I. — Odorat et troubles digestifs
Il n’est presque personne qui n’ait éprouvé une douleur très vive dans la membrane pituitaire, à la suite de l’application de certaines substances sur le palais : tel est, par exemple, l’effet de la préparation connue sous le nom de moutarde (1).
Lorsqu’on prend une glace, sans être encore ha-
(1) Le cresson de fontaine ( Sysimhrium nasturtium ) a été appelé par les Latins nasitorium , ou nasturtium. en raison de la sensation qu’il produit sur la membrane olfactive, lorsqu’on le mange; c’est une contraction de nasi tomentum.
l’odorat
bitué à son action, on éprouve une sensation très désagréable à la racine du nez.
Dans les affections vermineuses, l’irritation du canal alimentaire par la présence des vers produit, à la partie inférieure de la cloison du nez, une démangeaison qui oblige de le frotter, et qui est un des signes caractéristiques de la maladie. Serait-ce là, en partie, ce que Darwin a appelé Polypus narium ex ascoridibus ? Alirert a observé le même phénomène chez des petites filles empoisonnées par des racines de stramonium.
L’énergie de la sensation est augmentée, chez certaines femmes, pendant la période menstruelle. Faleope dit en avoir connu une, qui avait un érysipèle au nez toutes les fois qu’elle se mettait en colère.
Dans la migraine, il y a, le plus communément, une douleur vers la voûte des fosses nasales, et quelquefois une légère épistaxis.
L’humidité des pieds ou leur refroidissement donne souvent lieu à un coryza, ou à une inflammation catarrhale de la membrane pituitaire, laquelle cède quelquefois, au contraire, à un pédiluve à la glace, ou très chaud.
On empêche l’éternûment, en comprimant le grand angle de l’œil ; on le détermine, en passant subitement de l’obscurité à une vive lumière.
L’olfaction, enfin, est souvent dépravée dans certains états de débilité de l’utérus, comme dans l’aménorrhée et la chlorose ; ou exaltée, lors de l’écoulement des menstrues. Mais, dans tous ces exemples, la membrane pituitaire est le siège d’in-
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fluences sympathiques, émanées d’organes plus ou moins éloignés.
Quelques odeurs répugnantes augmentent d’une manière marquée la sécrétion de la salive ; Whytt a observé que l’alcoolat de romarin, flairé avec force, produisait la même action (i).
D’autres émanations odorantes, en irritant la membrane olfactive, produisent le larmoiement : telles sont les vapeurs de l’ammoniaque, de l’acide acétique, des oignons, etc. ; une titillation mécanique et vive, à l’aide d’une barbe de plume ou d’un corps étranger quelconque, cause le même phénomène.
Le larmoiement est également un des symptômes les plus constants du coryza, et est souvent produit par l’éternûment.
Nous dirons quelle influence exercent les odeurs sur les organes de la génération ; nous noterons leur action dans les cas d’affections hystériques.
Des odeurs douces, chez certaines personnes nerveuses, produisent la syncope ou la cessation des mouvements du coeur. Des odeurs fortes et âcres, dans beaucoup de cas, réveillent l’action de cet organe, de même que celle des poumons et du cer-
(i) Whytt, loc. cit.
l’odorat 2G3
veau, lorsqu’elle a été suspendue ; on a vu effectivement une odeur pénétrante arrêter la toux (i), ou prévenir un accès d’épilepsie (2).
Ces divers faits, dont plusieurs nous prouvent le rapport qui unit les sensations du goût et de l’odorat, en nous faisant reconnaître que certains corps, en agissant sur l’un, agissent également sur l’autre, que les organes de l’une perçoivent parfois les impressions destinées à ceux de l’autre, sont vrais et évidents pour tout le monde, mais ils sont difficiles à expliquer, de même que la transformation des odeurs, en saveurs.
Qui de nous n’a employé l’expression d’odeurs nauséeuses ou nauséabondes, qui fait partie du langage courant P Ce qualificatif de nauséeux appliqué aux odeurs, implique généralement une idée de répugnance, de dégoût, qui laisserait supposer que les émanations repoussantes, ou tout au moins désagréables, ont seules le pouvoir de provoquer des nausées. Il n’en est rien cependant, car les senteurs agréables peuvent avoir le même effet.
En voulez-vous des exemples ? Le Dr Joal, en compulsant les auteurs, en a trouvé un certain nombre, qui nous paraissent des plus démonstratifs.
Boyle a rapporté le cas d’un homme, pourtant (Solidement constitué, et qui n’avait rien de ce que
(1) Whytt, Traité cité.
(2) Pinel, Nosographie piiilosophique.
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nous appellerions aujourd’hui une femmelette, à qui l’odeur d’une infusion de café suffisait à donner des nausées.
Cloquet a mentionné ce fait, c[ue l’odeur des fleurs de plusieurs magnoliers a une action des plus prononcées sur le système nerveux, et que celle du magnolia tripetala, plus particulièrement, détermine souvent des nausées ehex ceux qui s’en approchent.
Réveil a noté qu’une fleur oubliée dans une chambre à coucher a pu causer, outre de la migraine, des vertiges et même des nausées. Mandl, célèbre laryngologiste, rapporte que des migraines, des nausées, des vertiges, des éblouissements, ont été constatés chez des femmes nerveuses qui avaient séjourné dans une chambre remplie de fleurs.
L’odeur de la cannelle, d’après Debay, serait la cause de « maux de coeur » chez maintes personnes plus ou moins névropathes ; les émanations de la pivoine, de l’asaret, de la lobélie, donneraient lieu, parfois, à des vomissements.
Les physiologistes modernes ont confirmé ces observations. « Les odeurs les plus suaves pour la plupart des autres hommes, écrit Béclard, deviennent, pour quelques-uns, le sujet de répulsions qui peuvent aller jusqu’à la syncope ; et l’effet prolongé des odeurs fortes amène chez la plupart des individus la migraine, les nausées, etc. »
Le I )' Bonnier, auteur d’une monographie sur le Vertige, écrit de son côté : « L’odeur de quelques substances provoque la nausée, plus encore que leur goût... Chacun peut trouver, avec un peu