PLANCHE XV
Marie-Antoinette, le Dauphin et Madame Royale en 1785, d'après un tableau de Wertmùller.
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gnant la confusion, lui demande permission «d'offrir cet amusement à M. le Dauphin ». Elle lui marque sa satisfaction. Le Roi survient dans le moment et apprécie la galanterie du procédé. M. de Galonné est mieux en cour qu'il ne le fut jamais.
C'était aussi à la main toujours ouverte de ce contrôleur des finances, qui jamais ne refusa rien, qu'était dû le rapide achèvement des nouveaux appartements. Là, entre son mari et ses enfants, Marie-Antoinette pouvait mener, dans l'intervalle de ses fonctions royales, la vie bourgeoise qu'elle préférait. Une salle à manger, deux salons et une salle de billard présentaient, au rez-de chaussée, l'enfilade de leurs boiseries blanches sans autre dorure que celle du cadre des glaces. Des dessus de porte en grisaille les décoraient sobrement. Dans la salle à manger, des sièges peints en blanc, simplement recouverts de velours d'Utrecht vert, s'assortissaient aux grands rideaux de gros de Tours de la même nuance. Dans les salons, les sièges de bois doré se revêtaient de damas bleu et blanc, pareil à l'étoffe des rideaux. La salle de billard avait des meubles de bois de chêne et des tentures de gros de Tours cramoisi. L'élégance des meubles et la grâce des draperies relevaient la simplicité relative de cet intérieur. Au-dessus, se trouvaient les appartements privés du Roi. « J'y ai admiré, avec plaisir, raconte un visiteur, les travaux de Sa Majesté. On juge qu'elle s'y occupe du soin de ses sujets par toutes les cartes de chaque province qu'on trouve sur son bureau, par les détails économiques qu'elles renferment, par des notes de sa main, que l'officier de la chambre qui me montrait le cabinet du Roi,
m'assure devoir être envoyées à divers intendants » Toutes les
magnificences avaient été réservées aux appartements de la Reine. Son grand cabinet venait d'être décoré sur les dessins de l'architecte Rousseau dans le goût le plus nouveau. Sur les murs feints de marbre rose, des figures de femmes, peintes en grisaille, supportaient des rinceaux de feuillage s'infléchissant en arabesques. Au plafond, Berthélemy avait représenté, d'un pinceau un peu mou, mais d'une grâce facile et d'une touche libre et claire. Minerve couronnant les Muses. Au-dessus des portes, des sphinx de stuc encadraient des bucoliques en camaïeu peintes par Sauvage. Deux commodes d'acajou, chefs-d'œuvre de Riesener, ornées de médaillons en biscuit de Sèvres et de festons de fleurs en bronze doré, des feux de bronze où des
têtes de femmes et de béliers s'enguirlandaient de roses, des lustres et des girandoles de cristal de Bohême, des sièges dorés recouverts de satin peint à fond blanc et des rideaux de gros de Tours vert pomm.e meublaient cette pièce d'apparat avec autant d'élégance que de richesse.
La chambre à coucher avait été tendue d'une soierie de Lyon à fond bleu. Des rameaux de vigne chargés de fruits y entrecroisaient leur feuillage d'or autour de médaillons à fond blanc sur lesquels se détachaient alternativement des bouquets de fleurs et des papillons. Deux commodes en bois de rose et de violette, garnies de bronze, supportaient une tablette de brèche violette. Une autre, de pareil bois, avait son dessus de marbre semblable, soutenu par deux enfants de bronze doré, dont l'un tenait une tourterelle et l'autre un bouquet. De chaque côté de la cheminée, sur des rocailles de bronze doré, reposaient deux figurines de Neptune et de Vénus. Au plafond, restauré au temps de Marie Leczinska, une cordelière d'or et de soie bleue suspendait un lustre de cristal à seize lumières. Enfin, des rideaux de gros de Tours bleu encadraient les quatre fenêtres ouvrant sur le jardin de Diane.
Mais c'était le boudoir particulier de la Reine qui, par la recherche et la délicatesse de ses ornements, recueillait tous les suffrages. Deux carquois de marbre blanc aux flèches de bronze doré soutenaient la tablette de la cheminée, dont un arc de bronze, entrelacé de lierre, décorait la frise. Quatre arcades de glace, sur lesquelles s'appliquaient des demi-lustres de cristal, occupaient le centre de chaque face. Sur les panneaux et sur les portes, dorés en plein, se détachaient en couleur, au milieu des plus fines arabesques, d'élégantes figures inspirées des fresques de Pompéi. Au-dessus des quatre portes, Rolland avait sculpté huit muses en stuc, tandis qu'au plafond voltigeait une Aurore due au pinceau de Berthélemy.
