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IV. - — l’odorat

Le Nez

Le Nez d’après la physiognomonie.

Les conditions exigées pour la régularité des formes du nez sont les suivantes, d’après Lavater :

Il doit exister une légère cavité près de la racine. Vue par devant, l’épine ou le dos du nez doit être large et presque parallèle des deux côtés ; mais il faut que cette largeur soit un peu plus sensible vers le milieu.

Le bout de la pomme du nez ne sera ni dur ni charnu ; le contour inférieur devra être dessiné avec précision et correction, ni trop pointu ni trop large.

De face, il faut que les ailes du nez se présentent distinctement, el que les narines se raccourcissent agréablement en dessous.

Dans le profil, le bas du nez n’aura qu’un tiers de sa longueur.

Les narines doivent aller plus ou moins en pointe et s’arrondir par derrière ; elles seront, en général, doucement cintrées et partagées en deux parties égales par le profil de la lèvre supérieure.

Les lianes du nez ou de la voûte du nez formeront

des espèces de parois.

Vers le haut, il joindra de près l’arc de Los de l’œil,

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c’est-à-dire le commencement de l’arc orbitaire, et sa largeur du côté de l’œil doit être au moins d’un demipouce (i).

Enfin, comme caractères généraux d’un nez d’une beauté parfaite, l’auteur ajoute plus loin :

Sans inflexions douces, sans entailles légères, sans ondulations plus ou moins marquées, il n’est point de nez physionomiquement bon, grand et spirituel.

Mi NUT, dans sa Paulégraphie (2), fort embarrassé pour déterminer la beauté du nez de celle dont il vante les charmes, s’écrie dans son langage imagé :

Ce n’est point un nez crochu, un nez à ressort, un nez à pompettes, un nez de manche de rasoir, ou bien un nez d’un as de trèfle ; ce n’est point un nez tourné à gauche ; un nez retroussé de peur des crottes. Ce n’est point un nez de corbeau ou un nez aquilin, tel comme était celuy de cette Aspasia dont Elïanus fait si grand teste, sans toutefois qu’il y ait de quoy .

Le Nez lyonnais.

On lit, dans les Briefe über die siidlichen Provinzen von Frankreich, von J. -G. Fisch (Zurich, 1790), à la page 627 :

La physionomie des femmes de Lyon me frappe toujours, à cause d’une certaine particularité que je crois trouver généralement chez elles. Sur dix visages que j’ai vus, j’en ai rencontré neuf qui se ressemblent au moins par la forme du nez ; il y a donc un spécial petit nez

(1) Essai de Calliplastie, ou l'art d'embellir le visage, 33-34.

(2) Description des charmes de la Belle Paule.

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lyonnais, à moins que ce ne soit un effet du hasard ; car, pendant mon séjour à Lyon, j’ai rencontré plus de femmes à nez émoussé (, stumpf ) et un peu retroussé au bout, que d’autres. Cette remarque s’applique surtout aux personnes de moyenne condition et aux filles de service que je voyais courir dans les rues (i).

Les Vices de conformation du Nez.

Le nez offre fréquemment des vices de conformation, ou des difformités remarquables. Ludit in humanis divina potentia rebus, et cela est très vrai à l’égard du nez. Cet organe peut même manquer totalement, ainsi qu’OLAÜs Borrichius a eu l’occasion de l’observer, et que nous en avons rCaté quelques cas.

Il n’est point rare non plus de voir des personnes chez lesquelles le nez est incliné plus ou moins manifestement à droite ou à gauche, mais plus communément dans le premier sens. Cette inclinaison vicieuse est, en général, l’effet d’une conformation primitive, mais on prétend quelle peut être augmentée par l’habitude de se moucher d’une main plutôt que de l’autre. Aussi, voit-on quelquefois chez les gauchers, dit M. Boyer, le nez se porter à gauche. Lorsque cette difformité est extrême, elle offre une incommodité très gênante, qui défigure et qui nuit à l’olfaction et à la respiration.

Dans certaines familles, le nez devient, pour

(t) Intermédiaire des chercheurs, t. VII (187/1), col. 557.

