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LA MÈRE

Près de six années s'écoulèrent sans que la Reine revînt à Fontainebleau. La guerre, les embarras financiers, la naissance de deux enfants avaient fait supprimer les voyages annuels. En 1783, la signature du traité de Versailles ayant rétabli la paix entre la France et l'Angleterre, Louis XVI songea à reprendre la tradition interrompue. Mais l'idée de ce voyage coûtait maintenant au cœur de Marie-Antoinette. En décembre 1778, elle avait donné le jour à une princesse, Madame Royale. Le 22 octobre 1781, la naissance d'un Dauphin avait comblé les vœux du pays et des souverains. Depuis lors, la Reine, sans renoncer aux amusements et aux amitiés de sa jeunesse, ne s'y livrait

plus avec cette ardeur dont, pendant longtemps, ses véritables amis s'étaient effrayés. En même temps que son affection pour le Roi se consolidait, elle donnait à ses enfants le meilleur de sa tendresse. Aussi lui paraissait-il cruel de s'éloigner d'eux, durant les six semaines qu'allait se prolonger le voyage. Leur jeune âge, en effet, semblait, d'après les usages de la cour, faire obstacle à leur déplacement ; mais un intérêt politique s'attachait au séjour à Fontainebleau. 11 fallait montrera l'étranger et au pays lui-même, que la France était toujours en état de pourvoir aux dépenses et de maintenir le faste, qui, depuis si longtemps, caractérisaient sa cour.

La Reine dut donc se résigner au départ : mais elle obtint de n'être pas séparée de sa fille. La petite princesse allait avoir cinq ans et sa mère s'était chargée de son éducation, qu'elle suivait de fort près. Le 6 octobre, elle se séparait du Dauphin, que sa gouvernante, Mme de Polignac, emmenait à la Muette. La cour, en même temps, quittait Versailles pour Ghoisy. Après s'y être reposée pendant trois jours, Marie-Antoinette se rendit à Fontainebleau par eau. Sa santé demandait, en effet, quelques ménagements, imposés par de nouvelles espérances. Malgré l'absence du Dauphin, des appartements avaient été réservés au jeune prince de même qu'à sa sœur. Pour faire place aux Enfants de France on avait dépossédé Mesdames de la résidence qu'elles occupaient au rez-de-chaussée du château, sur le jardin de Diane. Ces appartements étaient situés directement au-dessous de ceux du Roi et de la Reine. Celle-ci les avait choisis à cause de leur proximité, mais les fenêtres closes des pièces destinées à son fils lui rappelaient sans cesse l'absent et l'entretenaient dans une humeur mélancolique.

En vain, les divertissements accoutumés, jeu, spectacles ou bals la sollicitaient-ils, elle n'y prenait aucun intérêt. Dix jours à peine après l'arrivée à Fontainebleau, un nouvelliste écrivait : « On entendoit dire que la cour étoit des plus brillantes ; qu'on s'y amusoit beaucoup, qu'on y faisoit, une dépense prodigieuse, qu'on y vivoit très chèrement, mais que la Reine nonobstant la surprenante variété des divers amusements et divers plaisirs s'y ennuioit, au point que le retour pourroit bien avoir lieu vers le 10 de novembre. »

Plus heureux que la souveraine, les Parisiens se rendaient en foule à la Muette pour « y jouir de la vue de l'auguste enfant ». Tout le

monde avait la liberté de le voir et même de lui parler. Il était d'une charmante figure et portait avec gentillesse un simple costume de matelot. La croix de Saint-Louis, le cordon du Saint-Esprit et la Toison d'Or le distinguaient seuls des autres enfants. Bien qu'âgé de deux ans à peine, il articulait fort bien ses mots et répondait avec netteté et intelligence aux questions. Un jour, on le vit recevoir en public une boîte de bonbons que lui envoyait la Reine avec son portrait dessus, et on l'entendit avec attendrissement s'écrier : « Ah ! voilà le portrait de maman. »

On approuvait généralement ce genre d'éducation qui le mettait d'abord en contact avec son peuple, en abaissant les barrières, qui trop souvent écartent loin des princes la sympathie de la nation.