Les appartements de la Reine, surtout son charmant boudoir, excitaient l'universelle curiosité. Mlle Contât, l'actrice en vogue de la Comédie-Française, aussi admirée pour son talent que pour sa beauté, mourait d'envie de le connaître. Elle prie le maréchal de Duras de lui procurer cette satisfaction. On lui propose de venir, à un moment où se trouvait chez elle un de ses amis. Le cavalier lui donne la main et bientôt les deux curieux pénètrent dans le boudoir.
Ils l'examinent dans ses moindres détails, et voyant sur un métier un ouvrage commencé, la comédienne s'amuse à y broder une fleur. Mais soudain paraît la Reine, que l'on croyait occupée loin de là, et qui, sans dire un mot, foudroie de son regard les deux indiscrets. Ils s'esquivent en tremblant. Toutefois, depuis ce jour, nul n'est admis à visiter l'élégante retraite. Quand elle sort, Marie-Antoinette en prend la clef, jalouse du secret de son intimité.
Elle songe à comf)léter encore les agréments de la demeure de sa famille. Il faut préparer, pour l'an prochain, l'appartement du duc de Normandie. Elle veut que le jardin de Diane, interdit à tous autres, devienne le promenoir de ses enfants, et elle commande d'en enlever les bronzes mythologiques dont sa pudeur maternelle est offusquée. Elle veut...
Mais à quoi bon rappeler ses projets avortés ! Qui donc est maître du lendemain ! Demain, c'est l'assemblée des Notables ; après-demain, c'est la Révolution. — Marie Antoinette ne reverra plus Fontainebleau; elle ne rentrera jamais dans la maison qu'elle vient d'accommoder pour y goûter, auprès de ceux qu'elle aime, un paisible bonheur qui lui est échappé pour toujours.
SOURCES
Manuscrits : Les Archives nationales ont fourni tous les renseignements sur les appartements, les embellissements et l'ameublement du château. Ils ont été empruntés à la correspondance du service des Bâtiments conservée dans la série 0*. De là également, proviennent les détails relatifs au mariage du comte de Provence (n'325o) et à celui du comte d'Artois (0^3257).
Le Journal inédit de Hardy conservé à la Bibliothèque nationale a été utilisé comme moyen de contrôle des documents officiels et il oflre de précieux renseignements sur l'état de l'opinion parisienne.
Imprimés : La Gazette de France et le Mercure de France ; Correspondance secrète de Mercy Argenteaa avec Marie-Thérèse, publiée par d'Arneth et Geffroy : Correspondance de Mercy Argenteau avec Joseph II et Kaunitz, publiée par d'Arîveth et Flammermont; Mémoires secrets de la république des lettres, dits de Bachaumont; Mémoires de Mme Campan ; Mémoires de Mme d'Oberkirch ; Journal du duc de Groy ; Souvenirs de Mme Vigée-Lebrln : Correspondance inédite de Mme du Deffand; Journal de Papillon de la Ferté; Correspondance secrète, publiée par M. de Lescure ; Marie- Antoinette Dauphine par M. de Nolhac ; La Reine Marie-Antoinette par M. DE Nolhac.
A la veille de transformer sa dictature en monarchie héréditaire et de ceindre la couronne impériale, Bonaparte jugea nécessaire d'imprimer à sa nouvelle dynastie une consécration solennelle qui la marquât, aux yeux des peuples et des souverains, du sceau de la légitimité. Un pape avait jadis sacré le fondateur de la deuxième race de nos rois, un pape devait sacrer celui de la quatrième.
Pie VII avait signé le Concordat, rétablissant en France la religion catholique; il ne pourrait se refuser à venir donner, au restaurateur du culte, l'investiture suprême qu'il allait lui demander.
Immédiatement, le Premier Consul engage ù ce sujet des négociations avec Rome. Il laisse, dès le début, entrevoir que sa demande n'admet pas la possibilité d'un refus. Pourtant, on hésite au Vatican. Le Souverain Pontife ne saurait se déplacer dans l'intérêt particulier d'un homme, si grand soit-il, et son voyage ne se peut justifier, que s'il s'accomplit pour le bien de la religion. Après quatre mois de pourparlers, on laissa entendre au Saint-Père qu'il obtiendrait à Paris, certains avantages dont il était jaloux, et le nouvel Empereur lui fit remettre par le général Gaflarelli l'invitation suivante :
« Très Saint Père,
« L'heureux effet qu'éprouvent la morale et le caractère de mon peuple par le rétablissement de la religion chrétienne, me porte à prier Votre Sainteté de me donner une nouvelle preuve de l'intérêt qu'elle prend à ma destinée et à celle de cette grande nation, dans une des circonstances les plus importantes qu'offrent les annales
du monde. Je la prie de venir donner au plus éminent degré le caractère de la religion à la cérémonie du sacre et du couronnement du premier empereur des Français. Cette cérémonie acquerra un nouveau lustre, lorsqu'elle sera faite par Votre Sainteté elle-même. Elle attirera sur nous et nos peuples la bénédiction de Dieu, dont les décrets règlent à sa volonté le sort des empires et des familles.
