CHAPITRE PREMIER
Si, dans l'élude que l'on va lire, nous ne sommes pas remonté plus haut que le xme siècle, ce n'est pas que la France ait manqué de chroniqueurs avant cette époque. Elle en a eu au contraire un très grand nombre, dont quelques-uns d'un réel mérite. Mais ils n'écrivaient qu'en latin et leurs œuvres, enfouies dans les monastères, n'étaient guère lues que de quelques gens d'Eglise. Ce n'est donc pas d'eux que la foule tenait — directement du moins — le peu qu'elle savait de notre passé. Du reste, après Grégoire de Tours, Frédégaire et ses continuateurs qui, dn sixième au huitième siècle, avaient retracé dans leur ensemble les destinées de la Gaule francrue,
l'histoire, grâce à la barbarie du temps, s'était pour ainsi dire éparpillée en monographies ou récits de peu d'étendue, consacrés à un lieu ou à une personnalité déterminée. On exposait, comme Eginhardet le moine de Saint-Gall, les guerres et le gouvernement de Charlemagne. on écrivait, en prose ou en vers, comme Nithard, Thégan, Y Astronome limousin, et Ermold le Noir, la vie agitée de Louis le Débonnaire ; on rédigeait dans certains couvents de sèches annales, comme celles de Saint-Bertin et de Saint-Arnoult- de-Metz ;lemoine Frodoard composait l'histoire détaillée de Y Eglise de Reims ; d'innombrables biographies de saints s'accumulaient dans les bibliothèques monastiques. A partir du xi° siècle, il est vrai, une sorte de renaissance littéraire devint sensible en France. Il en résulta des ouvrages plus considérables et d'un plus grand intérêt, comme la Chronique de Raoul Glaber et celle de Richer,comme les beaux livres de Guillaume de Jumièges et d'Orderic Yital sur les Normands, enfin comme la grande Histoire des Croisades par Guillaume de Tyr. Dans le même temps des compilateurs patients cherchaient à réunir en un seul corps, pour les mettre à la portée de tous, les éléments de notre histoire nationale, épars dans cent dépôts divers. Ce travail, ébauché par Aimoin vers l'an 1000, était repris avec plus
d'ampleur et de succès en 1165 et en 1205 par deux auteurs anonymes, dont le premier était un moine de Saint-Germain-des-Prés. Mais si de pareils livres pouvaient intéresser les quelques milliers de clercs qui savaient le latin, ils étaient ignorés du public, qui, depuis bien longtemps, ne parlait et n'entendait plus cette langue. La France au xne siècle n'était pas moins qu'aujourd'hui curieuse de son histoire. Mais elle ne lisait pas les manuscrits des moines, et si elle célébrait chaque jour son passé, c'était dans l'idiome vulgaire qu'elle s'était fait elle-même, dans ce français encore naïf et gauche, mais si clair et si vif, qu'écrivaient les trouvères et que chantaient les ménestrels.
La grande majorité de nos aïeux ne savaient d'histoire, à cette époque, que ce que leur en apprenaient les Chansons de gestes. C'était peu, mais cela leur suffit tant qu'ils purent croire que dans les poèmes la part de la fable n'excédait pas celle des traditions nationales. Quand ils n'y trouvèrent plus que des fictions, ils demandèrent la vérité à des récits plus froids, moins dramatiques, mais plus fidèles. C'est alors que naquit la Chronique en langue vulgaire.
