‹ Les Chroniques de l'homme masquéChapitre 11 sur 35 · DE LA P0UN0GHAP111E · texte numérisé non relu

DE LA P0UN0GHAP111E

1G septembre 1880.

arlons peu et parlons bien. La société française dégage en ce moment une asssez forte odeur de décomposition. Si Paris pue, le Parisien empeste. A dire d'experts, cette puanteur est exactement la même que celle qui émanait de la fameuse pourriture de dix-huit ans. Elle vient du mêmefoyer d'infection, c'est-à-dire des hauts parages, et le vent la rabat. 'Je la reconnais fort bien, mais cette fois elle est plus acre, moins mélangée de musc, et elle sent son fruit. C'est l'engrais pur. Sans doute il faut compter sur les fleurs qu'il nous promet, mais pour le quart d'heure il ne nous donne que des feuilles, feuilles de chou, feuilles de carotte, beaucoup de feuilles et pas bien fraîches. 11 est vrai que, sous cette végétation, le chiffonnier heurte du croc de temps à autre quelque cadavre de nouveau né. On trouve beaucoup d'enfants sous les choux cette année, mais on les y trouve morts. Enfin, il faut bien

s'amuser. C'est cela aussi qui fait que la nouvelle pourriture sent si mauvais, et que la société infecte.

Lorsque je dis société, veuillez bien croire que je ne parle que de la bonne, la haute. Le fumier vient d'elle ; c'est lui qu'elle aime. Elle ne respire que lorsqu'on le remue. On lui en compose des élixirs dont elle parfume son mouchoir. Elle en mange, elle en boit, elle s'en pommade et s'en frotte. La délicieuse duchesse qui s'est ingéniée la première à se pendre des petits cochons aux oreilles a trouvé le signe du temps. Tout à la truffe! Et l'on s'est vautré dans les auges. On sait d'ailleurs que la bourgeoisie ne consent pas à le céder à la noblesse. Ah ! ça, jamais de la vie ! Pour un flacon d'essence, elle s'est fait fabriquer dix terrines. Et elle avale, et elle rend, et elle se roule dedans avec délices, tandis que les petits cochons breloquent joyeusement à sa chaîne de montre.

En avons-nous lu, en avons-nous vu, en avonsnous entendu, de ces gravelures depuis deux ou trois ans ! Nous en est-il passé sous les yeux, sous le nez, à travers l'âme, de ces déjections de l'esprit, auxquelles correspond aussitôt un crime immonde, réponse d'en bas à la question d'en haut, réalisation sanglante d'un rêve sadique et d'un problème d'ignominie ! D'où cela vient-il ? Où cela nous mène-t-il ? En sommesnous là du travail de décomposition sociale? Qu'estce que c'est cette terrible fermentation où nagent déjà les bêtes noires de la peste et les nécrophores ?

Le ciel m'est témoin que je ne suis pas plus prude que Prudhomme,et qu'une bonne histoire, même un peu grasse, si elle est dosée de sel gaulois, et présentée sur un joli plat, me semble d'un agréable régal. Mais

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