« Votre Sainteté connaît les sentiments affectueux, que je lui porte depuis longtemps, et, par là, elle doit juger du plaisir que m'offrira cette circonstance de lui en donner de nouvelles preuves.
« Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous conserve. Très Saint Père, longues années au régime et gouvernement de notre mère la sainte Église.
« Votre dévot fils, « Napoléon.
« Écrit à Cologne, le 15 septembre 1802. »
Les cardinaux consultés approuvèrent en majorité le voyage, et, le 2 novembre, le Pape se mit en route pour la France.
Ceux qui lui avaient déconseilllé cette démarche, craignaient que Napoléon n'eût voulu faire de lui le premier chapelain de l'Empereur, mais les termes de la lettre indiquaient un fils respectueux. Toutefois, le nouveau César se résignait difficilement à reconnaître la suprématie de son hôte. Et la façon dont il l'accueillit marque assez son embarras.
Dans les derniers jours de novembre, la cour impériale vint s'installer à Fontainebleau. Le 25, au matin, l'Empereur, en habit de chasse, saute à cheval pour courre le loup. Cependant, non sans dessein, le rendez-vous avait été fixé à la croix de Saint-Hérem, sur la route par laquelle devait arriver le Saint-Père. Au rapport, le grand veneur fait connaître que, pendant la nuit, trois sangliers se sont introduits dans l'enceinte où se trouve le loup. Peut-être seraitil imprudent de les attaquer avec des chiens non dressés à cette chasse. Au même moment, accourt une estafette annonçant l'approche du Pape. Bientôt, le roulement d'une berline se fait entendre sur la route de Nemours. Dès qu'elle est parvenue au carrefour, la portière s'ouvre, et, dans son cadre, apparaît sur le marchepied Pie VII, avec son visage doux et grave, aussi blanc que sa soutane,
mais tout illuminé par l'éclat de ses yeux noirs. Un instant, il hésite à poser, dans la boue du chemin, son pied chaussé de soie blanche. Cependant, l'Empereur, tout botté, descend de son cheval, et le Pape s'avance à sa rencontre. Ils se donnent l'accolade, et aussitôt après, une voiture de la cour vient se ranger devant eux. L'Empereur y monte le premier « pour placer sa Sainteté à sa droite », raconte le Moniteur, et à midi et demi ils arrivent au château, au milieu d'une haie de troupes et au bruit de salves d'artillerie. La cour du Cheval Blanc n'avait pas encore la belle grille qu'y fit placer Napoléon quelques années plus tard. L'entrée se fit comme au vieux temps, par la porte Dorée. Là, se tenaient le cardinal Gaprara, légat du Saint-Siège, et les grands officiers de la maison de l'Empereur. « La joie rayonnait sur le front de Napoléon, et la figure calme du Pape, exprimait une satisfaction mêlée de quelque embarras », a dit l'historien de Pie VIL Tous deux montèrent par l'ancien escalier du Roi, jusqu'aux appartements. Là, ils se séparèrent.
Après avoir pris chez lui quelques moments de repos, le Saint-Père se rendit chez l'Empereur, puis chez l'Impératrice. A quatre heures, Napoléon lui rendit sa visite.
Le lendemain, tout ce qui se trouvait à Fontainebleau, princes, militaires, ecclésiastiques, ainsi que les dames de la cour, se présenta chez le Souver£dn Pontife qui, après le baise-main, leur donnait sa bénédiction.
Quand, pour la seconde fois, il revint chez l'Impératrice, « celle-ci, au dire de sa dame du palais Mme de Rémusat, exécuta le plan secret, qu'elle avait formé, et lui confia qu'elle n'était pas mariée à l'église. Sa Sainteté, après l'avoir félicitée des actes de bonté auxquels elle employait sa puissance, et l'appelant toujours du nom de sa fille, lui promit d'exiger de l'Empereur qn"l fit précéder son couronnement d'une cérémonie nécessaire à la légitimité de son union avec elle. » En effet, au retour à Paris, le cardinal Fesch dut les marier dans la nuit qui précéda le sacre.
On avait fait venir à Fontainebleau quelques chanteurs pour exécuter un concert dans l'appartement de l'Impératrice. Elle y voulut retenir le Pape, mais il refusa d'y assister, et se retira au moment oîi la musique allait commencer.
Pie VII, avait conservé des habitudes monastiques : chaque matin.
il se levait avant le jour et restait en méditation jusqu'à dix heures. A ce moment seulement, pénétraient chez lui les personnes de son service.
Le mardi 27, surlendemain de son arrivée, Napoléon eut la bizarre idée d'offrir à cet ascète le divertissement d'un tir au canon. Il l'emmena avec Joséphine au polygone du mont Morillon, où s'exerçaient les élèves de l'École militaire. Quand le but était atteint, une musique se faisait entendre en l'honneur de l'adroit pointeur et semblait plus agréable à l'Empereur que les chanteurs de l'Impératrice ; mais ces simulacres de guerre ne parurent réjouir que médiocrement le Saint-Père et ce fut avec satisfaction, qu'après plus d'une heure de ce spectacle, il regagna le château.