Les Chansons de gestes (1) sont des épopées fran-
(1) Le mot geste signifiait d'abord actions ou exploits des héros ou d'une lamilli j plus tard on l'appliqua aussi à la famille dont on
çaises retraçant avec plus ou moins d'ampleur et d'éclat les exploits de certains héros alors très populaires dans la société féodale. C'est vers la fin du onzième siècle et dans la première moitié du douzième que ce genre littéraire atteignit en France à son apogée. — A quelle époque prit-il naissance? Il est impossible de le dire. Dès l'antiquité, les bardes gaulois célébraient par des chants, dans les fêtes publiques ou privées, la gloire de leur nation. Celte coutume, modifiée par le christianisme et par l'établissement des Barbares en Gaule, n'avait pas disparu. Des harpeurs bretons colportaient encore auvieet au vne siècle de vieilles traditions celtiques. Les Germains avaient, d'autre part, apporté dans notre pays ces légendes guerrières que leurs scaldes ou poètes leur chantaient d'ordinaire dans les festins ou dans les combats. Ils en avaient réuni d« nouvelles. Charlemagne, au dire d'Eginhard, en fit faire un recueil, qui était comme l'histoire populaire de la nation franque. — Sous les Mérovingiens et même sous les Carlovingiens, les rois et les grands avaient souvent à leur service des chantres dont le répertoire comprenait un plus ou moins grand nom-
célébrait les hauts faits. On disait, par exemple, là geste de Charlemagne ou de Doon de Mayence, pour la famille de Charlemagne ou de Doon de Mayence.
bre de ces récits. L'Eglise, d'autre part, concourait, elle aussi, à la propagation des souvenirs historiques par des légendes religieuses que le peuple répétait parfois en dansant, comme celle de saint Faron, composée vers 622. Instinctivement la nation, surtout lorsqu'elle eut une langue à elle, c'est-à-dire à partir du neuvième siècle, prit l'habitude de célébrer par de petites pièces rythmées tous les événements qui faisaient sur elle quelque impression. Ces compositions, appelées cantilènes, avaient pour sujet une bataille, un miracle, la vie ou la mort d'un roi, d'un évêque, d'un saint. C'est sous cette forme brève et facile qu'on chantait, dès le ixe siècle, les exploits de Roland et de Charlemagne. Peu à peu, les cantilènes se multipliant et surtout s'allongeant, il devint plus malaisé de les retenir. Les trouvères, c'est-àdire les auteurs, non contents de les transformer en poèmes d'une certaine étendue, les rapprochèrent les uns des autres, s'ingénièrent à établir entre elles une certaine connexion et à faire de ces épisodes épars un récit continu, véritablement épique. Puis, recueillant eux-mêmes des traditions encore non écrites, ils firent de toutes pièces des épopées. Ces Chansons de gestes, parfois ils les chantaient et les colportaient eux-mêmes. Mais plus souvent ils les vendaient aux jongleurs ou ménestrels, sortes de
bateleurs musiciens, qui les apprenaient par cœur et s'en faisaient un gagne-pain. C'est en plein air, sur les places publiques, que ces coureurs de pays faisaient souvent entendre leurs laisses (ou couplets) en s'accompagnant de la vielle ou d'un instrument alors très populaire et nommé cymphonie. Mais ils préféraient chanter dans les châteaux, où leur arrivée était saluée comme une fête et où ils faisaient de meilleures recettes. Le monde féodal, dont ils célébraient les exploits, les recherchait et les payait bien. Les jongleurs étaient de tous les tournois, de tous les mariages. Souvent ils entraient au service des seigneurs, les accompagnaient à la guerre et, au moment du combat, relevaient les courages par quelque chant approprié à la circonstance. Certains d'entre eux étaient même de braves hommes d'armes et ne se contentaient pas d'exciter les autres à bien faire. Tel ce Taillefer, qui marchait en tête de l'armée normande à la bataille de Hastings, et qui supplia qu'on lui permît de frapper le premier coup.
Taillefer qui mult bien cantoit, Sur un ce val ki tost al loi t Devant le duc alloit cantant De Karlemaine et de Rollant Et d'Olivier et des vassaux Ki morurent à Renchevaux...
Jo vos ai lungement servi...
Otreiez mei, ke jo n'i faille,
Le primier colp de la bataille.
