‹ Les cinq mille piastres de M. Mercier! [microforme]Chapitre 3 sur 6 · SS10N · texte numérisé non relu

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M. Mercier, malgré ses déclarations et ses dénégations accepte les cinq mille piastres. Ensuite il à honte et

renie tout, mais it est oblige de tout admettre sous :

serment devant la Commission,

Nous eutrons dans la phase critique.

L'honneur professionnel chez un avocat est chose sacrée surtout chez celui, revêtu du titre éminemment honorable de Conseïl de la Reine, I faut que l'avocat, cet homme dont le noble ministère s'exerce flans les circonstances les plus solennelles de la vie, ce confident du maiheur des pauvres et souvent des plus grands chagrins domestiques, ce bras droit de ceux qui demandent la protection des lois, il faut que Pavocat, disons-nous, soit non seulement un homme de conseil, de talent, mais encore et surtont, fâut-il qu'il soit probe, honnète et bon. La cause qu'il conduit, ce n’est pas sa propriété, c’est celle des autres, c’est toute une fortune souvent et il en doit un compte sévère à ceux qui la lui ont confiée.

Voilà pour les causes ordinaires, celles où des intérêts particuliers seulement sont en jeu. Mais s'agit:l, de près ou de loin, d’interûts pu blics, alors le cadre n’est plus aussi restreint, l'horizon s’élargit : tout un comté, toute une province souvent, suivent de près le litige qui est le leur, et c'est alors qu'il faut, non seulement suivre la ligne droite, mais encore agir de manière à donner au peuple l'exemple du respect des lois, lui faire comprendre, par une conduite au-dessus de tout soupçon, que les tribunaux et ceux qui s'y présentent en personne sont un asile sûr pour les intérêts sacrés qui s’y discutent et dont ils ont la garde souveraine.

Les contestations d'élections tombent, croyons-nous, dans cette dernière catégorie. Celui qui s’en charge doit les pousser jusqu'au bout, dut-il avoir contre lui tout Le parti conservateur et tout le parti libcral en cette province.

Il doit mépriser les menaces, les promesses et les offres superbes qui lui seraient faites pour l'arréter ; ü doit élre parfaitement décidé d'aller Jusqu'au bout sans regarder aux résultats que pourrait avoir pour lu cette altitude—en un mot, agir sans passion comme aussi sans faiblesse sans crainte et sans faveur.

“4 M. Mercier le comprenait bien ce devoir sacré ; il l'exposait dans le Star tel que nous le comprenons nous-mêmes. Il ne peut donc pas plaider ignorance, et s’il n’a pas mis en applications ces principes recon-

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nus, c’est donc qu'il n'a pas jugé à propos de le faire, Il devraiten être d'autant plus responsable,

Maintenant quels sont les faits? Nous avons vu la prémière partie de l'accusation du député de Chambly, voici la seconde :

# Que, de fait, le ou vers le 5 mai 1883, le dit Houoré Mercier a demandé et accepté une somme de cinq mille piastres, moyennant laquelle il s'engagea à discontinuer Îles procédures instituées à son instigation, pour conduire à la déqualification de l'honorable Joseph-Alfre4 Mousseau ; :

“ Que ces cinq mille piastres ont été payées au dit Honoré Mercier, membre de cette chambre, dans les premiers jours du mois de mai 1883, et qu'immédiatement après la réception de cette somme de cinq mille piastres, les procédures en déqualification contre l'honorable J.-A. Mousseau furent abandonnées et retirées parles soins du dit Honoré Mercier.

Voilà une accusation nette, précise. M. le docteur Martel la-tl prouvée ? Voyons d’abord ce que dit M. Mercier lui-même lorsqu'on l’examine comme temoin :

Q. Avez-vous reçu nne somme de cinq mille piastres pour un motif ou pour un autre ?

R. J'ai reçu cinq mulle piastres pour payer mes frais légitimes, tant en déboursés de toute espèce qu’en honoraires, dans la dite contestation de Jacques-Cartier, après quil eût été entendu que l'élection serait annulée. Je n'avais jamais promis autre chose que de faire annuler l'élection. Je savais que je pouvais la faire annuler, je l’ai fait annuler et j'ai reçu de M. Benjamin Trudel, une somme de cing mille piastres pour payer tous les frais de la contestation, frais taxables, déboursés personnels et honoraires.

Q. Vous rappelez-vous quand vous avez reçu cette somme-là ?

R. Le samedi matin, ciug mai, mil huit cent quatre-vingt-trois, en différentes sommes, dans le cours de la journée, j'ai payé tous les témoins moi-même, tous les déboursés de la cour, et mes déboursés seuls, en rapport avec cette contestation, directement ou indirectement, dépassaient la somme de quinze eents piastres ($1,500) ?