Le jour suivant, à deux heures, il quittait Fontainebleau avec l'Empereur qui, cette fois encore, l'avait pris dans sa voiture et placé à sa droite. Mais alors que l'Impératrice, partie le matin, était arrivée à Paris à trois heures. Napoléon avait calculé le moment du départ, de façon à n'entrer dans la capitale qu'à la nuit close. Son orgueil ne pouvait souffrir qu'il fût vu par les Parisiens à la gauche du Pape. Bien différent s'était montré le Saint Père. Gomme un personnage de sa suite s'étonnait de ce qu'il eût consenti à se rendre le premier chez Joséphine, il lui avait répondu : « Faisons encore cela pour la France; si nous avons des sujets de discorde, que ce ne soit pas pour des questions d'étiquette : il y a moins d'étiquette en voyage qu'à Rome, vous le savez bien. »
Quatre mois plus tard. Pie VII revenait à Fontainebleau assez désenchanté d'un voyage qui lui avait procuré plus d'une déception et duquel il ne rapportait que de vagues promesses. Il célébrait dans la paroisse de la ville une messe solennelle et quittait bientôt ces lieux où, huit années après, il devait se retrouver dans de si pénibles circonstances.
Le 19 juin 1812, vers midi, plusieurs voitures portant la trace d'un long voyage et escortées par des gendarmes, s'arrêtaient devant la grille du château de Fontainebleau. Un capitaine de gendarmerie, descendant de l'une d'elles, se présentait à une petite porte pour de-
mander l'ouverture de la grande. Mais le concierge, un sieur Ribbe, s'y refusait, en invoquant sa consigne etl'absence d'aucun ordre. Cependant, dans une autre voiture, un vieillard vêtu d'une houppelande grise et coiffé d'un chapeau d'ecclésiastique, était à demiétendu sur une étroite couchette de voyage. Il paraissait en proie aux plus vives souffrances et avait auprès de lui un médecin et un aumônier. Pour vaincre l'obstination du concierge, le capitaine se décida à lui révéler le nom du voyageur malade. C'était le pape Pie VIL L'Empereur avait décidé de le transférer de Savone, où, depuis trois années, il le tenait interné, jusqu'à Fontainebleau, lieu désormais fixé pour sa résidence. Ribbe persista dans son refus. Il offrit toutefois l'hospitalité dans une maison du voisinage dont il avait la disposition. Dès le soir, le duc de Cadore y venait saluer le Saint-Père et apportait l'ordre de préparer au château les appartements mêmes qu'il avait occupés en 1804. Le lendemain, le Souverain Pontife y était installé ; sa santé, pendant plusieurs semaines, donna lieu de tout craindre : la rapidité du voyage avait aggravé un état depuis longtemps précaire. Au passage du Mont-Cenis, il avait paru à la dernière extrémité. Mais, enfin, le repos et le calme du séjour de Fontainebleau le ramenaient peu à peu à la vie.
Il n'avait avec lui, lors de son arrivée, que son aumônier, Mgr Rertalozzi. Par ordre de Napoléon, les cardinaux et les évêques étaient admis à lui présenter leurs hommages. Bien mieux, un certain nombre d'appartements leur étaient préparés au château, comme pour donner l'illusion d'une cour pontificale.
« Votre Sainteté est souveraine dans Rome, mais j'en suis l'Empereur » , avait écrit Napoléon au Pape, en 1 80G. Pie VII n'avait jamais voulu souscrire à cette prétention. Sa résistance lui avait valu d'abord l'occupation de ses États, puis leur annexion à l'empire et sa propre captivité. Il avait répondu à toutes ces violences par l'excommunication et le refus de l'institution canonique aux évêques nommés par l'Empereur.
Napoléon ne voulait pas détruire la papauté, mais se la subordonner. 11 rêvait de substituer Notre-Dame à Saint-Pierre aux yeux de la catholicité, et d'installer le Saint-Père à Paris, au palais archiépiscopal restauré, étincelant partout de l'éclat de l'or et de l'argent, et paré de tapisseries merveilleuses, retraçant l'histoire de l'Église.
Aussi, au moment d'entreprendre la gigantesque expédition qu'il préparait contre la Russie, avait-il brusquement, et dans le plus grand secret, arraché Pie Vil à sa prison de Savone. 11 craignait qu'un coup de main des Anglais ne lui ravît sa proie, mais il voulait surtout, au jour prochain d'un triomphe dont il ne doutait pas, trouver à portée de sa puissante main le vieux pontife pour lui imposer sa loi. En attendant, il était bon de dissimuler, sous les apparences du respect et des égards, les réalités de la captivité. En laissant approcher les cardinaux et les évêques favorables à sa politique, Napoléon espérait en leur influence. Les autres, étaient euxmêmes exilés ou prisonniers.