LES CURIOSITÉS RE LA. MEDECINE

ainsi dire, un caractère distinctif ; il se présente avec la même forme chez tous les individus qui en font partie, il n’est personne qui ne connaisse le nez de saint Charles Borromée ; on assure que tous ses parents l’avaient conformé comme lui.

On doit au docteur Grégory, fils et successeur du célèbre professeur de la chaire de médecine théorique et pratique d'Edimbourg, un exemple remarquable de cette persistance du type de la famille dans les traits du visage. Appelé dans une campagne, en Ecosse, pour voir une riche héritière, il reconnut d’abord, à la forme du nez, qu’elle ressemblait au grand chancelier d’Ecosse, sous le règne de Charles Ier. Le portrait du chancelier se trouvait dans le château.

Le docteur, après, dîner, se promenant dans le village, fut surpris de reconnaître la même forme du nez chez quelques paysans : « Gela n’a rien

d 'étonnant, lui répondit aussitôt l' intendant de la maison qui l’accompagnait ; ils descendent des bâtards de l’illustre seigneur. »

Ainsi, la transmission datai! de deux siècles.

Nous n’en croyons pas moins, avec Portal, qu’il faut, en général, se défier de ces transmissions de si ancienne date, et ne les accueillir qu’avec grande réserve^ comme preuves d’hérédité du type individuel. Le caractère transmis peut, dans ces cas, au lieu d’être celui d’une famille, être celui d’une race, et tenir à l’influence du lieu ou du climat (i).

ir) P. Lucas, l'Hérédité naturelle, t. I, 197-199.

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Anomalies nasales.

On ne connaît qu'un bien petit nombre d’exemples de nez doubles. L’auteur de l’article Cas rares , du Dictionnaire des Sciences médicales, n’en a point rapporté.

Th. Bartholin en cite un, dans lequel on voyait seulement, à la racine du nez, une petite tumeur simulant un second nez au-dessus du premier (i).

P. Borel (2) fait mention d’un charpentier d’une province de France, qui avait deux nez, ou un* nez double ; il ajoute qu’on l’appelait Y homme aux deux nez. U ne donne, d’ailleurs, aucun détail sur cette conformation bizarre.

Le 8 septembre 1820, rapporte le Dr Bidault de Viliers, étant à Autun, j’aperçus dans une promenade publique un homme de la campagne, d’une grande stature, qui pouvait être âgé d’environ quarante ans, et qui avait un double nez. Je le considérai attentivement et à plusieurs reprises, ce spectacle étant nouveau pour moi (3). Cette partie de la figure, très distincte, n’était point accolée de manière à former un seul nez dont les éléments auraient été doubles, mais elle était divisée par le milieu, et chaque nez dans son profil était presque droit, se réunissait par un plan incliné à sa racine, et divergeait ensuite, de sorte que l’aile interne de chacun formait par sa réunion une espèce de gouttière, à l’endroit où aurait dû être placé le nez simple, gouttière

(1) Hlst. anal., cenl. I, Inst,. 25.

(2) Histor. et observ. rnédico-phys. , cent. III, obs. 43.

(3) <( Dans un autre voyage que je fis, en décembre, dans la même \iile, je revis encore ce particulier, et j’examinai de nouveau, avec attention, sa singulière difformité. » B. de V.

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qui s’élargissait à mesure qu’elle s’éloignait de sa base. Cet individu n’offrait, d’ailleurs', aucun autre vice apparent de conformation. Son double nez le défigurait beaucoup, surtout lorsqu’on le voyait de face ; car, vue de profil, cette espèce de monstruosité était beaucoup moins apparente, et se trouvait cachée en partie par la projection de l’aile du nez de ce côté, qui était moins inclinée que dans l’état naturel, et presque perpendiculaire.

M. Delpech a jugé ce vice de conformation et la difformité qui en résulte si peu communs, qu’il n’en a rien dit dans son chapitre de la surabondance des parties (i). M. Boyer, mieux avisé, en a parlé, indiquant l’opération qui conviendrait dans un cas de cette nature, d’ailleurs fort rare (2).

