Tirechan, Tr. L.. p
4. Walafrid Strabon, De ecdes. rer., 33 (P. L., CXIV, 932-953). — Miracula Columbani, éd. Mabillon, Acta SS. 0. S- B., Taris, 1669, uc siècle, p. 42. — Scato de Vries, Codex Bernensis 363 phototypice editus, Lugduni Batavorum, 1897, p. 208.
5 J. Vendryes, De hibernicis vocabulis quae a îatina lingua originem duxerunt, Lutetiae Parisiorum. 1902, p. 133. Cf. ibid., p. 30 et Joyce, S. H., I. p. 390-391.
et à quelques autres saints nationaux l'initiation ou la diffusion de cette pratique '. Mais quelle posture du corps, en dehors des bras nécessairement étendus, les pieux ascètes gardaient-ils durant cette prière? O'Clery semble avoir cru, au xviie siècle, que l'agenouillement lût de rigueur. Mais il est à supposer que Forant se tenait tantôt à genoux, tantôt couché, le plus souvent debout 2. Les génuflexions et prostrations réitérées étaient aussi parfois combinées avec la crosfigillK
Se tenir debout, les bras étendus, pendant un temps prolongé, n'est certes pas une mortification bénigne. Saint Gildas nous est représenté par l'un de ses biographes châtiant son corps par les jeûnes et les veilles, passant les nuits en prière, debout, sans appui ; mais il- n'est pas question de l'extension des bras 4. La légende s'est emparée résolument de cette habitude de mortification chère aux Celtes. Saint Finnian de Clonard ayant, un jour, député vers ses disciples révoque Senach, celui-ci les trouva occupés, chacun à sa façon, à des œuvres pieuses, mais il remarqua entre tous Colomb Mac Crimthann qui, ravi en extase, se tenait les bras en croix, et portait des oiseaux perchés sur ses mains et sur sa tête. Le scoliaste de l'hymne de sainte Brigide par Brochan raconte de son côté que saint Kevin de Glendalough demeura, sept ans durant,
1. An Old Irish Trcatise de Arreis, éd. Kuso Meyer, R. Cel., xv, 1894, p. 49». — VAmra Coluim Cill (éloge de Coluim Cill) porte: Figlis fot mboi : il garda la vigile aussi longtemps qu'il vécut (I. L. H., I. p. 170; II, p. 63).
3. J'ai examiné ce point dans la Rassegna Gregoriana de juilletaoût 1908, col. 3+9.
3. Ibid. et Planiol, An. Br., îx, 1894, p. 23b. — M. Planiol publie là un extrait de la chronique d'Odon de Glanfeuil où il est question du breton Anouuareth qui avait l'habitude de se prosterner en étendant les bras en forme de croix au Gloria patri de chaque psaume (843).
i. Vita Gildae, h, 7 (A. Sanct. Bol., t. III de janvier, p. 574).
appuyé contre une planche, en posture de crosfigill, ne fermant l'œil ni jour ni nuit, et tellement immobile que les oiseaux firent leurs nids dans ses mains '. Indépendamment de leur beauté poétique, ces traits légendaires sont à recueillir. Ils témoignent encore à leur manière de la singulière popularité dont jouit dans le monde celtique médiéval cette vieille dévotion chrétienne 2.
Un autre genre de mortification très étrange consistait à s'immerger dans les cours d'eau ou les étangs et à demeurer là, dans le saisissement du froid, plus ou moins longtemps, en récitant des psaumes ou d'autres prières. L'hymne de Fiacc, composée vers l'an 800, est le plus ancien document qui constate cette habitude chez saint Patrice. Parmi les saints irlandais, écossais, gallois ou armoricains qui se livrèrent à ce rude exercice, nous pouvons citer Iltut, Gildas, Ultan, Fursy, Fechin de Fore, Brynach, Kentigern, Gurthiern, Cadroë. Les Anglo-Saxons Cuthbert, Drithelm, Aldhelm de Sherborne et Godric et le Gaulois Wandrille, qui s'adonnèrent aussi à cette pratique, la durent, peut-être, aux Scots dont ils subirent, à des degrés variables, l'influence 3. On ne peut en dire autant de saint Bernard, de saint Pierre Damien, de saint Pierre Pappacarbone et d'autres qui y eurent aussi recours *. Dans le cas de saint Bernard, cette mor-
1. Betha Fhindein, Lism.. lignes -2646 sq. — /. L. H„ I, p. 114: H, p. 193. Cf. Lism., p. 84t.
2. Ten ai esquissé l'origine et le développement dans l'article précité de la Rassegna.
3. Voir les sources dans le paragraphe très détaillé consacré par Dom H. Dcmaine aux immersions celtiques dans son art. Bains du Dict. d'archéol. chrét. et de liturgie de Dom Cabrol. — Voir par ailleurs : Vita Fechini (A. Sanct. Bol., t. H de janvier, p. 696); Vie gaélique de S. Fechin (éd. Wh. Stokes, R. Cel., xn, 1891, p. 327, 333); Vita Gurthierni, dans le Cartulaire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (éd. L. Maître et Paclde Berthou, Rennes, 1904, p. 43).
4. E. Vacandard, Vie de S. Bernard, Paris, 1897, t. II, p. 21. — Vita
tification fut occasionnelle. Elle eut pour but dans une circonstance grave d'apaiser les ardeurs de la concupiscence. Au xvne siècle, le pénitent breton Pierre de Keriolet vainc de même une tentation de la chair par ce procédé '. Dans l'ascèse des anciens Celtes c'est aussi dans ce but spécial qu'on avait parfois recours à l'immersion. Cela se voit par Y Or do de Kil-Ros. Dans ce monastère le bain se prenait, semblet-il, quasi conventuellement, à l'issue de la synaxe du matin. Il était en outre imposé comme pénitence. Les religieux qui s'étaient rendus coupables de quelque manquement à la pauvreté se voyaient parfois condamnés à s'immerger jusqu'au cou 2. Un vieux traité irlandais offre un autre exemple de bain pénitentiel 3. Le régime alimentaire était des plus austères. On s'abstenait de l'usage de la viande, parfois même du poisson 4. Les légumes assaisonnés de sel et le petit pain monastique, classique en Orient, paximatium 5, formaient la base de la nourriture solide. En fait de boissons, on se contentait, suivant les lieux, de lait, de petit-lait, de lait coupé d'eau ou même d'eau pure 6. Un œuf dur, du lait écrémé étaient de véritables
Pétri Damiani, u, 9 {A. Sa net. Bol., t. III de février, p. 424). La prière les bras en croix et les prostrations se pratiquaient beaucoup au désert de Fonte-Avellana {ibid.. p. 425). — Vknusius, Vita Pétri Cavensis, n {A. Sanct. Bol., 1. 1 de mars, p. 329).
1. Hippolyte le Gouvello, Pierre de Keriolet, 3» éd., Paris, 1910, p. 220- 221. Comparez Du prevost d'Aquilée ou d'un hermite que la dame fist baigner en aiguë froide chez Méon, Nouveau recueil de fabliaux et contes, Paris, 1823, t. II, p. 195; Le livre du chevalier de la Tour Landry, éd. A. de Mont.uglon, Paris, 1854, p. 968; César d'Heisterbach, Dialogus miraculorum, iv, 102 (éd. J. Stkahge, 1851, t. I, p. 272 : De nobili castellana quae stimulum carnis in aqua restrinxit). Cf. Reinhold Kohler, Kleinere Schiften, Berlin, 1900, t. II, p. 443.
2. Sur l'antiquité et la portée de ce document important voir Dom Dumaine, art. cité, col. 95-90.