Mais l'attitude du Pape ne tarda pas à déjouer les calculs de l'Empereur. En vain Napoléon l'a-t-il logé dans la superbe enfilade des pièces jadis réservées aux reines-mères, en vain les a-t-il fait garnir de meubles magnifiques, en vain tient-il à sa disposition les équipages de l'écurie impériale : Pie VII, peu sensible au luxe dont on l'entoure, se confine en sa chambre et dans un étroit cabinet. Il se refuse aussi à descendre dans les jardins.
Le spectacle de l'étang, avec sa verte ceinture de vieux arbres et les rochers qui bornent l'horizon, suffit à distraire par instants sa pensée de son habituelle méditation. Il ne se rend pas même à la chapelle, qu'un seul vestibule sépare de son appartement. C'est dans la chambre d'Anne d'Autriche, sur un modeste autel, que chaque jour il dit sa messe, a Un autel de bois, c'est assez dans un siècle athée », déclare-t-il à un visiteur étonné de tant de simplicité.
Il recevait sans humeur, mais sans empressement, la visite des fonctionnaires impériaux. Quant aux cardinaux et aux évêques admis à faire leur cour, accueillis avec bonté, ils ne purent jamais obtenir un mot indiquant un fléchissement dans l'attitude du Saint-Père. C'est ainsi que, pendant six mois, s'écoulaient ses jours monotones.
Quand arrive décembre, la situation se modifie brusquement. Au lieu de la victoire, Napoléon n'a trouvé qu'un désastre dans les plaines glacées de la Russie. Il se rend compte du danger que fait courir sa brouille avec le Pape à la revanche qu'il médite. A tout prix, il doit satisfaire la conscience de l'empereur d'Autriche et des catholiques allemands, ses seuls alliés possibles. Quoiqu'il en coiite à son orgueil, et sans aller à Canossa, il lui faut faire les premiers pas.
Le 29 décembre, à l'occasion de la nouvelle année, il envoie à Fontainebleau un de ses officiers, porteur d'une lettre pour Pie VIL Au milieu des vœux et des compliments qui en sont le prétexte, il a glissé dans son message ces phrases significatives : « ... Le nouveau séjour de Votre Sainteté nous mettra à même de nous voir, et j'ai fort à cœur de lui dire que malgré les événements qui ont eu lieu, j'ai toujours conservé la même amitié pour sa personne. Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de finir tous les différends qui divisent l'État et l'Église... »
Le Pape, touché de la démarche et du style de cette lettre, envoya ses compliments par le cardinal Doria, son ancien nonce, un des quatre cardinaux résidant avec lui au château. Immédiatement, Napoléon chargea l'évêque de Nantes M. Duvoisin de porter à Fontainebleau un projet de traité. Il y était dit, entre autres choses, que le Pape et ses successeurs devraient, avant leur couronnement, jurer de ne rien faire, ni ordonner de contraire aux quatre propositions de l'Église gallicane, qu'ils n'auraient droit qu'à la nomination d'un tiers des membres du Sacré Collège, celle des deux autres tiers étant réservée aux chefs des États catholiques. Le Saint-Père devrait, en outre, par un bref spécial, condamner l'attitude de ceux des cardinaux qui s'étaient refusés à assister au second mariage de l'Empereur; il devrait résider à Paris où il pourrait recevoir les ministres des puissances étrangères qui jouiraient auprès de lui des immunités diplomatiques. Enfin, il lui serait attribué un revenu net de 2 millions sur ses anciens domaines aliénés.
C'était la mise en tutelle de la papauté. Pie VII fut consterné à la lecture de ces propositions, si éloignées de ce qu'il pouvait espérer. Les quatre cardinaux présents, les évêques admis à Fontainebleau, et jusqu'à l'aumônier Mgr Bertalozzi, par lassitude ou par faiblesse, engageaient le Saint-Père à céder. Ils ne le convainquirent pas, et ses angoisses furent extrêmes. Le 13 janvier, M. Duvoisin écrivait au ministre des cultes : a Le Pape est extrêmement agité. Il ne dort pas. Sa santé est altérée. En ce moment, je ne le crois pas en état de soutenir une discussion. Il n'a que très peu de confiance dans les personnes qui l'entourent. Il persiste à dire qu'il a le plus grand désir de satisfaire l'Empereur, mais que sa conscience ne lui permet pas de se promener seul, prisonnier et sans conseil. Cependant, il
me faut une réponse. J'épie le moment où je pourrai la lui demander sans lui causer trop d'émotion. » Napoléon comprit que le moment psychologique était venu. Une intervention personnelle de sa part aurait raison de ce vieillard désemparé.
