée long-
. Vita Gildae, loc. cit.
temps stérile ; elle aurait été foncièrement ravagée par l'hérésie. Tout cela est pure invention. Le moine de Ruis qui écrivait cette page au xie siècle l'a tirée tout bonnement de son imagination. Il ne se gêne pas en général pour corser son récit ou même pour inventer de toutes pièces. Quant au passage en discussion, « c'est là un tableau d'une absurde fausseté de la situation religieuse de l'Irlande au vie siècle », n'bésite pas à déclarer M. Ferdinand Lot, qui a étudié de près la manière de notre auteur ' .
L'autre texte produit est emprunté à la vie de saint Disibod, par sainte Hildegarde. L'évêque saint Disibod, après de vains efforts pour ramener au bien un peuple n'ayant plus ni foi ni mœurs, se serait fait cbasser d'Irlande. Il entreprit alors de longues pérégrinations sur le continent et vint enfin se fixer entre Trêves et Mayence, au confluent de la Nahe et du Glan, où il fonda le monastère de Disibodenberg 2. Voici comment Hildegarde décrit l'état de l'Irlande au moment où Disibod dut quitter ce pays : « En ce temps-là, tandis que le saint dirigeait ce peuple dans la foi par la parole et par l'exemple, une grande moquerie, un grand schisme mit en ébullition toute la contrée. Les uns rejetaient l'Ancien et le Nouveau Testament, reniaient le Christ et embrassaient les hérésies des hérétiques ; d'autres s'affiliaient à la secte des Juifs ; d'autres revenaient au paganisme; d'autres, dans leurs instincts dépravés, se mirent à vivre, non point humainement, mais à la façon confuse des bêtes. Quelquesuns gardaient quelque retenue humaine, mais ne s'appliquaient à aucun bien 3 ».
i. Lot, Mélanges, p. 261. Sur la valeur delà Vita, voir ibid.,p. 230 sq. et notamment 247-8, 252-56.
2. Cf. Halck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1904, p. 30».