Q. Veuillez dire quel jour de la semaine il a été question pour la première fois des cinq mille piastres.

R. Mon souvenir est que c’est le jeudi ou le vendredi, quatre ou cinq mai, je ne pourrais préciser, Ça c'est fait dans deux ou trois jours de temps; ça doit être un de cts jours-là ....... ER NN AE NE NN NOR NE EEE NN EE NE I TON I AO PU A MO I OO

C'était le vendredi ou le samedi, pas le jeudi.

Donc pas de doute sur un point. Les $5,000 ont été payées. Que représentaient ces $5,000 ?

Laissons encore parler M. Mercier.

“ Veuillez donner à la commission, le détail de l'emploi des cinq mille piastres ?

R. Je parle de mémoire, n'ayant pas mes notes devant moi; je ne pourrai donc pas préciser, ce que j'aurais pu faire dyant mes notes.

Les déboursés en rapport avec cette affaire, que j'avais faits ou que je devais faire, s'élevaient à au-delà de quinze cents piastres, (81,500), y compris les sténographes qui, à eux seuls, m'ont coûté deux cents cinquante piastras ($250), pour quatre ou cinq jours d'enquête ; y compris aussi les déboursés faits tant en cour que hors de cour, dépenses faites pour obtenir les informations nécessaires à établir le bill de particularités, charretiers, frais de voyage, etc.

Maintenant, deux cents piastres, (5200) à l'honorable M. Laflamme, comme conseil, comme je l'ai Qû hier; MM. Geoffrion, Riufret & Cie., quatre cents piastre (400) ;

Six cents piastres ($600( que j'ai promis pour compléter les mille piastres ($1,00

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que je devais donner sur les frais de M. Bernard, dans la contestation de Verchères, ce qui fait deux mille sept cents piastres (52,700) en tout.

Je ne garantis pas l'exactitude complète de tous les chiffres, mais si je me trompe, je ne me trompe que de fort peu de chose

Nous examinerous plus tard quel droit avait M. Mercier de prendre sur ces $5,000 les $400 de MM. Geoffrion, Rinfret et cie, el les 8400 pour M. Bernard de Verchères.

Qu'il nous suffise, pour le moment, de constater que M. Mercier, de sen propre aveu, avait seulement droit à 81500, et que le reste des 82,700 à été distribué à MM. Laflamme, Geoffrion, Rinfret, Bernard et Cie, tous gens nullement concernés dans la contestation pendante, Et quant à la différence entre 82,700 et les $5,000, sait 82,300 M. Mercier les a tout uniment mis dans sa poche. C’est encore lui qui nous l'apprend :

‘ Eu sus des frais, qu'une somme suffisante pour m'indemniser de mon trouble, de la peste de temps, ainsi que du risque que j'avais couru, fût mise à ma disposition.

Et plus loin: é

Le reste des ciuq mille piastres ($95,000) devait couvrir mes honoraires, perte de temps et autres indemnités auxquelles je prétends avoir droit pour une cause de cette importance. Uela ne fait que deux mille trois cents piastres ($2,300! environ.

Oui, seulement DEUX MILLE TROIS CENTS PIASTRES. C'est peu!!! Mais quand les années sont dures, é’est mieux que rien.

L'on voit que M. Mercier, qui est maintenant oblige d'admettre, plaide les circonstances atténuantes. Un jour, cependant, il avait écrit dans son journal le Temps en s'adressant à la Minerve :

‘ Qui a payé les 85,000 à M. Mercier ?

‘* Où les $5,000 ont-elles été données à M. Mercier ?

‘ Quand les 85,000 ont-elles été doñnées à M. Mercier ? ”

M. Mercier niait donc alors. Et avec quelie audace il défait ses adversaires de le confondre ? Cependant, amère dérision du sort, c'est le mème M. Mercier qui, sous serment, vient lui-même répondre à ses propres questions.

[il avait demandé :

Qui a payé les 85,000 à M. Mercier ?

Et Ini-même répond dans son propre témoignage :

J'ai reçu les 85,000 de M. Benjamin Trudel.

Il voulait savoir :

Quand les 85,000 avaient été données à . Mercier.

Et il se répond à lui-même sous serment :

‘Le samedi matin cinq mai mil huit cent quatre-vingttrois, mon souvenir est que c’est le jeudi ou le vendredi, quatre ou cinq mai... AE RE RES RC PARU EE true des

A-t-oùu jamais vu un homme's’appliquer à lui-même un aussi rude soufllet ?

Que l’on veuille bien remarquer que M. Benjamin Trudel n’a pas encore parlé. Non pas un mot, pas une phrase, il n’a rien dit! M. Mercier se meurtrit lui-même et lui seul se dévoile.

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