Le 19 janvier, une chasse est indiquée à Grosbois. L'Empereur s'y rend; mais la partie terminée, au lieu de rentrera Paris, il gagne Melun, et de là, Fontainebleau.
Le soir était venu. Pie VII conversait avec ses commensaux habituels, en attendant l'heure du repos. Pénétrant brusquement dans le palais tranquille. Napoléon, sans être annoncé, se présente devant le Pape, court à lui, le baise au visage : San Padre, s'écrie-t-il. Mio figlio, réplique le Saint-Père, en répondant à cette étreinte. Et la soirée s'achève en un amical entretien.
Le lendemain, le Pontife rend au Souverain sa visite. Il est reçu dans le cabinet des petits appartements. Pendant deux heures, la conversation se poursuit. Les jours suivants, elle est reprise, sans qu'aucun témoin en ait pu suivre les phases. Chacun ensuite, au gré de sa passion ou de son intérêt, en imagina les détails. Mais l'histoire ne saurait admettre les prétendues voies de fait infligées par l'Empereur au Pape, ni les mots sarcastiques placés par Vigny dans la bouche de ces augustes personnages. Malgré leurs différends, ils avaient l'un pour l'autre de l'estime et même de l'affection. « Je lui ai des obligations, il m'a sacré, racontait plus tard l'Empereur exilé, c'est un agneau, un ange de douceur. » En ces tête-à-tête prolongés, l'aigle avait fasciné l'agneau. « J'ai arraché au Pape, par la seule force de ma conversation privée, ce fameux concordat de Fontainebleau », a déclaré encore Napoléon, sans s'apercevoir qu'il dénonçait ainsi lui même le vice de son œuvre. Lorsque, après cinq jours de discussions et de luttes, l'Empereur présenta à la signature de Pie VII son projet amendé, le Saint-Père était à bout de forces. Entouré des quatre cardinaux et des trois évêques qui formaient sa petite cour, il implorait leur conseil du regard, tout prêt à résister, s'il eût trouvé chez l'un d'entre eux l'encouragement d'un mot, ou tout au moins d'un geste. Baissant la tête et courbant les épaules, les prélats le poussèrent à la résignation. Il signa et Napoléon après lui.
II ne croyait d'ailleurs approuver que les préliminaires servant de
base à des négociations nouvelles, en vue d'un acte définitif.
Certes, de ce document, avaient disparu les clauses les plus humiliantes présentées tout d'abord par M. Duvoisin. Plus d'ingérence étrangère dans la nomination du Sacré Collège, plus de serment relatif au respect des libertés de l'Eglise gallicane. Mais ses États ne sont pas rendus au pontife ; mais on lui impose de donner dans les six mois l'institution canonique à tout prélat nommé par l'Empereur.
Le lendemain, Napoléon combla de cadeaux et d'honneurs les cardinaux présents et signa la mise en liberté de ceux qu'il tenait en prison et la grâce des exilés.
Mais Pie VII troublé était retombé dans une mélancolie profonde : il dut refuser le dîner auquel Napoléon l'avait convié et l'Empereur partit sans l'avoir revu.
Cependant, un à un, les cardinaux rendus à la liberté reprenaient le chemin de Fontainebleau. A mesure qu'il s'entretenait avec eux, le Pape s'adressait à lui-même les plus amers reproches. Ses scrupules allèrent jusqu'à rempêcher de célébrer la messe, et le palais tout entier présentait le spectacle d'une morne désolation. Le jour où son ancien ministre, le cardinal Pacca, arriva à Fontainebleau, il fut frappé de stupeur. Introduit dans la cour du Cheval-Blanc, il se mit à gravir l'escalier du Fer à Cheval, u Je n'aperçus, dit-il, rien autre qu'une sentinelle qui était en haut de l'escalier. Toutes les fenêtres et toutes les portes qui y correspondaient étaient fermées, et il régnait un tel silence qu'il me parut que j'entrais, non pas dans une maison royale, mais dans une autre prison d'État. » Ne rencontrant personne pour demander audience, il envoie son valet qui revient au bout d'un instant avec un serviteur du Pape. Ce dernier l'invite à entrer comme il est, en habit de voyage. Après avoir traversé plusieurs salles où il rencontra le cardinal Doriaet quelques évêques français, Pacca parvient à la chambre du Saint-Père. « Je fus singulièrement étonné, raconte-t-il, de le trouver si affligé, si pâle, si courbé, maigre, avec les yeux enfoncés et comme immobile. Il m'embrasse cependant et avec beaucoup de froideur, me dit qu'il ne m'attendait pas sitôt. Je lui répondis que j'avais hâté mon voyage, pour avoir la consolation de me jeter à ses pieds et lui témoigner mon admiration de la constance héroïque avec laquelle il avait souffert une si longue, une si dure prison.
