Cataloyus (C. E. D., II, p
2. Bède, H. E., h, 2 (P. L., XCV, 83). — Cummian, Ep. de controv.paschali{P. L.,LXXXVll,969). — Giraud, Descriptio Cambriae, i, 18; De jure et statu Menevensis ecclesiae. Prologus; Opera(R.[B. S.), t. VI, p. 204 et t. III, p. 115.
S 13. — Conclusion.
Tel fut — trop rapidement et trop imparfaitement esquissé, à coup sûr, — le genre de vie de ces héroïques serviteurs de Dieu qui, par leurs vertus et leur nombre imposant, ont mérité spécialement à l'Irlande le nom d'île des saints *. Une telle floraison de sainteté se continuant pendant trois ou quatre siècles est un spectacle qui fait honneur à la nature humaine régénérée par la grâce, et montre tout ce qu'en peut tirer le christianisme. Depuis l'âge des Pères du désert les fastes de l'Église n'avaient point enregistré de pareilles ardeurs ascétiques.
Ce spectacle, certains esprits l'ont trouvé trop extraordinaire. Ils ont voulu nous persuader que ce n'est là qu'un mirage, qu'une duperie de la légende. Les anciens Celtes auraient eu de la sainteté une conception toute différente de la nôtre. D'abord la sainteté avait pour eux un caractère tout local. « Un saint pour le Gallois n'était pas nécessairement un saint pour l'Irlandais, et l'Eglise latine se refusait à reconnaître la prétention à la sainteté du Gallois aussi bien que de l'Irlandais ». Puis le Celte n'invoquait pas la protection de ses saints, car il ne croyait pas qu'ils eussent atteint la félicité céleste. Loin de les invoquer, de les regarder comme des intercesseurs, il priait pour eux. Au reste, l'appellation de saint n'impliquait nullement un mérite individuel, une sainteté personnelle et
1. Cette dénomination était déjà reçue au xne et même au xie siècle. Voir Jocelin, Vita Patricii, 132 [A. Sancl. Bol., t. II de mars, p. 372) ; Mariakus Scottus, Chronicon, ad an. 696 [A. D. 589] (Af. G., S.S., VII, p. 544) ; Vita Wironis, Praef., 2 (A. Sanct. Bol., t. H de mai, p. 312). — Voir sur l'origine de cette appellation la théorie de M. H. Gaidoz, dans R. Cel., h, 1873-75, p. 352 sq.
acquise. C'était une épithète laudative dont bénéficiaient tout de go les membres de telle tribu, de telle famille, de tel monastère1.
« De pareilles assertions, au jugement d'un maître celtiste aussi autorisé qu'indépendant d'esprit, sont un défi au sens commun et à l'histoire 2 ». Nous ne prendrons pas la peine de réfuter par le menu ces théories émises d'un ton tranchant sans l'accompagnement des preuves dont elles auraient tant besoin d'être étayées.
Non seulement la sainteté des ascètes irlandais était reconnue par les Gallois et réciproquement, comme le prouvent les relations intimes des saints de deux chrétientés, mais un Anglo-Saxon même, le Vénérable Bède, qui, saint lui-même, avait le droit d'être juge en sainteté, et qui, d'ailleurs, n'était, on le sait, nullement prévenu en faveur des Celtes, se plaît à signaler chez les Scots qui vécurent au siècle qui précéda le sien, les Aidan, les Tuda, les Fursy et d'autres, les marques expresses de la sainteté, au sens où nous l'entendons actuellement.
Queles Celtes aientaimé à invoquer leurs saints, aies honorer, à se placer sous leur patronage, c'est ce qu'il n'est pas malaisé de montrer. Un scribe irlandais inscrit, au ixe siècle, en marge d'un manuscrit des invocations comme celles-ci : Sancta Brigita intercédât pro me. Sancta Brigita adj'uva scriptorem istius artis. Vinniane fave. Patricie adjuva » etc.3. On invoque Saint Columba à lona, au vne siècle, on y célèbre sa fête4. Dans une hymne qui date au
1. J. W. Willis Bund, Welsh Saints {Tr. S. Cym., ses. 1893-94, p. 21-î;4); du même, Celtic Church of XVales, ch ix : Saints. — Th. Olden, Ireland and the Celtic Church, p. 37.