‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 47 sur 64 · TOURNON, MORNAC, BLAMONT, ROSAMBERG · texte numérisé non relu

TOURNON, MORNAC, BLAMONT, ROSAMBERG

HORKAG, à un mUt en entrant.

Attention ! triple drôle, tu m’enlèves toujours ma poudre en m’enlevant mon manteau.

ROSAHBERG.

De Mornac.

TOORNON.

Toi ici?

' MORKAC.

Puisque ce n’est pas Lucenay, il faut bien que ce soit moi.

ROSAHBERG.

Tu l’as donc tué ce pauvre Lucenay?

HORNÂC.

Mon Dieul oui! Que voulez-vous? La lune !. .

ROSAHBERG.

Comment la lune?

MORNAC

Eh ! oui, c’est elle qui est cause...

ROSAMBERG.

Tu es fou.

TOÜRSON.

Et la preuve, c’est que lu oses te présenter à la Comédie-Italienne quand on te cherche partout pour t’enfermer à la Bastille. On ne plaisante plus avec le duel.

mornac.

Arrive qui pourra ; j’ai voulu assister h cette première représentation.

ROSAMBERG.

•Mais que t’avait donc fait ce pauvre Luconay?

MORNAC

TVloins que rien ; mais la lune...

TOORNON.

Encore I..

MORNAC

La lune... oui, la lune ! Nous sortions ensemble d’ici, il y a un mois; il était onze heures environ ; la nuit était belle, le froid ti ès-vif, le terrain sec comme un parquet de chêne, et au ciel, une lune... mais une lune magnifique! Quel dommage, se mit à dire Lucenay en soupirant : comme on se battrait bien à cette clarlé-làl perdre un si beau clair de lunel ma foi, il n’en sera pas ainsi, ajouta-t-il ; je répète à mon tour : ma foi non, il n’en sera pas ainsi ; il ne sera pas dit que nous aurons perdu une aussi belle lune ; et il tire aussitôt son épée. J’avais déjà tiré la la mienne; nos deux lames se croisent, et nous voilà, tous les deux, nous attaquant avec l’impétuo‘ité de deux adversaires qui se poursuivent depuis longtemps de leur haine. Nous nous précipitons enfin l’un sur l’autre, et nous nous blessons mutuellement. Nous tombons tous les deux; mais moi pour me relever en riant ; Lucenay, pour ne plus se relever, et pour dire en expirant au chirurgien qui accourait lui apporter des soins inutiles : « Que voulez-vous, monsieur, il fait ce soir un si beau clair de lune ! »

BLAMONT

Ahl bravo ! bravo ! de Mornac !

ROSAMBERG.

A propos, tu nous parlais de ta cousine quand Mornac nous a interrompus... Est-elle toujours aussi belle ta cousine de Beaumesnil ?

BLAMONT

Ces trois années d’exil lui ont donné une sérénité grave qui lui sied à ravir. Je le remarquais ce matin... elle était pourtant dans ses mauvais jours ; il venait de lui arriver une aventure étrange.

ROSAtlBERG.

Une aventure? Racohte-nous-la bien vite.

HORNAC.

Je tiens à la savoir avant d’aller à la Bastille... Raconte! raconte !

TOURMON.

Je gage que son fou de mari a fait encore quelque nouvelle extravagance ?

HORNAC.

On assure que sa folie, malgré tous les soins que l’on prend pour la cacher , devient d’une évidence et surtout d’une bizarrerie... Est-ce lui qui est le sujet de ton aventure?

BLAMONT

Non. Le pauvre marquis dont la folie, comme tu dis, semble désormais incurable, n’en a même rien su, et il est probable que ma cousine n’en a rien dit non plus au Commandeur.

TOORNON.

Ah ! Le Cpmmandeur est aussi ^ Paris ?

HORNAC.

Puisque madame de Beaumesnil est revenue.

BLAHONT.

Messieurs... Elle était même si troublée de cet événement, qu’elle n’est peut-être pas venue au spectacle.

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