« Alors plein de douleur il m'adresse ces propres paroles : « Mais à « la fin nous nous sommes traînés dans la fange... Ces cardinaux... « ils nous ont poussé vers la table et nous ont fait signer... » Puis, me prenant par la main, il me conduisit à la place où il s'asseyait, me fît mettre à ses côtés et après m'avoir fait quelques questions sur mon voyage, il ajouta : « Vous pouvez à présent vous retirer parce (( que c'est l'heure où viennent les évêques français. »
Le cardinal s'éloigna. Peu de temps après, l'aumônier Bertalozzi le vint chercher, en lui recommandant la plus extrême prudence dans ses propos, même en présence des domestiques du Pape. Introduitde nouveau, le cardinal Pacca trouva le Saint-Père dans un état de dépression physique et morale qui l'alarma pour ses jours. Les cardinaux di Pietro, Gabriellî et Litta, arrivés les premiers à Fontainebleau, n'avaient pu dissimuler au Pontife leur désapprobation. De là sa tristesse et cette douleur sans cesse renaissante qui l'empêchait de dormir et ne lui permettait de prendre de nourriture que ce qui l'empêchait de consentir à mourir. « De cela, dit-il au cardinal, je mourrai fou comme Clément XIV. — De tous les maux qui accablent l'Église, le plus funeste serait la mort de Votre Sainteté, lui fut-il répondu. Dans peu de jours, les cardinaux qui sont en France seront réunis ici. Avec leur conseil, nous trouverons un remède au mal. — Croyez-vous donc qu'on puisse y remédier? — Oui, très Saint-Père, à tous les maux, quand on le veut bien, il y a un remède. »
Le soir du même jour, 18 février, arrivait un autre ancien ministre de Pie VII, le cardinal Consalvi, l'heureux négociateur du premier concordat. Et vers la fin du mois, presque tous les cardinaux se trouvaient à Fontainebleau. La cour pontificale semblait reconstituée; le Pape avait consenti à descendre à la grande chapelle, à y célébrer les offices et à permettre aux habitants du pays de venir baiser sa mule ou recevoir sa bénédiction. Le commandant de gendarmerie Lagorsse qui, depuis Savone, gardait le Saint-Père, avait troqué son uniforme pour un habit de chambellan et pris le titre plus pompeux d'adjudant du Palais, dont le général comte de Saint-Sulpice avait été nommé gouverneur.
Mais sous ces apparences de calme, se cachaient des préparatifs de lutte. Le Pape avait prié les cardinaux de lui donner leur avis écrit sur les articles signés le 25 janvier et sur la conduite à tenir. Le
Sacré Collège était fort divisé. Les timides conseillaient d'accepter mais d'entamer une négociation afin d'obtenir l'adoucissement des dispositions les plus choquantes; les ardents, parmi lesquels se distinguaient les cardinaux di Pietro, Pacca et Gonsalvi, tenaient, au contraire, pour la rétractation immédiate de l'adhésion arrachée à
Pie VIL
Napoléon eut vent de ces conciliabules, et, pour brusquer le dénouement, rendit public le texte de ce qu'il appelait le Concordat de Fontainebleau. C'était aller trop vite, car l'acte, d'après ses termes mêmes, n'avait rien de définitif. L'Empereur ruinait ainsi, par avance, l'influence de ceux des prélats partisans d'une négociation à ouvrir, sur les bases des articles du 25 janvier.
D'accord avec la majorité du Sacré Collège, le Pape n'hésita plus à se rétracter. Aussitôt sa résolution prise, il recouvra le calme; la paix de sa conscience fit disparaître les troubles de sa santé. Avec mille précautions, il préparait le texte de sa déclaration. Tous les termes en étaient soigneusement pesés et la rédaction lui prit plusieurs journées. Il avait remarqué que, pendant sa messe, la police impériale fouillait dans ses papiers. Il en était de même pendant la nuit. Aussi, chaque jour, en quittant le Saint-Père, le cardinal Pacca emportait-il sur lui les dernières lignes écrites par le pontife. « Au moment où je traversais le château, muni de ces papiers, racontat-il plus tard, et tandis que je passais devant les sentinelles, la crainte d'être fouillé me mettait dans une telle agitation que j'étouffais de chaleur, malgré l'air glacial de la saison. »
Enfin, le 24 mars, après avoir mis en lieu sûr la minute autographe de sa rétractation, le Pape faisait appeler le commandant Lagorsse. 11 lui tendit une copie signée en le priant de la transmettre à l'Empereur. « Sire, y était-il dit, depuis le 25 janvier, jour où nous apposâmes notre seing aux articles qui devaient servir de base au traité définitif... les plus grands remords et le plus vif repentir n'ont cessé de déchirer notre âme... Notre conscience reconnaissant l'écrit mauvais, nous le confessons mauvais et, avec l'aide du Seigneur, nous désirons qu'il soit cassé tout à fait, afin qu'il n'en résulte aucun dommage pour l'Église, ni aucun préjudice pour notre âme. Tout en cédant au cri de notre conscience qui nous ordonne de faire cette déclaration à Votre Majesté, nous nous empressons de lui faire
connaître que nous désirons ardemment d'en venir à un accommodement définitif, dont les bases, fondamentales soient en harmonie avec nos devoirs... »
En recevant cette missive, Napoléon entra dans une violente colère et se répandit en menaces contre les conseillers du Pape. Mais il ne tarda pas à se ressaisir. A un membre du Conseil d'État qui le pressait de se déclarer lui-même chef de la religion catholique en France : « Non, répondit-il, ce serait casser les vitres. » Et il se décida à garder le silence sur la lettre de Pie VII qu'il se réservait, écrivait-il le jour même au ministre des cultes, « de pouvoir dire, selon les circonstances, avoir ou n'avoir pas reçue ».