Et li dus respont : Je l'otrei... (1),
Traduction. « Taillefer, qui très bien chantait, — Sur un cheval qui vite allait — Devant le duc allait chantant — De Gharlemagne et de Roland. — Et d'Olivier et des vassaux — Qui moururent à Roncevaux... — Je vous ai longuement servi (dit-il)... — Octroyez-moi, que je n'y manque — Le premier coup de la bataille. — Et le duc répond : Je l'octroie... »
Il ressort de ce passage que, dès 1066, l'épopée de Roland était déjà populaire. Peut-être même, ainsi que certaines autres (comme celle de Raoul de Cambrai), .l'était-elle depuis longtemps. Mais nous n'avons point ces poèmes sous leur forme primitive. La Chanson de Roland, telle que nous la possédons, est le plus ancien texte de Chanson de geste que nous ayons. Elle date vraisemblablement des dernières années du xi° siècle. A partir de cette époque, les épopées françaises se multiplient rapidement et forment bientôt plusieurs cycles ou grou pes, dont chacun a pour centre ou sujet principal un héros ou une famille de héros. Charlemagne, dont le souvenir est alors si vivaceet dont le nom revient sans cesse sous la plume des trouvères, a
(1) Robert Wace, Roman de Rou, vers 13, 149.
donné lieu au plus célèbre, qu'on appelle le Cycle du roi, et où, à côté de la Chanson de Roland, on trouve Aspremont, Fierabras, Gui de Bourgogne et autres poèmes non moins célèbres. Certains de ses lieutenants, personnages à moitié fabuleux, comme Garin de Montglane et Doon de Mayence, ont également le leur. Les épopées comprises dans ces différentes catégories sont généralement l'expression d'un sentiment très vif d'admiration pour le grand empereur. Elles ont un caractère monarchique qu'on ne trouve pas dans d'autres cycles, comme celui des Lorrains [Garin le Loherain, Gilbert de Metz, etc.), celui du Nord (Raoul de Cambrai, etc.) ou celui deBourgogne (Girart de Roussillon, etc.), où éclatent au contraire la rudesse et l'orgueil anarchique du monde féodal. Partout se fait remarquer un sentiment religieux et chrétien dont l'explosion et la puissance sont surtout sensibles dans les chansons de gestes qu'inspira, au xne siècle, le souvenir de la première croisade (La Chanson d'Antioche, Jérusalem, etc.) (1).
Nous n'avons pas à nous étendre sur cette littérature si riche, si touffue, si grandiose. Nous n'avons à
(1) Voir sur cette question des Chansons de gestes, le bel ouvrage de M. Léon Gautier (£<?■* Épopées françaises, Paris, 1865-1868, 3 vol. in-8°), et surtout le premier volume.
nous attacher ici qu'aux éléments historiques qu'elle renferme. Nous y trouvons la peinture fidèle et vivante d'un âge de fer où la force brutale s'épanouissait naïvement, sans autre correctif que la foi chrétienne ou que le sentiment naissant de l'honneur chevaleresque. Les contemporains, eux, y cherchaient surtout des traditions nationales et religieuses, des souvenirs de combats et de gloire. Ces chants leur rappelaient un passé tout voisin de leur génération, les haines séculaires des grandes familles, les invasions normandes, le duel déjà commencé de la France et de l'Allemagne, par-dessus tout le choc sans cesse renouvelé du monde chrétien et du monde musulman. Ce dernier sujet inspirait à nos aïeux une insatiable curiosité. Aussi n'était-il pas d'épopées plus populaires que celles qui célébraient les défaites des Sarrasins, vraies ou imaginaires. On s'embarrassait peu, il est vrai, à cet égard comme à d'autres, de l'exactitude chronologique ou des légitimes exigences de la géographie. La mémoire des anciennes guerres s'altérait et se transformait d'âge en âge. Chaque trouvère ajoutait au peu qui restait de la vérité une fable nouvelle. On faisait , par exemple, guerroyer Charlemagne à Jérusalem. Mais les auditeurs des chansons n'étaient pas grands clercs et s'accommodaient de légendes plus controuvées en-
core, pourvu qu'on les entretînt de leurs héros de prédilection (1).
