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LES DOMESTIQUES

6 mai 1881.

ue de questions pendantes encore dans notre société christianisée, qui se croit, de bonne foi, supérieure aux sociétés antiques ! Voici les domestiques, par exemple : qu'est-ce qui règle et codifie nos rapports avec eux? — Rien. L'usage peutêtre et quelques traditions qui datent d'Homère et de Mathusalem. Les jours démocratiques arrivent, et nous ne savons pas encore, nous n'osons fixer par aucuns règlements ce que nous devons à nos serviteurs et ce que nos serviteurs nous doivent. Dans quelle situation légale le maître se trouve-t-il vis-à-vis de l'esclave libre qui le sert et vit dans sa maison ? Quelle est la somme des corvées qu'il peut en exiger? Où s'arrête sa domination ? D'autre part, dites-moi, si vous le savez, sur quelles données prescrites se fonde le service ; à quelle limite de servitude et de complaisance salariée l'homme libre, le citoyen, qui est, quoique domestique, électeur comme son maître,

égala lui devant la loi et sujet aux mêmes obligations civiles et militaires que les siennes, a le droit de se déclarer lésé, attaqué dans sa liberté et son égalité ? Quels sont les ordres auxquels il peut dire : Oui? Quels sont ceux auxquels il doit répondre : Non ? Sur quelle sanction s'appuieront les plus justes révoltes de l'un ou de l'autre intéressé ?

Il y a, direz-vous, une convention générale, dont les règles flottantes, mais consacrées par l'usage, sont assenties de part et d'autre, et selon lesquelles on se dirige de commun accord. Soit ; mais, Société, ma mie, je t'y pince en flagrant délit de sentiment ! Voici donc un cas où tes avoués, tes avocats et tes notaires ne détiennent pas la justice, et où il faut s'en référer à la conscience, cette déesse en exil. D'ailleurs, il n'en va même pas ainsi, et le pacte domestique, je tends à le démontrer, ne repose que sur une entente immorale d'abus de confiance et d'abus de pouvoir ; il est l'occasion d'une lutte sourde et impitoyable entre le possesseur et le dépossédé, entre le servi et le servant, lutte dont le meuble et l'immeuble sont les terrains clos. Souvenez vous de la révolte des gens de maison sous la Révolution française ; ils ne voulaient déjà plus être appelés : domestiques, mais bien: familiers. Le mot valet aujourd'hui est une injure. Demain, je vous en avertis, ils voudront dîner à la table des maîtres, coucher dans des lits à baldaquins et danser la première avec madame. Nous y allons: c'est la conséquence d'une situation indécise et remise aux mœurs.

Ah ! si vous croyez que je paradoxe ! Au point où nous en sommes arrivés, il n'y a de possibilité à avoir

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