Les animaux, dont la face est souvent très longue, ne semblent pas avoir présenté de disposition semblable ; mais, chez le chien, on rencontre souvent la bifidité du nez : le nez double est meme un caractère constant dans certaines races de dogues.

Chez l’homme, on connaît quatre exemples de division totale du nez : l’une des moitiés formait une sorte de trompe, pendue à l’angle interne de l’orbite (-3).

(1) Précis des maladies réputées chirurgicales, t. 1.

(2) Traité des maladies chirurgicales, etc., vol. VI.

(3) Les anomalies chez l'homme et les mammifères, par L. Blanc, 160-1G1.

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Il est des personnes dont le nez, comme les oreilles, est mobile à volonté : chez certains mimes Japonais, le nez est si mobile, que plusieurs arrivent à faire toucher l’extrémité du nez avec le menton. Cette mobilité du nez est certainement atavique.

L’existence de tumeurs érectiles du nez a été également signalée ; l’excroissance prend des proportions énormes, quand le malade se met en colère. On a signalé des femmes chez lesquelles la tumeur prenait l’aspect d’un membre viril en érection.

Les cornes du nez ont été signalées ; mais, est-il besoin de l’ajouter, c’est une rareté.

La Vision par le Nez.

LIenricus Smetius (Henri de Smet), qui fut professeur à Heidelberg, a publié, dans ses Miscellanea (liv. Y, épist. XIII), à la date de 1675, une observation remarquable.

Il s’agit d’un jeune paysan, qui, dans son enfance, ayant été privé de l’œil droit, tomba un jour, du haut d’un arbre, sur un pieu pointu d’une palissade : il se blessa très grièvement à la moitié gauche de la face, à tel point que le médecin qu’on appela crut l’œil perdu et laissa la plaie se cicatriser, avec adhérence réciproque des paupières.

Certain jour, notre paysan, couché sur l’herbe,

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remarqua qu’il commençait à voir la lumière et la blancheur éclatante des Heurs qui étaient sur le sol ( lucem atcjue flosciilorum candorem humï) , et cela par le nez ! Lors de raccident, le nez avait été blessé lui aussi, la foisse nasale gauche était devenue très large, de telle façon que, la lumière passant à travers, elle pouvait pénétrer dans l’œil qui, sans doute avait subi, en se luxant, une torsion en direction médiane. Et, continue Smetius, « il distingue exactement tout ce qu’on présente à ce nez oculifère ; mais il est obligé de regarder de haut en bas » (Et quidquid afferatur naso oculato distingua exacte, sed despectando) .

La description du cas et la créance dont l'auteur est digne ne permettent aucune objection. Voici d’abord la traduction littérale et le texte de son observation :

J’ai vu un certain aveugle, privé des deux yeux, qui remplaçait ceux-ci par son nez, grâce auquel il distinguait tout ce qu’on plaçait devant cet organe. Cet homme avait perdu l'œil droit bien des années auparavant, alors qu’il était enfant. Arrivé à la jeunesse (c’était un paysan), il tomba d’un cerisier sur un pieu de bois aiguisé, faisant partie d’une clôture ; son visage s’y implanta, de façon telle que son nez, l’œil gauche, la joue, les deux paupières, les sourcils furent blessés, et de si laide manière que le chirurgien crut d’emblée que le globe de l’œil avait été enlevé et était resté fiché sur le pieu.

Enfin, la plaie se cicatrisa ; un an après son accident, alors qu’il était étendu sut l’herbe, il aperçut par hasard, par la cavité nasale, la lumière et la blancheur éclatante des fleurs qui étaient sur le sol. Pendant cinq

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ou six ans de suite, la vision se fit de cette façon : il distinguait tout ce qu’on présentait à ce nez oculilere., de façon exacte, mais en regardant de haut en bas; car, en levant le nez pour regarder en haut, il ne peut supporter la lumière.

