‹ Les Chroniques de l'homme masquéChapitre 29 sur 35 · II. GRAND MÉNÉTRIER DU XI.V SIECLE · texte numérisé non relu

II. GRAND MÉNÉTRIER DU XI.V SIECLE

elle-même, comme une toupie folle, ronflail comiqùemenl autour du soleil hérissé. En avant la musique ! Et le vieil édifice croulait alentour, en poussière!

Oui, oui, 1res certainement, cet homme a fait tout «via, et c'est pourquoi je rends hommage à son génie. Le petit Allemand qui arrivait de Cologne, son violoncelle sur le dos, était envoyé par Destin le Père pour enterrer la vieille société européenne et lui enfiler la pastourelle des funérailles. Il avait dans la poche le sifflet enchanté. Et lorsque, du haut de sa chaise de chef d'orchestre, il battit pour la première fois la mesure, il fit le signe de croix définitif et irrévocable sur le voile des jours écoulés, le voile sacré du vieux temple. C'était fini. Vous auriez eu beau orner alors les mœurs, les usages, les institutions et les traditions de toutes les breloques de corail que vous auriez voulu, le sort était jeté ; la musique du diable s'y était mise. Le ricanement avait commencé, l'irrévérence gagnait, et les plus fidèles déclaraient qu'ils ne voulaient plus « s'embêter ». C'est alors que le petit Allemand s'est mis à grandir, à grandir, d'une manière démesurée et qu'il s'est trouvé de taille à tirer le soleil parla barbe et l'humanité par les pieds. Je ne sais si je me fais bien comprendre, mais il me semble que cette manière d'expliquer OfTenbach sera ratifiée par les voyants et par les philosophes. A l'heure où j'écris, dans une cour voisine, un orgue de Barbarie tourne une mélodie populaire de la Belle Hélène. Je l'écoute et je pense à la radieuse insolence de cette parodie. Peut-être un autre orgue la tournet-il aussi, dans les environs du ministère de l'instruction publique, tandis que l'on réforme le programme des

études universitaires. Au mont Ida trois déesses!... Je voudrais encore qu'au ministère de la guerre, par l'épaisseur des fenêtres , l'obsession du : bouillant Achille, bouillant Achille ! se mêlât aux rêveries matinales des guerriers français. Et si les oracles de Galchas battaient de l'aile, devers l'archevêché, à l'oreille des saints pontifes occupés à sauver sur leurs doigts Rome, le Sacré-Cœur et les jésuitières, on ne m'étonnerait pas en m'apprenant qu'aux sons démoniaques le conciliabule s'est terminé par une tarentelle œcuménique de soutanes et de mitres.

Ce fut en effet le don spécial d'Offenbach que de débiner les trucs et de dévoiler les blagues. Du temps où il découronnait les rois barbus et les plis de vaillance, ces rois eux-mêmes et ces plis, saisis du vertigo universel, s'en venaient danser et chanter devant leurs propres caricatures. Non seulement ils rendaient les armes au ridicule de leur situation, à la bêtise de leur droit divin, à la saugrenuité des idées et des choses qu'ils représentent, mais ils accouraient en rire comme des troupeaux de baleines. L'étonnante mascarade que celle-là ! En bas, le peuple, riant jusqu'à se décarcasser de ce qui le faisait trembler trente ans à peine auparavant ; en haut, les hurluberlus quatorze, les nabuchodonosors cent vingt-sept, pris en flagrant délit de cabotinage royal, traités de poupées à ressorts et entraînés dans la ronde macabre, enchantés d'entendre grincer toute leur mécanique, ravis de perdre leur son par leurs bedaines crevées et se mêlant à la foule pour s'esbaudir et bosser et rendre l'âme dans les culottes !

Ah ! si vous voulez savoir par quoi ce dix-neuvième

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