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LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
Voici comment procédait Ferran : il favorisait, dans les crachats ou autres produits provenant d’ulcérations tuberculeuses, la pullulation de ce bacille saprophytique qui accompagne le bacille de Koch et qui sécrète une assez grande quantité de spermine. Pour cela, il prenait du sérum de cheval, de mulet ou de mouton, et plus particulièrement du sérum de mouton immunisé à l’aide de ce bacille spermifère.
Il mélangeait, dans un vase stérilisé, io cc. de sérum avec 3 ou 4 cm. d’un crachat suspect, et il laissait le tout à l’air libre, dans un milieu où la température était de 37° environ. Au bout de trentesix heures et parfois avant, en approchant les narines de la surface du sérum, on percevait nettement l’odeur de sperme humain, due à la spermine, produite par le bacille qui est, ainsi que l’a établi Ferran, le compagnon inséparable du bacille de Koch. Cette méthode aurait donné des résultats positifs, même dans les cas où le bacille de Koch échappe à l’examen microscopique ; au contraire, lorsque les crachats ne proviennent pas d’un malade atteint de tuberculose, l’odeur de spermine n’apparaît pas.
La constance des résultats obtenus par Ferran encourage à essayer le procédé indiqué par notre ingénieux confrère.
Dans la bronchorrée, liée à une dilatation bronchique, l’odeur de l’haleine rappelle celle du putrilage des animaux.
l’odorat
Dans la stomatite scorbutique, aussi bien que dans les stomatites ulcéreuses ou ulcéro-membraneuses, la fétidité de l' baleine a une valeur symptomatique au moins égale à celle de la salivation et de l’engorgement sous-maxillaire.
Dans le glaucome, le Dr Tavignot (de Toulouse) signalait, dès 1878, l’haleine safranée : aux oculistes à vérifier le fait.*
L’odeur des crachats doit être recherchée dans un certain nombre d’affections.
Dans la gangrène pulmonaire, cette odeur, fade d’abord, devient bientôt d’une fétidité repoussante ; puis d'aigrelette, elle rappelle celle de macération anatomique ou de putrilage. Les crachoirs des gangréneux sont pleins de mouches, que cette odeur tue par milliers. L’expression populaire : « il tue les mouches à cent pas » n’est donc pas seulementTnétaphorique.
Chez les diabétiques gangréneux, particularité relevée par maints observateurs, l’expectoration perd son odeur caractéristique ; de même, celle-ci devient mielleuse, quand la gangrène évolue vers une amélioration. Trousseau 11e manquait pas d’indiquer, quand l’occasion s’en offrait, ce signe des gangrènes curables.
Leyden dit, avoir examiné, à la suite d’empyémes vidés par les bronches, des crachats dont l’odeur rappelait celle du vieux fromage ou du petit-lait
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fermenté ; bien différents, par suite, des crachats de gangrène pulmonaire ou de bronchite putride.
L’odeur des vomissements et des éructations a aussi sa signification pathogénique.
Les vomissements du catarrhe gastrique ont une odeur qui rappelle celle des huîtres ; les vomissements bilieux ont l’odeur musquée ; les vomissements pituiteux, étant presque exclusivement constitués par de la salive, sont inodores. Les vomissements riziformes du choléra ont une odeur fade et spermatique.
Dans les empoisonnements aigus, l’odeur des éructations et des vomissements sert à caractériser presque le poison absorbé : si c’est de l’acide prussique, on perçoit l'odeur des amandes amères ; si c’est du phosphore, celle de l’ail ; si c’est du chloroforme, celle de l’acétone.
Trousseau faisait remarquer la fréquence des renvois sulphydriques au début de la goutte.