La veille des calendes de Mars, il fut, sur l’ordre de l'Electeur palatin, présenté au Collège des médecins pour être examiné, car il était en discussion avec son chirurgien, qu’il avait fait appeler en justice. Nous comprîmes le mécanisme et la cause de cette vision merveilleuse, car la paupière supérieure, le muscle ayant été rompu, 11e pouvait se soulever davantage, mais s’étant accolée à la capsule de l’œil, elle s’était soudée à cette dernière, de sorte que, après rupture du muscle qui tire l’œil vers l’angle externe, l’œil s’était caché tout à fait dans l’angle orbito-nasal. Comme les os du nez, pas du tout fracturés, mais luxés, n’avaient pu se réduire en position exacte, il advint que le nez, comprimé et élargi, s’était dévié surtout vers le côté gauche ; la guérison avait laissé une plus grande largeur à cette fosse nasale ; l’œil tordu et caché y voyait par ce conduit et reconnaissait tout objet présenté devant le nez.

Le Dr Rosemberg (de Berlin) accompagne la relation de ce cas des réflexions suivantes :

Si donc le traumatisme avait créé un Canal artificiel, allant des cavités nasales à l’orbite, et si la luxation du globe était telle que l’axe visuel passait par ce canal, il est possible de s’imaginer que le patient pût voir ce (pie l’on plaçait sous son nez. Il est encore possible que l’œil ait été luxé dans le sinus maxillaire, et qu’il y ait eu en même temps perforation de la paroi médiane du sinus, de telle sorte que l’œil pouvait voir par cette ouvert tire.

dette autre observation, que le Pr Becker, d’ITel

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singfors, a publiée, en 1866, dans les Archiv fur Ophtalmologie (XII), prouve que le globe oculaire peut être luxé, avec conservation de son pouvoir visuel, dans cette cavité accessoire du nez.

Une femme reçut à l’œil gauche un coup de corne de vache ; le globe, atteint derrière son équateur, tourna en dedans et en bas et échappa sans doute à l’écrasement, en allant en avant pour un instant. La corne, continuant à pénétrer, brisa l’os lacrymal, la lame externe de l’ethmoïde, et peut-être aussi une partie de la voûte de l’antre d’IIighmore. Une portion des parties molles fut saisie et serrée comme un coin dans la perte de substance créée par le choc et, par là, le globe fut immobilisé ; si l’on introduisait l’écarteur palpébral derrière les replis conjonctivaux recouvrant le bord inférieur de l'orbite, et si on abaissait le plus possible ces replis et la paupière, on voyait, presque immédiatement, au niveau du rebord sous-orbitaire, le bord supérieur de la cornée, de l’iris, d’un gris-bleuâtre, et une petite partie de la pupille modérément dilatée. La malade comptait sans la moindre erreur, avec cet œil, les doigts placés à la partie supé ri jure du champ visuel.

L’année suivante, Langenbeck publiait, dans le même recueil (vol. XIII), le cas d’un employé de chemin de fer qui, blessé par une locomotive, eut un écrasement de la charpente osseuse du nez. Le globe oculaire avait presque entièrement disparu de l’orbite et était enfoncé dans le sinus maxillaire à travers une fente, d’un bon travers de doigt de l’apophyse orbitaire du maxillaire supérieur. La cornée et la calotte antérieure du globe reposaient complètement dans l’antre d’Highmore ; l’axe de l’œil .était dirigé verticalement en bas. Quand on

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eut relevé l’œil et qu’on l’eut replacé dans l’orbite, on constata qu’il était intact et que la vision était parfaitement conservée.

Proverbes relatifs au Nez.

11 y avait un proverbe chez les anciens qui disait : Non cuique datum est habere nasum, voulant sans doute marquer par là qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une individualité tranchée et précise, même qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir un nez significatif.

Cicéron était appelé orateur au « nez équivoque », à cause que son nez tenait le milieu entre le nez long et carré au bout, que les anciens préféraient, et le nez petit et relevé en crochet, dont les anciens se défiaient.

C’est probablement à cause de cette relation entre le nez et le caractère de l’individu, qu’une foule de proverbes et de dictons populaires se sont emparés de ce trait du visage, pour lui appliquer ce qui conviendrait au personnage lui-même.

Ainsi, on dit d’un homme prudent qu’il a « bon nez » ; d’un homme adroit, qu’il a « le nez fin » ; d’un homme orgueilleux, qu’il porte a le nez haut »; et d’un indiscret, qu’ « il fourre son nez partout ».

