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LA VUE T 7D

en 1871, il nous faut mentionner un autre bienfaiteur des aveugles, Claude Montai,, qui ne se contenta pas, comme nous l'avons dit plus haut, de trouver à ses confrères d'infortune un nouveau métier, celui d'accordeur de piano ; il fut, en outre, un mécanicien, ainsi qu’un industriel hors ligne.

Montai naquit à La Palisse (département de l’Ailier) , le 28 juillet 1800, et perdit l’usage de la vue à la suite d’une amaurose survenue, nous le répétons, vers sa sixième année.

Le grand mathématicien Euler fut presque aveugle pendant la dernière partie de sa vie. Il ne distinguait, d’après Condorcet, que de grands caractères, tracés sur une ardoise avec de la craie. Ses fds ou ses élèves écrivaient, sous sa dictée, ses Mémoires.

L’illustre Galilée, le botaniste Laurent de Jussieu, les célèbres astronomes Jean-Dominique Cassim et François Arago, perdirent la vue un an ou deux avant leur mort. Mais la période de leur activité scientifique était passée. Ils ne faisaient plus que se survivre à eux-mêmes.

En résumé, les notes qui précèdent ont seulement pour but de montrer qu’aucun domaine scientifique n’est fermé à nos frères atteints de cécité.

Les Cyclopes dans la Fable et dans la Réalité'.

II n’y a pas que dans la mythologie qu’on rencontre des cyclopes. Celte monstruosité fœtale, sans

LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE

être fréquente, a été maintes fois constatée, et tout récemment encore, par le professeur Roland, de l’Ecole de médecine de Poitiers.

Ce dernier a rappelé, dans l’historique qui précède sa curieuse étude, les fameux géants dépeints par Homère, habitant la Sicile, où ils menaient la vie de bergers. De mœurs barbares, ils allaient jusqu’à l’anthropophagie. Ce qui les caractérisait, c’est qu’ils avaient un œil au milieu du front.

Nous avons tous pris plaisir au récit des sanglants démêlés qu’eut Polyphème avec le subtil Ulysse et ses compagnons et au cours desquels il perdit son œil. Euripide, dans une tragi-comédie, Tuéqcrite, Ovide, dans ses Métamorphoses, ont mis en scène des cv dopes. Hésiode a rapporté que Goea, après avoir enfanté les Titans, eut encore d’ÜURANOS trois géants, qui furent plus tard chargés de fabriquer la foudre, dans l’atelier de Vulc ain. Enfin, Virgile a raconté, dans l 'Enéide, quelques-unes des aventures de ces monstres, qu’il avait puisées dans les auteurs grecs. Voilà pour la légende.

Voici maintenant ce que dit la Science.

Dans son ouvrage sur les Monstres et Prodiges, paru en 1B73, Ambroise Paré signale le premier la cyclopie.

Buffon, dans son Histoire naturelle, décrit un enfant né avec un seul œil au milieu du front (1).

Puis sont venus les travaux de Speer (1819), de Geoffroy Saint-Hilaire, Meckel, Dareste, et en

(1) Cf. Salgues, Des erreurs et des préjugés, etc., 3e éd., t. III; Paris, 1825, 129 (n).

LA VUE

dernier lieu, du professeur Van Duyse (de Gand), que ne cite pas M. Roland (i).

Le Dr Van Duyse a plus particulièrement étudié la pathogénie de la cyclopie, dans un mémoire qu’ont publié les Archives d’ Ophtalmologie. Notre confrère gantois établit dans ce travail, dont nous devons une consciencieuse analyse à M. le Dr Dejace, à qui nous prenons la liberté de l’emprunter, que « les travaux relatifs à la cyclopie, ainsi que ses recherches personnelles, prouvent que la monophtalmie n’est qu’apparente. Dès la première inspection de l’œil unique du cyclope, on constate d’ordinaire la duplicité oculaire, par l’existence de deux cornées confondues ou non, ainsi que par la présence de deux pupilles. L’œil cyclopéen résulte de la fusion de deux yeux parfaitement rapprochés et soudés de façon homologue, suivant le plan médian. Par quel mécanisme les yeux, éloignés à l’état normal, arrivent-ils en contact, et à quel niveau se fait leur soudure ? Tl faut, pour cela, que les parties interposées entre les deux organes usuels soient rudimentaires ou absentes.

« Les cyclopes vus par M. Van Duyse n’avaient ni os ethmoïde ni cavités nasales. Le rapprochement des vésicules oculaires est le fait d’un arrêt dans l’évolution de l’extrémité antérieure du tube neural (Dareste) ».

(i) Dans son travail, publié par la Gazette des hôpitaux, 16 janv. 1908.

L’étude historique des yeux cyclopes, poursuivie

par le P1 Van Duyse, lui a prouvé que, dans tous

les cas de cyclopie, les fentes rétiniennes juxtaposées des deux bulbes ont conflué sur une étendue plus ou moins grande. Ces fentes doivent donc se trouver en regard l’une de l’autre1 au cours du développement embryonnaire. L’expression anatomique ultérieure de ce fait doit nécessairement être l’existencè de lésions analogues à celles que l’on constate dans les colobomes rétiniens, etc., des yeux isolés. Et, de fait, il en est ainsi.

Le Dr Van Duyse, conclut le Dr Dejace, « traite, avec une autorité particulière, toutes ces questions, qu’il a mûries depuis des années par de nombreux travaux histologiques » (1).

(1) Chronique médicale, i5 avril 1908.

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