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LES DOMESTIQUES. 2G

lui domestique, mâle ou femelle, qu'à la condition absolue de consentir à se laisser voler par lui ou par elle, et de s'engager tacitement à fermer les yeux. L'état domestique au dix-neuvième siècle, c'est l'état de vol. On prend un serviteur comme on apprivoise une pie, sachant qu'il faut sacrifier un couvert d'argent sur douze, et deux pièces de vin sur cinq, pour êl re simplement tranquille. On admet cette redevance ï on souscrit à cet impôt. Essayer de suppléer à l'inconvénient par l'augmentation des gages et des salaires, c'est peine perdue. Le vol est un vieux privilège de la condition, presque une franchise reconnue. Pourquoi un panier aurait-il des anses, sinon pour danser? J'ai vu des filles de la campagne, surprises par leurs maîtresses la main dans le sac, ne rien comprendre aux reproches qu'on leur adressait, fondre en larmes, de bonne foi, et se désoler de l'injustice inexplicable des patronnes parisiennes. Elles se croyaient de la famille.

Et le sens moral de la gent est tellement faussé làdessus par l'esprit de la corporation et l'étrange philosophie que les campagnards professent sur les villes, qu'on en vient à prendre scrupule soi-même déjuger leurs actes selon le critérium de l'honnêteté ordinaire. De là cette convention résignée qui règle les rapports communs. Au risque de passer pour un peu prudhomme, je m'aventure à demander si le socialisme n'a pas de remède à proposer à ce démoralisant état de choses. À quelque solution qu'on en arrive de la question des castes, des rangs et du partage équitable des biens de la terre, il y aura toujours des domestiques et des maîtres : par conséquent, il est important de connaître

sur quelles bases la société garantit les engagements réciproques des parties contractantes... Mais, voilà que je parle comme un procureur. Pouah !

Certains établissements, d'ailleurs sans garantie, font négoce du placement des domestiques. On recrute chez eux, sur inspection préalable et références sommaires, les Galebs dont on enrichit son intérieur. C'est proprement « l'hasard de la fourchette». De là, viennent les nymphomanes qui mènent vos enfants la nuit aux Henriquez et autres, ou qui les tuent en leur faisant avaler des épingles, comme aussi celles auxquelles l'Académie décerne le prix Montyon parce qu'elles ont nourri leurs maîtres sur leurs économies. A la vérité, ces bureaux, font tout le possible, la concurrence aidant, pour satisfaire aux justes 'exigences du public ; ils ont inventé le certificat, entre autres choses. Le certificat serait excellent, s'il était pratique. Mais la lâcheté des maîtres et l'entente générale des domestiques ont. rendu le certificat illusoire.

Vous flanquez votre serviteur à la porte pour inconduite, vol ou -insolence, n'est-ce pas? Au bout de ses huit jours, il vous demande un certificat pour pouvoir se replacer. Aurez-vous l'honnêteté et le courage d'écrire que ce serviteur n'est pas la fleur des pois et que vous vous en séparez par mécontentement de son service? Jamais de la vie. Que diraient le fruitier, l'épicier, le boucher et les fournisseurs qui lui octroyaient le sou pour livre ? Le déchaînement serait général, et vous seriez discrédité. Pauvre fille ! l'empêcher de gagner sa vie ! Vous connaissez, n'est-ce pas, ce raisonnement des commerçants complices? Vous saisissez, ivre de fureur, votre plume et vous écrivez : « Je cer-

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