SCÈNE II
LE MARQUIS, LOUISON, entrant par le fondà droite. LORRAIN et DUBOIS, dans le fond à gauche.
LE MARQUIS, aux domestiques,
Laissez-nous. [Les domestiques sortent.) Je te disais donc, . Louison, que dans trois mois, c’était la fête de mademoiselle de Canilly.
LOUISON
Et moi, je te répondais, monsieur le marquis, que je n’avais pas le temps d’écouter. J’ai dit à monsieur le comte de se trouver ici à dix heures; il est dix heures. . . il va venir. .. tu ne m’importunes pas, mais tu me gênes.
LE MARQUIS
Je n’ai qu’un simple conseil à te demander, ma belle Louison. Tu sais que Louis XIV...
LOUISON
Ah ! tu vas recommencer ! Est-ce que tu te crois décidément un Louis XIV?... Quel est ce conseil?
LE MARQUIS
Je veux faire un cadeau, niais un cadeau fastueux, magniflque, à mademoiselle de Canilly pour le jour de sa fêle, le jour de Sainte-Marie, et je ne sais, en vérité, que lui donner. Je voudrais lui offrir quelque chose... quelque chose...
C'est cela ; offre-lui quelque chose.
LE MARQUIS
Quelque chose qui ne ressemblât pas â ce que mon frère le Commandeur compte lui donner.
LOUISON
Sois tranquille de ce côté. Ce n’est pas avec ses quinze cents livres de revenu que ton frère le Commandeur lui achètera des châteaux, des palais.
LE MARQUIS
Taudis que moi...
LOUISON
Tandis que toi qui es venu au monde le premier, tu as tout, monsieur l’atné! L’un tout, l’autre rien! C’est joli I
LB HAHQUIS.
Si j’offrais à mademoiselle de Cauilly, le jour de sa fêle, douze robes en velours cramoisi?
Tu la prends donc pour un fauteuil? Est-ce qu’on offre des robes aux demoiselles?
LB MARQUIS
Puisqu’elles en portent... je croyais.. Ahl. j’ai une autre idée... elle est triomphante!.. Tu m’as parlé toutà l’heure de château... Je lui donnerai un château... C’est Louis XIV.
LOUISON
Un château de cartes?
LE MARQUIS
Comme celui de Versailles... Bosquets, pièces d’eau, statues... Avec trois millions de revenus, on peut jeter un million...
LOUISON
Ah çâ I mais si tu dois faire bâtir ce château, tu comptes donc le lui donner trente ans après sa fête 7
LE MARQUIS
Bassure-toi : j’en ai un en vue ; celui des anciens comtes de Bethel est à vendre, je l’acheterai ; je me bornerai â le meubler comme Versailles, et puis...
LOUISON
Et puis Marie ne l’acceptera pas. Pour qui nous prends-tu? Tu oublies à qui tu parles? J’ai nourri Louis XV... C'est aux courtisanes qu’on offre des châteaux... les filles honnêtes les acceptent... en mariage.
LE MARQUIS
Il faut cependant que j’offre à mademoiselle de Canilly un cadeau qui ne dure pas qu'un jour, un cadeau dont elle puisse se parer avec orgueil.
LOUISON
J’entends venir son père... Laisse-moi...
Jet’ en supplie, ma bonne ’.Louison... dis-moi...
LOUISON
Eh bien ! puisque tu veux à toute force lui offrir un cadeau qui ne dure pas qu’un jour, donne-lui un mari; ça dure... ça dure trop quelquefois.
LE MARQUIS
Un mari I j’y pensais.
LOUISON, t'asseyant.
Voici le comte.