Mais son ressentiment le poussait malgré tout à quelques représailles. Le cardinal di Pietro, l'inspirateur présumé de la rétractation, fut enlevé de Fontainebleau et interné à Auxonne. Les évêques français durent quitter le Pape et ne furent autorisés à correspondre avec lui que par l'intermédiaire d'un agent impérial. Personne autre que les cardinaux ne fut désormais admis à la messe pontificale. Lagorsse, redevenu de chambellan geôlier, fut chargé de signifier aux membres du Sacré Collège que puisqu'ils ne voulaient pas arranger les affaires de l'Église, « du moins ils ne troublassent pas celles de l'État ». Ils devaient se priver d'entretenir le Pape d'affaires, ne lui faire que des visites de pure convenance. « S'ils agissaient autrement, ils compromettraient leur liberté. »
Bien peu de jours après, le 15 avril, l'Empereur partait pour Mayence, où il allait se mettre à la tête de son armée d'Allemagne. A Fontainebleau, le palais avait repris son aspect de prison. Pie VII demeurait confiné dans ses appartements. Son temps se partageait entre les méditations religieuses, la lecture des Pères et des Conciles, et de fréquents entretiens avec les cardinaux. Sa simplicité excitait parfois les railleries de certains subalternes offusqués de l'avoir surpris réparant ses vêtements ou effaçant sur sa soutane blanche des traces de tabac. Un avenir voisin Fallait venger des railleurs comme des persécuteurs.
L'étoile de Napoléon semblait pâlir de jour en jour. L'Allemagne était perdue et la France allait être envahie. L'Empereur sentait qu'au moment prochain oii la paix lui serait imposée, les puissances exigeraient la restitution des États du Saint-Siège. Il lui en coûterait
moins de l'opérer directement, car, peut-être, en échange, obtiendrait-il du Pape certaines concessions précieuses à son amour-propre. Et c'est alors qu'il négocie pour amener le pontife à accepter de sa main presque tout ce dont il l'a voulu dépouiller par le prétendu concordat de Fontainebleau. Mais, comme il lui en coûte de se démasquer ! C'est une dame de l'Impératrice, Mme de Biignole, qui fait les premières tentatives à la fm de 1813. On lui répond que ni le temps ni le lieu ne sont favorables à la conclusion d'un nouveau traité. C'est plus tard l'archevêque de Bourges. Consalvi et Pacca se dérobent. Le Pape ne peut traiter, déclarent-ils, que dans un état de complète indépendance, a Le traité que nous ferions aujourd'hui, si avantageux qu'il fût, n'aurait pas ce caractère; il serait, pour les autres puissances, un prétexte de chicane et provoquerait leurs prétentions. Il vaut mieux l'ajourner à une époque plus favorable. L'Empereur alors sera satisfait de la justice et de la modération de la cour de Rome. »
Puis les événements se précipitent. Au commencement de janvier, le Rhin a été franchi ; Murât est avec les ennemis de la France et s'est emparé de la plus grande partie des États de l'Église. Napoléon fait une dernière tentative pour les restituer sans conditions à leur souverain légitime. « Il est possible que mes péchés me rendent indigne de revoir Rome, mais soyez sûr que mes successeurs recouvreront tous les États qui leur appartiennent » répond Pie VII à l'archevêque revenu à la charge.
Deux jours après, trois voitures delà cour pénétraient au château. L'ennemi avançait à grands pas, il venait d'occuper Dijon et l'Empereur ne voulait pas que le Pape lui dût la liberté. En attendant les événements, il avait résolu de le renvoyer à Savone. Mais une fois de plus, il le séparait de ses cardinaux. Seuls, le commandant Lagorsse et Mgr Bertalozzi le devaient accompagner.
Le matin du 23 janvier, après la messe, le Saint-Père se retira dans sa chambre à coucher, où il reçut tous les cardinaux présents à Fontainebleau. Son visage était serein, mais une vive émotion perçait à travers son langage : « Sur le point d'être séparé de vous, sans savoir même si Nous aurons la consolation de vous voir une seconde fois réunis autour de Nous, Nous avons voulu vous rassembler ici pour vous manifester nos intentions et nos sentiments...