Il est bon de remarquer toutefois que -ce public naïf n'y mettait pas de complaisance. S'il accordait sa faveur aux plus invraisemblables fictions, c'est parce qu'il les prenait pour la vérité. Et les trouvères, ainsi que les jongleurs, le savaient bien. Aussi ne manquaient-ils guère, au début de leurs récits les plus fabuleux, d'affirmer que c'était là de l'histoire, et de l'histoire toute pure. Plus le poète avait inventé, plus il cherchait à s'assurer le bénéfice de la véracité. Son récit venait, disait-il, en droite ligne, des archives de tel couvent, des manuscrits vénérables de Saint-Denis, par exemple. Il allait parfois jusqu'à nommer le moine qui, par bonté d'âme ou par corruption, lui avait communiqué le précieux parchemin. Et généralement il n'y avait ni parchemin ni moine que dans sa féconde imagination.
Tant que les fictions épiques ne s'élevèrent pas jusqu'au surnaturel, on les tint pour croyables et on les accepta sans peine. Mais, sous l'influence d'une littérature nouvelle, qui naquit vers le milieu du
(1) Pour l'analyse détaillée des principales Chansons de pestes, voir Léon Gautier, Les Epopées françaises, t. il et III, et l' Histoire littéraire de la France (commencée par les Bénédictins, continuée par des membres de l'Institut), t. xxn.
douzième siècle et qui acquit en peu de temps une vogue extraordinaire, elles tournèrent bientôt au merveilleux et perdirent jusqu'à l'apparence de l'histoire. C'est à cette époque que les légendes celtiques du pays de Galles et de la Bretagne, popularisées en France par certains chroniqueurs au service des Plantagenets (1), donnèrent naissance aux poèmes d'aventures connus sous le nom générique de Romans de la Table ronde. Le roi Artus, Lancelot, Tristan, Perceval (2) se firent pardonner en France leur origine étrangère par la singularité de leurs exploits ou de leurs malheurs. Les fées, les magiciens envahirent la poésie. On ne vit plus que grottes enchantées, que monstres bizarres, que héros surhumains. L'amour devint sentimental, passionné, mystique, ce qu'il n'était guère dans les Chansons de gestes. Il tint la première place dans les récits des poètes, qui, précédemment, ne s'attachaient qu'à conter des ba-
(1) Famille française, qui ne possédait d'abord que l'Anjou, le Maine et la Touraine, mais qui acquit, vers le milieu du xn° siècle, la Normandie, l'Angleterre et l'Aquitaine. Le français demeura longtemps la langue de ces princes et celle de leur cour. — C'est surtout grâce aux Plantagenets que s'établirent entre le Nord et le Midi de la France d'une part, entre la France et les îles britanniques de l'autre, lesrapports littéraires d'où résulta la transformation que nous signalons ici. L'influence des croisades (c'est-à-dire de l'Orient), qui devient très sensible à la même époque, a contribué aussi beaucoup à l'introduction du merveilleux dans la poésie française.
(2) Ce sont les héros les plus célèbres de ces romans.
tailles. Aussi, à partir de Chrestien de Troyes, qui écrivait vers 1180 et qui fut le propagateur le plus autorisé du nouveau genre, l'épopée française changea-t-elle peu à peu de caractère. On fit encore des Chansons de gestes pendant tout le treizième siècle. On en fit même au quatorzième. Mais on y mêla tant d'intrigues et de fictions extraordinaires que la foi la plus robuste ne pouvait plus les prendre pour de l'histoire.