L’importun met son nez où il n’a que faire ; le gourmand a toujours son nez dans son assiette, comme le savant dans ses livres.

On dit d’un homme déconcerté, qu’il a un pan de nez ou un pied de nez : c’est que le nez, en ce cas, s’amincit, se resserre et s’allonge, Il existe,

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surtout dans le Midi, un proverbe opposé, pour indiquer une idée analogue : on y dit souvent d’un homme désappointé, qu’il resta tout camus ; c’est une autre tournure de cette locution : « il s’est cassé le nez ».

Quand on a du nez, on passe pour un malin ; mais si on se laisse mener par le bout du nez, on n’est qu’un simple nigaud.

Ne pas y voir plus loin que le bout de son nez indique une myopie intellectuelle fâcheuse pour qui en est doué. Si notre voisin nous pue au nez, nous lui conseillons d’émigrer en d’autres lieux ; pourvu qu’il n’aille pas se casser le nez à une porte encore moins hospitalière, c’est alors qu’il nous aurait dans le nez !

(( Mon enfant, vous mentez, votre nez rougit, votre nez branle », dit-on souvent au marmot que l’on veut intimider ; c’est l’analogue de cet autre dicton : « Dis-moi la vérité, car je sais tout, mon petit doigt me Va dit. »

<( Mon petit bonhomme, ajoute-t-on souvent, il est fort malhonnête de venir rire au nez des gens ; si tu continues, je te donnerai sur le nez. » Donner sur le nez, au figuré, veut dire gronder quelqu’un, l’humilier ; mais ce sens figuré vient certainement de ce que rien n’est plus humiliant comme de recevoir une chiquenaude ou un coup sur le nez.

Dans certaines localités, où des duellistes avaient fait une sorte d’échelle comparative pour les insultes, l’individu qui, frappé d’un soufflet, avait donné une chiquenaude au nez de son adversaire, ou lui avait pincé le nez, était considéré comme

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demeurant en reste ; c’était au nez pincé l’insulte.

En Angleterre, pour bafouer quelqu’un, on lui crie : to nose, to nose, au nez, au nez ; semblablement dans la Basse-Saxe... Nasen, ab nasen.

Autres locutions populaires, qui ont trait à l’appendice nasal :

Il lui en pend autant au nez.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de Jui arracher le nez.

Il est si jeune, que si on lui tordait le nez, il en sortirait encore du lait.

Cela ne paraît pas plus que le nez au milieu du visage.

Ce n'est pas pour son nez.

Rire au nez de quelqu'un.

Lui faire un pied de nez.

Tirer les vers du nez.

Ce dernier dicton n’est pas une expression métaphorique : on peut citer un grand nombre d’exemples d’accidents déterminés par la présence de larves d’insectes dans les fosses nasales ; et il est assez remarquable que presque tous ces exemples ont été recueillis dans des pays méridionaux, sur des sujets au nez épaté et atteints d’une ulcération ou d’un écoulement fétide de la membrane pituitaire ; ce que confirme encore une observation publiée par M. d’Astros, médecin de l’Hôtel-Dieu d’Aix-en- Provence. Elle prouve que la grosse mouche bleue de la viande, trompée par l’odeur qui s’exhale des organes d’un punais, peut venir déposer des œufs clans les anfractuosités des fosses nasales d’un tel

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individu. Chez la femme que cet habile praticien a eu occasion de voir, il sortit cent-treize vers par les narines ; les mouches carniaires seules peuvent pondre une telle quantité d’œufs (1).

Kerkring, dans ses Observations anatomiques, rapporte le fait suivant : « Une femme d’Amsterdam rejeta un ver par les narines : il avait des pieds innombrables, la queue fourchue et, sur la tête, des cornes proéminentes. » Au texte, Kerkring a joint une figure qui ne laisse aucun doute dans l’esprit : c’est un « géophile » qu’il a observé.

Un grand nombre d’auteurs, parmi lesquels les Arabes, Fernel, Thomas de Veigue, se contentent d’affirmer qu’on a vu souvent des vers sortir du nez, mais sans préciser. D’autres sont plus explicites. Benivenius a vu un ver, long d’une palme, rejeté par la narine droite, après des douleurs de tête. Durel, Tulpius, Houllier, ont observé les mêmes cas, et toujours avec de la céphalalgie. Il est probable que les parasites observés dans ces cas étaient des ascarides erratiques.