Si, vraiment, Marie-Antoinette avait eu l'idée d'abréger le voyage, un fâcheux accident, survenu quelques jours plus tard, l'en aurait empêchée. Le 4 novembre, vêtue du grand habit de cour, d'une riche et lourde étoffe, elle avait tenu cercle dans son appartement et, le soir, soupe au grand couvert. Dans la nuit, elle se trouva indisposée, le lendemain elle fut saignée par deux fois; les médecins rassurèrent le Roi, mais ses espérances étaient évanouies. A l'annonce de l'état de son amie, la duchesse de Polignac demanda la permission de quitter la Muette et le Dauphin ; mais, sans attendre la réponse, elle accourut à Fontainebleau. Elle y passa même une nuit, et le bruit se répandit que le Roi, mécontent, lui avait retiré sa charge de gouvernante. Toutefois, il ne sut pas tenir rigueur à la favorite de la Reine, qui reprit sa place à la Muette.

Dans le même moment, on apprit la nomination d'un nouveau contrôleur général en remplacement de M. d'Ormesson. Ce ministre intègre venait d'être disgracié pour avoir su résister aux incessantes demandes des Polignac et de leurs amis. On lui donna pour successeur M. de Galonné, intendant de Flandre et d'Artois. C'était un homme de beaucoup d'esprit, mais on lui reprochait un caractère dur, peu de délicatesse de sentiments et 700 000 livres de dettes. Sa nomination fit scandale. On y vit l'œuvre de la Reine et de Mme de Polignac. Il semble pourtant certain que la première n'eut jamais pour lui une véritable sympathie et le seul reproche qu'elle ait mérité serait d'avoir cédé à l'influence de sa trop exigeante amie.

Marie-Antoinette se remettait cependant avec rapidité, et les fêtes

de la cour ne furent pas interrompues. La Caravane du Caire de Grétry, Chimène de Sacchini, Didon de Piccini furent représentés avec le plus grand succès. C'est dans cet opéra que se révéla Mme Sainte-Huberty. On déclarait impossible de montrer une sensibilité plus vraie, plus touchante, un abandon plus passionné et de conserver en même temps plus de noblesse et de majesté.

Le Roi, assez peu expansif d'ordinaire, fut si enthousiasmé de son talent, que, sitôt après l'avoir entendue, il la gratifia d'une pension.

Jusqu'à la fin du voyage, qui ne s'acheva que le 24 novembre, Fontainebleau conserva une animation extraordinaire. Les Anglais, que la paix ramenait en France, y étaient accourus en foule. Un certain nombre d'entre eux y avaient loué un hôtel particulier oii chaque jour ils tenaient une table de quatre-vingts couverts et y admettaient leurs compatriotes de passage. Jamais la cour ne s'était montrée plus magnifique, jamais la Reine n'avait paru si belle que lorsqu'elle y reprit sa place, après son rétablissement.

Il n'y eut pas, en 1784, de voyage à Fontainebleau. 11 faillit ne pas y en avoir l'année suivante. Ces déplacements occasionnaient des frais immenses. Il fallait pourvoir au transport et au logement non seulement de la famille royale, mais encore de la maison des souverains, de celles des princes et des princesses, des ministres et d'une partie de leurs bureaux, sans compter les dames ou seigneurs qui, sans fonctions à la cour, étaient invités aux voyages. La santé de Mesdames, tantes du Roi, exigeait cette année une cure à Vichy. Elles y partirent avec une suite de deux cent soixante personnes et leurs relais demandaient cent soixante chevaux. Monsieur les alla visiter, ce qui augmenta encore la dépense. Comme on parlait devant Louis XYI des frais considérables que ces déplacements allaient occasionner : « Eh bien! dit-il, il n'y a qu'à économiser celui de Fontainebleau. « 11 avait quelque mérite à tenir ce langage, car la suppression du voyage l'aurait privé des chasses auxquelles il prenait le plus vif plaisir. Mais son premier valet de chambre, Thierry de Ville-d'Avray, qui était en même temps intendant du

garde-meuble, lui proposa une réforme de nature à diminuer singulièrement la dépense. Elle consistait à ne meubler que les logements des personnes que leur service appelait nécessairement à la cour et à n'offrir aux autres que quatre murs, sans plus. Le projet fut agréé et le voyage décidé.