Il faut ajouter que, dans le même temps, l'antiquité grecque et romaine, mal connue et mal comprise, donna naissance à tout un cycle poétique dont l'influence ne fut pas sans altérer le caractère de la vieille épopée française. La matière de Rome la grant (comme on appelait parfois l'histoire ancienne) fut exploitée par d'infatigables rimeurs, qui la travestirent ou l'enjolivèrent à plaisir. Benoît de Sainte-More, qui écrivit, avant la fin du douzième siècle, un Romande Troie en trente mille vers, parle des églises qui remplissaient cette ville, transforme les héros grecs en barons et fait du devin Calchas un évêque. Lambert le Court, qui composa un Alexandre, flanquait ce roi de douze pairs, comme Charlemagne, et le faisait mourir avec le regret de n'avoir pu soumettre la France, l'Ecosse, l'Irlande, dont il léguait la conquête à ses lieutenants. D'autres con-
taient les hauts faits de Francion, fils d'Hector et père de la nation franque, titre que personne alors ne lui contestait. Brutus était présenté au public comme le premier ancêtre des Bretons.
On peut se figurer ce que l'imagination d'un trouvère, servie par de telles notions d'histoire grecque ou romaine, pouvait faire du personnage de Charlemagne ou de celui de Roland, au commencement du xme siècle (1).
On n'a donc pas de peine à comprendre que, la poésie ne vivant plus guère que d'inventions, le public lui ait relire la confiance aveugle qu'il avait eue si longtemps en elle et soit allé puiser à d'autres sources la vérité dont il était avide. Aussi est-ce à cette époque que la langue vulgaire s'est essayée en France à des ouvrages exclusivement historiques. Tout d'abord, et vu l'habitude, que la foule ne pouvait perdre en un jour, de n'écouter que des récits rimes, les chroniqueurs écrivirent leurs narrations en vers. Mais il est fort probable que dès ce temps ils s'abstinrent de les chanter. C'était des poèmes de plusieurs milliers de vers, consacrés à un événement récent, comme celui de la Conquête de
(1) Voir, sur les Bomansde la Table Ronde et sur le cycle de 1 antiquité, Aubertin, Histoire de la langue de la littérature française, 1. 1.
l'Irlande par Henri II (écrit peu après 1172), ou à l'histoire d'un personnage célèbre, comme la Vie de saint Thomas le Martir (1) par Garnier de Pont-Saint- Maxence. C'étaient aussi de grandes compilations, affectant la forme d'histoires générales, et où l'auteur rapportait sans les critiquer, mais sans chercher à les enjoliver, les traditions et les légendes de son pays. C'est ainsi que Robert Wace, archidiacre de Caen, retraça vers 1155, en quinze mille vers octosyllabiques, l'histoire des rois Anglo-Saxons, qu'il publia sous le titre de Brut, et donna, cinq ans plus tard, sous celui de Rou, une Chronique des ducs de Normandie encore plus étendue. Ce dernier sujet fut aussi traité, en quarante-quatre mille vers, par Benoît de Sainte-More, vers la fin du siècle. Longtemps encore de consciencieux mais plats rimeurs devaient s'efforcer de donner à l'histoire les apparences de la poésie. Mais le bon sens populaire devait peu à peu faire justice de cette habitude surannée.
A quelle époque fut écrite la première chronique en prose française ? C'est ce qu'il est impossible de dire au juste. Divers poèmes romans avaient déjà été
(1) Thomas Becket, célèbre archevêque de Cantorbéry, assassiné dans son église, en 1170, à la suite d'une longue querelle avec le roi d'Angleterre Henri II.
traduits en cet idiome commode et courant avant la fin du douzième siècle. On peut donc supposer que dans le môme temps quelques auteurs hasardaient de composer des récits historiques sans le secours de la rime. Le comte de Flandre, Baudouin, dont nous parlerons un peu plus loin, avait, paraît-il, avant son départ pour la croisade (qui eut lieu en 1202), fait rédiger en prose une grande compilation, sorte d'histoire universelle partant de la création du monde et s'étendant jusqu'à son époque. Mais nous n'avons plus le texte de cet ouvrage. Pour nous donc, en dehors des rhapsodies citées plus haut, ouvrages dont la valeur historique est contestable et dont le mérite littéraire n'est pas fort grand, la première chronique française que nous ayons à signaler est le chef-d'œuvre de Villehardouin. Nous demandons au lecteur la permission de nous arrêter un peu longuement sur ce nom et sur ce livre.