Dans le cancer de l’estomac, les renvois affectent plus spécialement l’atroce senteur des choux pourris, d’œufs couvés (Monin)-
Nous n’insisterons pas, et cette répugnance sera comprise, sur la valeur symptomatique de l’odeur des matières fécales et des gaz intestinaux. Il nous faudrait la plume du « Chef des Odeurs suaves » pour aborder élégamment un pareil chapitre. C’est,
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pourtant, un moyen clinique dont les praticiens ne doivent pas faire ü, et les grands cliniciens de jadis, les Roger, les Parrot, les Briquet, attachaient une grande importance à la coprologie, dont on a tenté de faire revivre les rites, en ces dernières années.
L’odeur de l’urine est variable, selon qu’il s’agit de telle ou telle maladie.
Dans les fièvres graves (typhoïde, etc.), les urines, alcalines à l’émission, ne tardent pas à se putréfier.
Dans la diète, le liquide rénal exhale une odeur phosphorée ; dans le scorbut, celle-ci est plutôt ammoniacale.
Dans le cancer de la vessie, l’urine a une odeur de purin, ou encore de lavure de chair ; dans la prostatite aiguë, il s’en dégage surtout de l’hydrogène sulfuré, peut-être à cause du voisinage du rect um .
Dans l’albuminurie, l’odeur urineuse rappelle celle du bouillon de veau, ou, dans d’autres cas, du bouillon de bœuf aigri. Albert Robin (i) a noté, dans ces mêmes urines albuminuriques, l’odeur fade du pain bouilli.
On a souvent rappelé une singularité dont l’observation remonte loin : c’est que les malades atteints de cystite chronique, avec engorgement prostatique, de même que les albuminuriques, peuvent manger des asperges sans que leur urine ait l’odeur désagréable que l’on sait. Gela indique, pour tout dire, une altération du filtre rénal, et il y a lieu
(i) Essais d'urologie clinique sur la fièvre typhoïde (thèse de Paris, 1877).
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de s’en préoccuper quand il n’existe pas d’autres signes révélateurs d’une lésion de cet organe.
Il est de notion bien ancienne — Hippocrate en parle déjà — que le pus de bonne nature a une odeur fade, légèrement nauséeuse ; mais le pus emprunte aux divers organes qu’il occupe, ou avoisine, leurs odeurs spécifiques ; tandis que, dans les abcès du foie, il répand une senteur ammoniacale de bile putréfiée ; dans les abcès mammaires des nourrices, il acquiert une odeur butyreuse, due à la putréfaction de la caséine du lait.
L’odeur des abcès du testicule rappelle naturellement celle du sperme ; celle des abcès urineux évoque l’odeur de souris. Le pus confinant aux organes du tube digestif contient surtout des gaz. Mauriac reconnaissait aisément à distance les svphilides des ulcérés rien qu’à l’odorat.
Les médicaments qu’on ingère communiquent à la peau des odeurs variées : odeur propvlamique (huile de foie de morue), sueurs axillaires fétides (liqueur de Fowler) ; odeur de violettes (santal) ; odeur hydrosuif ur.ée (sulfate de potasse) ; sueurs al li acées (phosphure de zinc), etc. Dans l’alcoolisme aigu, l’odeur aldéhydique confirme le diagnostic de l’intoxication.
Nombre de médicaments se reconnaissent par f haleine buccale ; le mercure a une odeur métallh
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que ; les sulfures alcalins, sulfuré, etc.
une odeur d'hydrogène
On ne doit pas ignorer que l'ingestion de fer réduit par l'hydrogène donne naissance à des éructations suif hydriques, dont le malade est toujours très étonné, s'il n’a été d'avance prévenu.
Tous les faits que nous venons de citer, et nous aurions pu en produire bien d’autres, témoignent du parti que tirerait le clinicien de ses sens naturels, pour peu qu’il voulût s’appliquer à les mettre en œuvre par un exercice raisonné. Nous ‘ne nions pas que chacun soit plus ou moins doué sous le rapport de l’odorat, mais sauf dans les cas d’anosmie, il n’est personne qui ne puisse prétendre à reconnaître, grâce à ce moyen, bien des états pathologiques qui échappent à qui se contente de recourir aux procédés habituels de la clinique.