Enfin, Zacutus Lusitanus parle d’un homme qu’on soignait par le mercure pour une céphalée qu’on pensait d’origine spécifique, et qui rejeta par le nez un ver noir, rond, gros, tout à fait semblable à ceux qu’on trouve dans le fromage. D’après la similitude de ce ver avec ceux du fromage, il est permis de supposer que c’était une larve de mouche.

(1) H, Cloquet, Osphrésiologie, 1821.

l’odorat ' if)3

Ambroise Paré a fait en ces termes la relation d’une observation de Fernel :

M. Fernel écrit d’un soldat, lequel était fort camus, tellement qu’il ne pouvait se moucher aucunement, si bien que de l’excrément retenu et pourri, s’engendrèrent deux vers velus et cornus de la grosseur d’un dernidoigt, lesquels le rendirent furieux par l’espace de vingt jours et furent la cause de sa mort. Tu en vois la figure.

D’après la figure de Paré, figure dessinée d’après le récit de Fernel et l’imagination d’Ambroise Paré, car celui-ci n’avait pas vu le parasite, on pense avoir affaire à une grosse larve de mouche. Mais, d’un autre côté, Kerkring, à la suite de son observation que nous avons rapportée, ajoute que Paré décrit un ver semblable dans ses Œuvres, et on peut voir une certaine analogie entre « le ver velu et cornu » de Paré et les <c pieds innombrables et les cornes proéminentes » du parasite décrit par Kerkring.

Récemment, le I)r Souques présentait à ses collègues une fillette de huit ans qui, à la grande stupéfaction de ses parents, mouchait de temps à autre des vers. Ceux-ci furent examinés au Muséum, et, comme il le supposait, M. Souques découvrit la supercherie : la fillette, pour se rendre intéressante, cueillait dans les fruits les vers qui y sommeillaient, puis se les introduisait tout simplement dans les narines. Elle a bien promis de ne plus recommencer, mais comme c’est une parfaite mythomane, il est probable qu’elle trouvera d’autres moyens de mystifier son monde.

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Il sent la moutarde lui monter au Nez.

Les Hébreux mettaient la colère dans le nez : ascendit fumus de naîùbus ejus ; de naribus ejus procedit fumus.

Les anciens auteurs, grecs et latins, parlent à peu près de même. Perse et Plaute it ont-ils pas dit, le premier (Satire V) :

Disce : sed ira cadat naso, rugosaque sanna ; et le second :

Famés et mors bilem in naso conciunt ?

Cette idée de placer la colère dans le nez vient sans doute de ce que, chez celui qui se met en colère, les muscles du nez se froncent, et le font paraître plus raccourci qu’il n’était ; ce qui est plus ou moins sensible chez les uns que chez les autres, suivant la force ou la grandeur de ces muscles.

Il a le nez creux.

Avoir le nez creux, c’est ne pas l’avoir bouché : cette expression correspond exactement au latin emuncta naris. Phèdre appelle un vieillard avisé vir emunctœ naris.

Les écrivains latins affectionnaient ces métaphores tirées de l’appendice nasal. Ainsi, pour Martial, « avoir du goût », c’est habere nasmm ; dans Horace, dans Ausone, acutœ nares expriment la raillerie, la dérison. Perse rend la même idée par uncœ nares ; pour traduire l’idée opposée, « manquer de flair », LIorace dit nares obesœ, « le nez

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épais « ; c’est le contraire du nez bien mouché de Phèdre.

O11 voit que cette façon de parler peut se réclamer de parrains respectables et que, depuis plus de deux mille ans, elle fait partie du vocabulaire de la bonne compagnie, tant à Rome qu’à Paris.

Parler du Nez.

Du temps de Perse, écrit le Dr G. James, « il était devenu de mode, parmi les hommes, de parler du nez » :

Rancidulum quiddam balba de nare locutus.

La Rhinoplastie. — Ses Origines.

