‹ Les ChroniqueursChapitre 6 sur 19 · DE J0INV1LLE A FROISSART · texte numérisé non relu

DE J0INV1LLE A FROISSART

ville natale. Il l'a fait longuement, trop longuement, remontant à la création du monde, ou tout au moins au déluge, ne nous faisant grâce ni de Sémiramis qui fut une moult vaillante dame, ni de l'empire romain, ni des chefs barbares qui le détruisirent. Son récit, poursuivi jusqu'à l'année 1399, comprend, à certains endroits, non seulement l'histoire des provinces belges, mais celles de la France, de l'Allemagne, du Saint-Siège et des croisades. Il nous fait connaître, avec une autorité particulière, les événements les plus importants du xme et du xive siècle.

En ce qui concerne spécialement la France, nous ne ferons qu'indiquer divers fragments, assez étendus, mais fort insipides, où sont racontés les faits relatifs à ce royaume, de 4251 à 1384. On peut les lire dans les t. XXI et XXII du Recueil des historiens de France. Nous ne nous arrêterons pas non plus à la brève et sèche Chronique attribuée à Jean Desnouelles, abbé de Saint-Vincent de Beauvais, et qui ne dépasse pas l'année 1328. Mais nous devons une mention moins sommaire aux Grandes Chroniques de France, dont nous avons fait connaître les origines et qui furent continuées soigneusement pendant tout le xiv° siècle et au delà. Les moines de Saint-Denis, qui les avaient commencées sous Philippe le Hardi, les augmentèrent d'âge en âge. Au récit primitif, continué d'abord jusqu'à Philippe le Bel, ils ajoutèrent l'histoire de ce prince, puis celle de ses premiers successeurs. Jusqu'en 1340, il est vrai, ilsne firent guère que traduire les continua-

tcurs de Guillaume de Nangis (1). Mais, à partir de cette époque, les Grandes Chroniques devinrent une œuvre originale, rédigée en français, de première main, par des contemporains, au fureta mesure des événements. Bientôt même ce recueil, qui jouissait d'une grande autorité dans tout le royaume, prit le caractère d'une histoire officielle. Les rois donnèrent à des laïques, généralement à leurs conseillers les plus intimes (comme le chancelier d'Orgemont, sous Charles Y), mission de la continuer, et c'est ainsi que ces annales furent poursuivies jusqu'au temps de Louis XI. Mais il est superflu de faire remarquer que ce que l'œuvre gagna en correction, en régularité, en précision, elle le perdit en vivacité et surtout en sincérité (2).

La réserve toute diplomatique des historiographes royaux fait ressortir la franchise et l'abandon de certains chroniqueurs ignorés jusqu'à nos jours et dont les ouvrages, imprimés depuis peu d'années, jettent une lumière nouvelle sur bien des événements mal connus du xive siècle. Au premier rang de ces écrivains libres et non sans mérite, nous devons placer l'auteur anonyme d'un récit qui s'étend de 1327 à 1393, et qu'un savant paléographe, M. Siméon Luce, a publié en 1862 sous ce titre : Chronique des quatre premiers Valois. C'était, à ce que l'on croit, un prêtre de Rouen, très attaché

(1) Dont ils se bornaient à compléter la narration, çà et là, par quelques épisodes, comme le procès d'Enguerrand de Marigny.

(2) La quatrième rédaction des Grandes Chroniques, s'étendant jusqu'en 1380, a été publiée par Paulin Paris (1836-1838, G vol. in-12)

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