La Reine ne le désirait nullement. Il lui était né au printemps un second fils, le duc de Normandie, et le Dauphin son aîné, venait de subir, à Saint-Cloud, l'inoculation de la petite vérole. Elle dut cependant les quitter et, comme deux ans auparavant, n'emmener que sa jQlle. Le Dauphin allait demeurer à Saint-Cloud et le duc de Normandie à Versailles. Elle avait pris plaisir, lors du précédent voyage, à faire la route par eau. Séduite par la beauté du parcours elle voulut recommencer cette année. On lui construisit un yacht « extrêmement galant, riche et commode ». Il contenait huit pièces de plain-pied et, à fond de cale, une cuisine pourvue d'une cheminée « en cas que Sa Majesté veuille manger un poulet ».

Le 10 octobre, vers neuf heures, elle quitta Saint-Cloud en poste accompagnée de Madame Royale, sa fille; de Madame Elisabeth, sa jeune belle-sœur, et de Mesdames Adélaïde et Victoire. Pour éviter les ponts de Paris, on ne devait s'embarquer qu'au port de la Râpée, vis-à-vis de la Salpêtrière. Elle y arriva par les nouveaux boulevards au milieu d'une foule venue pour la saluer soit sur la rive, soit sur le fleuve. Un lieutenant, un exempt, un brigadier des gardes du corps l'accompagnèrent à bord. Sur le rivage, des détachements de gardes, espacés de distance en distance, devaient se relayer, et suivre le petit bâtiment sans le jamais perdre de vue.

A Choisy, le Roi, qui avait chassé dans ces parages, se tenait sur la terrasse du château pour la voir passer. « Toute la route fut bordée de monde sorti des villages et maisons des campagnes des environs, curieux du même spectacle : sans doute, beaucoup de « Vive (( la Reine ! » répétés de temps en temps ont flatté agréablement les oreilles de Sa Majesté. »

Quelque temps avant le départ de la Reine, on avait adressé au duc d'Orléans, à Paris, une cassette, avec prière de la faire parvenir à ce prince. Il habitait alors avec Mme de Montesson, son épouse morganatique, le château de Sainte-Assise situé sur les bords de la Seine, entre Corbeil et Melun. En ouvrant la cassette, le duc y trouva

un immense filet tissu d'or, d'argent et de soie, avec un billet ainsi

conçu :

A vous, savante enchanteresse, 0 Montesson, l'envoi s'adresse ; Docile à mon avis follet Avec confiance, osez tendre Sur le champ ce galant filet, Et quelque Grâce va s'y prendre.

Le prince ne sachant ce que cela voulait dire, envoya la cassette au lieutenant de police, en le priant de rechercher l'envoyeur.

Il se dénonça lui-même. C'était Monsieur. Le duc d'Orléans et Mme de Montesson avaient invité Marie-Antoinette à s'arrêter à Sainte-Assise; elle s'y était refusée, et, par manière de plaisanterie. Monsieur avait envoyé le filet destiné à l'arrêter au passage. Par malheur, l'épigramme ne fut pas comprise, et Monsieur, piqué, ne put s'empêcher de s'écrier : « Avec tout leur esprit, qu'ils sont bêtes, à Sainte-Assise ! »

Les premiers temps du séjour à Fontainebleau furent assez tristes. Les deux frères du Roi étaient en grand deuil de leur belle-mère, la reine de Sardaigne, et la cour se montrait moins nombreuse que d'habitude. La réforme des logements avait écarté bien des gens. A l'un de ses bals, la Reine eut le désagrément de ne voir arriver de Paris que sept personnes, alors qu'elle en avait invité un très grand nombre. Ceux qui venaient ne séjournaient pas et repartaient le plus tôt possible. Il en résultait une sorte de vide et de solitude au milieu de la cour. Cependant, peu à peu, léclat des fêtes et les spectacles, particulièrement brillants cette saison, y ramenèrent une grande affluence. On ne trouvait plus à se loger dans la ville, et à peine de quoi manger. On y vit payer 4 livres une pinte de lait, et donner 15 livres par nuit, pour un lit.