En général, on attribue à l’italien Gasp. T agréa cozzi, ou, suivant d’autres, à Tagliaguerso, mort à Bologne en 1699 (T), l’invention d’un procédé pour restaurer les nez, en réunissant avec les contours de la cicatrice, rendue saignante, la peau d’une partie de l’avant-bras, ou plutôt du bras. Cependant, cette méthode, originaire probablement de la Calabre, ou de la Sicile, était déjà connue deux siècles avant que Tagliacozzi en fît le sujet d’un livre qui lui en a fait attribuer la découverte.

Dans un traité sur la rhinoplastie, ou réparation

(1) Dans un écrit de i56a, il est. déjà parlé d’un archer qui avait <( un nez d’argent ». (V. Archives curieuses de Vhist. de France , ire série, t. VI, 38; et Vieux-Neuf, d’En. Fournier, t. I, 137).

LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE

des nez, publié en 1697, in-folio, sous le titre : De curtorum chirurgia per insitionem, l’auteur, Tagliacozzi, emploie dix-huit chapitres, sur quarantecinq dont son ouvrage est composé, à prouver l’importance, l’excellence et la dignité du nez, des lèvres et des oreilles, et, dans ce but, il invoque tour à tour l’autorité des médecins, des orateurs, des poètes, de la Bible et des Pères de l’Eglise.

Dès 1620, en effet, Lanfranc traitait de menteur impudent quiconque se vantait de réussir à rajuster un nez coupé, après l’avoir tenu dans sa main. 11 fallait donc bien qu’alors il fut déjà question de cette manœuvre.

Guy de Ciiauliac, qui vivait peu de temps après Lanfranc, et qui a écrit vers la fin du quatorzième siècle, s’exprime de la même manière. Tl s’élève contre les jongleurs qui prétendent avoir guéri des nez entièrement décollés de la tête.

Au quinzième siècle, Jérôme Braunsciiweig tient le même langage, et il regarde tous les faits rapportés à ce sujet comme controversés.

Mais, vers i45o, un chirurgien sicilien, nommé Branca, possédait l’art de fabriquer les nez, ainsi que le rapporte P. Banzano, évêque de Lucera ; et son fils, Antonio, avait perfectionné sa méthode.

Gabriel Fallopio et André Vésale, qui moururent entre i563 et i564, ont aussi consacré quelques pages à la description d’une opération que le premier de ces auteurs désapprouve à peu près complètement, conseillant de rester mutilé, plutôt que de se soumettre à des tourments qui durent jusqu’à douze mois entiers.

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Paracelse, qui ne pouvait avoir entendu parler de Tagliacozzi, puisqu'il mourut en i54i, cinq ans avant que ce dernier vint au monde, a également dit quelques mots de la restauration des nez.

L’art de raccommoder les nez paraît s’être perdu ('n Calabre vers la fin du seizième siècle. Mais cet art n’était point perdu pour le reste de l'ïtalie. Ambroise Pare, qui écrivait en 1574, parle d’un chirurgien de ce pays, qui, par son artifice, refaisait des nez de chair.

Nous avons ce témoignage, ajoute-t-il, d’un gentilhomme nommé le cadet de Saint-Thoan, lequel ayant perdu le nez, et porté longtemps un d’argent, se fascha pour la remarque, qui n’estoit sans une risée lorsqu’il estoit en compagnie. Et ayant ouy dire qu’il y avoit en Italie un maistre refaiseur de nez perdus, s’en alla le trouver qui le lui refaçonna, comme une infinité de gens l’ont veu depuis, non sans grande admiration de ceux qui l’avoyent cogneu auparavant avec un nez d’argent.

Peut-être s’agit-il ici de Gasp. Tagliacozzi, qui florissait a Bologne vers la fin du seizième siècle, et dont l’ouvrage parut à Venise en 1697.

Philippe Salmuth, .T. -N. Pfitzer ont préconisé les avantages qui résultaient du mode d’opérer du chirurgien Tagliacozzi, et l’honneur de l’invention lui est généralement demeuré, ce qui lui attira de grandes distinctions et l’admiration générale ; car, lorsqu’il vint à mourir, en 1699, on lui éleva, dans l’amphithéâtre d’anatomie de Bologne, une statue qui le représentait tenant un nez dans la main droite.

LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE

Mutilations nasales.

La rhinoplastie aurait été rendue fréquemment nécessaire par les ravages dus à la syphilis, d’après Puschmann. Cet auteur raconte, sous forme anecdotique, que la perte du nez pouvait être aussi le résultat d’une condamnation : une ordonnance de l’empereur Frédéric II punissait de cette peine les adultères et les mères qui livraient leur fille à la prostitution.

Une ordonnance de police d’Augsbourg, de l’année 1276, ordonnait qu’on coupât le nez aux « demoiselles ambulantes ou caqueteuses », si elles se promenaient dans la rue pendant le jeûne, et le samedi soir, sauf cependant quand les nobles étrangers se trouvaient dans la ville.

Le nez est la partie du corps qui a toujours eu le plus à souffrir de la haine, de la justice, du dévouement ou de l’honneur. Les Egyptiens, les Grecs et les Romains coupaient le nez aux 'femmes adultères.

« Dans certains cantons de l’Allemagne, dit un auteur, on vise au nez dans les duels et on en abat un bon nombre. »

11 fut un temps où un homme dont la santé avait souffert de ses rapports avec une fille publique, était en droit de lui couper le nez et de la marquer par là d’un sceau indélébile, pour la signaler de

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la sorte au mépris et à l’horreur des victimes qu’elle voudrait faire encore.

Au témoignage de François Colletet, dans ses Tracas de Paris, tout homme, qui prétendait avoir à se plaindre d’une atteinte reçue dans sa santé et résultant d’un commerce impur, pouvait punir la femme qu'il accusait de cette mésaventure ; le châtiment requis en pareil cas était la mutilation du nez ou des oreilles de la coupable.

Au xvue siècle, une ordonnance fut publiée, qui portait que les filles trouvées en compagnie de soldats auraient le nez et les oreilles coupées.

Ces ordres barbares furent exécutés strictement : le lundi 7 juillet 1687, sieur Duplessis apportait à la Salpétrière une lettre de cachet du roi, pour y recevoir les nommées Catherine Carbon et Antoinette de Cambrois, lesquelles avaient eu le nez coupé, par jugement du Conseil de guerre (sic), à cause de leur mauvaise vie (1).

Chez les Egyptiens, on coupait le nez à la femme adultère, pour enlaidir à jamais celle qui avait em-

de ce supplice ignominieux, qui vengeait mais ne réparait pas l’injure, les habitants de Jérusalem chez qui la corruption s’était glissée.

Les plus grandis personnages n’ont pas toujours

(1) Les Maisons closes au xviii0 siècle, par G. (Japon, 7.

LES CURIOSITÉS DE LA MEDECLNE

été à l’abri de la perte de leur nez, témoin Justinien, qui fut sur nommé Rhinotmète, pour cette raison.

La mutilation du nez a été employée, dans un but de vengeance, dès la plus haute antiquité.

Martial et Virgile en ont parlé :

Quis tibi persuasif nares abscindere mæcho ?

écrit Martial (III, 85). Le mari qui surprenait son rival lui demandait de l’argent, et, s’il ne pouvait lui en donner, il l’amputait du nez.

Virgile, dans le 6e chant de YEnéide, nous fait un portrait navrant de l’infortuné fils de Priam, Déipiiobe, dont les mutilations nasales avaient excité la pitié du poète.

Dans des temps plus modernes, nous voyons l’impératrice Elisabeth de Russie se venger de deux femmes de l’aristocratie, toutes deux réputées pour leur beauté, en leur faisant subir le supplice infligé au fils de Priam.

C’est dans la catégorie des sadiques que doivent être rangés les « mangeurs de nez », dont nous, entretiennent de temps à autre les faits-diversiers.

Mérat et Delens, à l’article Nicotiana, mentionnent qu’un empereur des Turcs, Amurath IV, si notre mémoire est fidèle, faisait couper le nez à ceux que ses agents surprenaient en train de fumer. Autre temps, autres mœurs ! Heureusement pour les sectateurs de l’herbe à Nicot.

ODORAT

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