Comment Quesnay diagnostiqua une fièvre scarlatine.
Mrae Dufort (de Cheverny) contracta à Saint-Leu une maladie qu’il faut laisser expliquer à la médecine du temps.
Les nuits étaient fraîches, et nous en bravions les inconvénients. Revenant un soir, à neuf heures, d’une promenade à cheval, ma femme fut prise d’un frisson, et se mit au lit avec un mal de tête affreux. La nuit fut très mauvaise. Quoiqu’il y eut eu relâche, à six heures du matin je ne balançai pas à envoyer chercher Quesnay,
Il arrive à midi. Dès qu’il entre dans la chambre, il fleure l’odeur qui y règne , sans approcher du lit, dont les rideaux étaient fermés ; puis il me dit : « Vous avez bien fait de m’envoyer chercher. » Il examine la malade, lui tâte le pouls et fait demander un frater de village pour la saigner tant bien que mal. Rien n’était si difficile...
Il fallut retourner à Paris chercher Bras-d’Or, le phlébotomiste en renom, qui n’eut pas beaucoup plus de succès que son confrère campagnard. Enfin, une fièvre scarlatine se déclara, que Quesnay n’hésita pas à attribuer à l’imprudence de s’être exposé au serein pendant l’usage du lait de chèvre. Mme Dufort resta longtemps ' souffrante, et fut obligée dès lors de renoncer à toute promenade à cheval (i).
Les propriétés nocives de V haleine.
D’après un correspondant de La Nature , un auteur italien du xvi0 siècle aurait pressenti la propagation bacillaire de la tuberculose par le crachat de la bouche du phtisique, d’où se dégage une vapeur fétide et aiguë qui pénètre dans la bouche de celui avec qui il converse et produit la phtisie.
On n’apprendra pas avec moins d’intérêt qu’un auteur hollandais du xvne siècle parle déjà d’éléments contagieux figurés, que pourrait contenir l’haleine des malades. Voici comment s’exprime Stephaan Blanckaert, docteur en médecine à Amsterdam, dans ses Nouvelles instructions pour la
fi) Le Château de Leumont, d’après les Mémoires inédits de J.-N. Dufort, par Aug. Rey, 91-92-,
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pratique de 1a. Médecine, publiées à Amsterdam en
Après avoir rappelé l'opinion de Pline sur les propriétés nocives de Phaleine des femmes aux épocpies de leurs menstrues, il écrit :
Actuellement, les femmes s’observent encore sous ce rapport, car au moment de s’approcher d’objets qu’elles pourraient contaminer, elles ont l’habitude de retenir leur haleine. Je ne pense pas que cela puisse produire grand mal lorsque les femmes sont en bonne santé. Mais, quand elles sont malades, il se peut que, dans leur haleine ou dans les émanations de leur corps, il se trouve des particules corrompues ; car si les règles retardent trop longtemps, le sang doit s’altérer dans le corps, d’où résultent des fermentations putrides.
Je crois donc que les particules de l’haleine sont alors pleines de petits vers invisibles, mais qu’on parviendrait à voir, je pense, au moyen d’un verre grossissant approprié, en recueillant l’haleine sur une glace (p. 3a4, note).
« La conjecture de ce docteur hollandais, dit en rapportant ces particularités le D1 de Giieldere, ne se rapproche-t-elle pas infiniment plus des notions bactériologiques modernes, que la théorie de la vapeur fétide et aiguë de l’auteur italien, où il n’est
(i) Voici le titre de l’ouvrage flamand: Nimw-ligtende praktyk der Medicynen waar in gctoont voerd dat aile ziekten een Doefor en Practizijn binnen Amsterdam. Desen derden druk verdiktheid des bloeds en sappen zijn, en alleen uit saur en slyrn voortkomen. Hier nevens een verhandelinge van de Hedendaagse Chyrnie, in welke over des selfs bereidingen naukeurig geredeneert werd , Door Stcph. Blanckaart, Medicyne Doctor en Practizijn binnen Amsterdam. Desen derben druk merkelv vermeerdert en verbeetert, t’Amsterdam, bij Jan ten Hoorn, Boekvcrkooper, over het Oude Heeren Logement, Anno iG85.