Malgré tout, Marie-Antoinette, encore toute meurtrie des émotions que venaient de lui causer les débuts de la fameuse affaire du collier et l'inoculation du Dauphin dont la santé restait chancelante, demeurait comme étrangère aux divertissements habituels. Le jeu ne la passionnait plus. Le succès de Dardanus, opéra de Sacchini, du Mariage secret, charmante comédie de Desfaucherets, les représentations de Richard Cœur de Lion qui, plus tard, réchauffaient le

dévouement de ses fidèles, la laissaient alors indifférente. Elle suivait avec anxiété les négociations poursuivies entre son frère et les Hollandais sous la médiation de la France. Pour éviter une guerre entre ses deux alliés, l'Empereur et les Provinces-Unies, Louis XVI s'était interposé. Tout semblait arrangé au moment de l'arrivée à Fontainebleau, mais de nouvelles difficultés avaient surgi à l'instant d'arrêter l'accord définitif. M. de Vergennes, notre ministre des affaires étrangères, soutenait trop chaudement les intérêts hollandais, au gré de l'ambassadeur d'Autriche. La Reine dut user de toute son autorité sur son mari, pour modérer le zèle du ministre. Enfin, le 8 novembre, le traité était signé dans le cabinet du Roi par les ambassadeurs des deux nations contestantes. Deux jours plus tard, Marie-Antoinette, triomphante, pouvait écrire à Joseph II : « Je vous fais mon compliment, mon cher frère, sur la signature du traité de paix avec les Hollandais. Cette affaire aurait été plus tôt terminée, si les intentions personnelles du Roi avaient été mieux secondées par ceux qui sont chargés de les remplir. M. de Mercy a éprouvé jusqu'à la fin beaucoup de désagréments et d'obstacles, que je suis parvenue, aidée de sa douceur et de ses conseils à faire cesser. Ma tendre amitié pour vous, ne m'a rien laissé oublier, mais aussi nous devons beaucoup à M. de Mercy, et je doute que tout autre s'en fût tiré aussi bien.

« Mes trois enfants se portent à merveille ; le petit mouvement de fièvre qu'a eu mon aîné n'a pas eu de suite. Il est à présent rentré à Versailles où, dans huit jours, j'irai le rejoindre. J'avoue que je n'en suis pas fâchée ; la vie d'ici est si active, et l'on est toujours si fort entouré de monde, que pour le corps et l'esprit, on a besoin de repos... »

Vivre paisiblement en famille, en s'occupant de l'éducation et de la santé de ses enfants, telle est maintenant la suprême ambition de la Reine. Et les derniers jours du voyage sont employés à adapter à cette existence, pour le temps des prochains séjours, le vieux château de François I". Sans détruire les appartements d'apparat que tant de souvenirs rendent respectables, on élèvera au fond du jardin de Diane, contre les murailles de la galerie de François I", un nouveau bâtiment de la plus grande simplicité . Au premier étage, seront les appartements privés du Roi ; au rez-de-chaussée, des pièces de

moyenne étendue et de modeste décoration serviront de lieu de réunion à la famille royale. En même temps, on refera dans le goût du jour, le grand cabinet de la Reine et le boudoir qui sépare son appartement de la chambre du Roi. L'architecte Rousseau et M. Potain, le contrôleur de Fontainebleau, présentent leurs plans et projets. Les souverains les discutent avec M. d'Angiviller, le directeur des bâtiments. Enfin, au jour du départ, tout est approuvé; il a fallu se hâter, car on doit être prêt lors du prochain voyage, et dix mois sont peu de chose pour d'aussi considérables travaux.

