‹ Les ChroniqueursChapitre 5 sur 19 · DE J0INV1LLE A FROISSART · texte numérisé non relu

DE J0INV1LLE A FROISSART

cinq mille vers. C'étaient des souvenirs tout chauds encore pour les contemporains, et de pareils récits ne pouvaient manquer de les passionner.

Nous ne citerons que pour mémoire quelques poèmes de circonstance, tels que celui de Guillaume de la Pérenne sur l'expédition des Bretons en Italie (1378), ou le Dit contre l'ancien prévôt de Paris, Hugues Aubriot (1381). L'intérêt de ces pièces, fort grand pour les contemporains, est pour nous très médiocre. Nous n'en dirons pas autant de la longue chronique rimée qui a popularisé,, dès la fin du.xiv6 siècle, la mémoire de du Guesclin et qui, après avoir inspiré tous les historiens du héros breton, a été, de nos jours, tirée de la poussière et publiée sous sa forme originale (1). C'est une sorte de chanson de geste, qui comprend près de vingt-trois mille vers et dont l'auteur a conté, non sans inexactitude, ni sans mélange de fables, mais avec une vivacité singulière, l'enfance, la jeunesse, les exploits du grand connétable. Ce mauvais sujet,

Camus et noir, malotru et massant, le plus laid, dit l'auteur , qu'il y eût de Rennes à Dinan, devint, d'enfant querelleur, soldat d'aventures, puis s'attacha pour la vie au roi de France et, en vingt ans de guerre, délivra le royaume des Grandes Compagnies qui le pillaient et des Anglais qui l'opprimaient. Le trouvère Cuvelier, qui le chanta presque au lendemain de sa mort (vers 1381), a rendu immortel ce du Guesclin légendaire, fait de rudesse et

(1) Par M. Charrièro (Paris, 1839, 2 vol. in-l° de la collection des Documents inédits sur l'histoire de France).

de bonhomie, de finesse et de loyauté, de vaillance et de ruse, au demeurant une des plus glorieuses incarnations du patriotisme français (1).

Si de la poésie nous passons à la prose, nous trouvons sans doute un assez grand nombre d'ouvrages consacrés à l'histoire de notre pays ou de certaines de ses provinces. Mais il en est peu, à vrai dire, qui méritent aujourd'hui d'être cités et surtout d'être lus. C'est seulement sous l'impression des guerres anglaises, dans la seconde moitié du siècle, que le génie de nos narrateurs s'élève et que certains d'entre eux nous font pressentir Froissart.

Soit par l'effet des communications devenues plus faciles, soit pour toute autre cause, les chroniques purement provinciales ou locales élargissent leur cadre et tendent à se confondre avec l'histoire générale de la France, parfois même avec celle de tous les grands Etats de l'Occident.

Parmi les histoires régionales de cette époque, nous citerons surtout, à côté des Anciennes Chroniques de Flandre (compilation anonyme, qui s'étend de 1244 à 1328) (2), la chronique de Jean des Prez, dit d'Outrpmeuse, récemment mise en lumière et qui, malgré sa lourdeur et sa diffusion, ne manque ni d'intérêt ni de valeur littéraire. L'auteur de ce dernier ouvrage vivait entre 1348 et 1400. Il s'est proposé de retracer la vie des évêques de Liège, sa

(1) Nous devons signaler, à côté de son poème, celui de son contemporain, Guillaume de Saint-André, qui en comble certaines lacunes et expose en détail les longues guerres de Bretagne. {Le Livre du bon Jehan duc de Jiretaigne.)

(2) Publiée dans let. XXII du Recueil des historiens de France.

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