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pas question d’organisme microscopiques quelconques, mais simplement de vapeur fétide , corollaire de la théorie polyséculaire des miasmes. »
Quoi qu’il en soit, notre confrère apporte une nouvelle contribution à l’histoire de la microbiologie.
L’hérédité de l’odeur.
Une particularité, pourtant intéressante, des odeurs cutanées, écrit Ch. Féré, paraît avoir tout à fait échappé à l’attention : c’est l’hérédité. On trouve, en effet, assez fréquemment, dans les familles, une communauté d’odeurs qui se transmet aux objets familiers et peut les faire confondre.
Cette communauté peut s’observer en dehors de l’hérédité, chez des frères ou chez des cousins : elle constitue alors un caractère familial. Il faut remarquer, d’ailleurs, que si la ressemblance est suffisante pour frapper l’odorat de l’homme, elle n’est pas absolue. « Nos chiens ne s’y trompent pas », faisait observer le chef d’une famille où tous les mâles sont affectés d’une odeur spéciale, et peu agréable d’ailleurs.
L’hérédité de l’odeur est latente pendant l’enfance ; elle ne se manifeste en général qu’à la puberté (i).
Le !\ez employé comme remède.
Dans les maladies du nez, comme dans des cas de perforation du septum, dans la syphilis du nez
(i) Revue de Médecine , n° 4 (io avril 1902).
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invétérée, dans la rhinitis sicca, dans un cas grave d'ozène, qui avait résisté à tout traitement, le docteur Rivière, de Lyon, a employé un extrait fluide de la muqueuse pituitaire du nez. Ce savant se loue des heureux résultats qu’il a obtenus.
Le Nez rouge.
Lorsque le nez augmente de volume, s’hypertrophie, se déforme, on a isous les yeux un spectacle répugnant : c’est la couperose alcoolique, une des formes, hélas ! des plus communes.
« A la trogne on connaît V ivrogne », dit le proverbe. Maints poètes du temps jadis n’ont pas dédaigné de chanter les nez enluminés :
Nez que les pots et les bouteilles Ont peint avec plus de vermeilles Que n’eussent fait les Gobelins ;
Beau nez, dont les rubis m’ont coûté mainte pipe De vin blanc et clairet Et duquel la couleur richement participe Du rouge et violet.
L’auteur d’un ouvrage de Curiosités étymologiques, Oijdin, prétend que « avoir le coup de bouteille » signifie proprement : « être couperosé ». Mais le coup de bouteille peut ne pas se renouveler, tandis que la couperose alcoolique est un état chronique. C’est bien alors que le nez bourgeonne, et que sa floraison s’épanouit.
D’après le professeur Rosenbacii, de Berlin, le « nez rouge » reconnaît souvent pour cause le port
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de la voilette, du moins chez les dames. M. Rosenbach a constaté cette relation, principalement chez les dames qui is’ adonnent au sport vélocipédique, La voilette produit cette désastreuse rougeur nasale, en comprimant la peau du nez.
Aussi Rosenbach recommande-t-il, en manière de traitement, de substituer à la voilette ordinaire, une demi-voilette, qui ne recouvre que la partie isupérieure du visage, et qui ne soit pas non plus tendue.
D’autre part, les dames qui veulent se soustraire au désagrément d’un nez rouge, devront éviter de passer d’une atmosphère froide dans un local surchauffé.
Enfin, les personnes déjà affligées d’un nez rouge devront s’enduire cette proéminence avec de la lanoline, ou pour le moins la poudrer. ( Deutsche Medizinal-Zeitung , 1899, n° 69.)
Le Nez et ses sympathies avec les autres organes.