Pendant la fin de l'année 1785, et les premiers mois de 178G, l'activité fut grande à Fontainebleau. Depuis Louis XV, on n'y avait pas exécuté une entreprise de cette importance. Le Roi, dans son souci d'être agréable à sa femme, vint lui-même dans le courant de Tété pour presser les travaux. Le 10 octobre, date fixée pour l'arrivée de la cour, les nouveaux appartements étaient sinon complètement achevés, du moins en état d'être habités.

Cette fois encore, la Reine avait voyagé sur son yacht. Elle avait, cette année, la joie de mener avec elle son Dauphin. Le jeune prince allait prochainement « passer aux hommes », et la gouvernante des Enfants de France, Mme de Polignac, n'avait plus sous sa garde que le jeune duc de Normandie. A peine installé à Fontainebleau, le Roi nomma pour gouverneur à son fils aîné le duc d'Harcourt. C'était un homme d'une honorabilité sans tache, une sorte de Montausier , que tout le monde estimait, mais qui avait à la cour une réputation d'esprit fort. Malgré cela, son renom de vertu et de droiture le fit choisir de préférence à M. de Montmorin qui avait l'appui du Roi. Avec les mêmes mérites que son rival, ce dernier candidat se présentait malheureusement avec un extérieur peu sympathique qui le fit rejeter par la Reine. Le jour où le nouveau gouverneur la vint remercier de sa nomination, il reçut d'elle un accueil particulièrement flatteur, et, remarque un contemporain : « On avoit eu peine à discerner si Sa Majesté présentoit ce seigneur au Dauphin, ou bien si elle présentoit le Dauphin à ce seigneur ».

Très occupée de ses enfants, Marie-Antoinette avait résolument

banni du château tous les jeux de hasard. On jouait à la cour fort petit jeu, ce qui attirait moins d'étrangers. Malgré cela, les réunions étaient toujours brillantes, les chasses toujours animées, les spectacles toujours magnifiques. Mme Vigée-Lebrun vint alors à Fontainebleau et, dans ses charmants Souvenirs, sa plume a tracé de la Reine un portrait qui complète très heureusement la collection de ceux que son pinceau nous a laissés. « Lors du dernier voyage qui s'est fait à Fontainebleau, où la cour, suivant l'usage, devait être en grande représentation, je m'y rendis pour jouir de ce spectacle. J'y vis la Reine dans la plus grande parure, couverte de diamants, et, comme un magnifique soleil l'éclairait, elle me parut vraiment éblouissante. Sa tête élevée sur son beau col grec, lui donnait en marchant un air si imposant, si majestueux, que l'on croyait voir une déesse au milieu de ses nymphes. »

Les habitants de la ville, heureux et fiers de posséder cette divinité, érigèrent, à l'entrée de leur ville, un obélisque en son honneur. 11 était supporté par quatre dauphins de bronze et surmonté de l'aigle d'Autriche. Sur la face principale du piédestal, une inscription lui dédiait le monument; sur les trois autres faces, étaient gravés les noms des trois enfants de la souveraine. On avait bien compris quen les y associant, l'hommage aurait plus de prix aux yeux de la mère qu'on voulait glorifier.

Au même moment, M. de Galonné, dont les actes donnaient lieu à de vigoureuses critiques, sentant sa faveur ébranlée, tenta de la reconquérir en méritant la reconnaissance de la Reine. Dans le plus grand secret, il fit venir à Saint-Denis neuf chevaux nains de Sibérie, dont un de selle. Ces animaux n'avaient pas plus de 3 pieds de haut. On les dresse, on cherche partout de jeunes jockeys intelligents, aussi petits que possible, en état de servir de cocher, de postillon et de valets de pied. On les habille à la livrée du Dauphin et, quand bêtes et gens sont suffisamment éduqués, on attelle un élégant carrosse aux armes du jeune prince. Le ministre fait alors venir tout l'équipage à Fontainebleau. Il choisit un moment où il se trouvera chez la Reine pour faire conduire sous ses fenêtres le carrosse attelé et garni de la livrée du Dauphin. La princesse, attirée par le bruit, est ravie par la nouveauté du spectacle : elle appelle Galonné pour lui faire partager son admiration et le ministre, fei-

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